Geisha ou le jeu du Shamisen, le Japon intime

1er août 2018 0 commentaire
  • Diptyque tout en nuance du duo Perrissin-Durieux, cette évocation du monde des Geisha ne se limite pas à une vision superficielle, mais décrit la société japonaise du début du XXe siècle avec beaucoup de subtilité.

Japon, 1912. Setsuko a 8 ans quand ses parents quittent leur village pour la grande ville côtière, dernier espoir d’une vie meilleure. Elle chemine derrière son père, un samouraï déchu qui oublie la dissolution de sa caste au début de l’ère Meiji dans les vapeurs d’alcool. Dans la grande cité, les premiers mois sont prometteurs jusqu’à ce que son père se fasse renverser par un tramway, perde une jambe et toute chance de retrouver du travail. Un soir, il prend la décision de vendre Setsuko à une maison de geisha réputée, l’okiya Tsushima. L’argent reçu en échange de l’enfant aidera la famille, et Setsuko pourra espérer un avenir meilleur. Car être vendue à une okiya de premier rang est considéré comme un privilège.

La fillette est alors vendue à une maison de geisha renommée et fera l’apprentissage des arts. Il lui faudra savoir chanter, danser, marcher avec autant d’élégance que de talent afin d’éviter de devenir servante à son tour, ou prostituée. L’enfant a un don pour le shamisen, à savoir jouer de cette guitare à trois cordes qui accompagne le chant des geisha. Elle peut ainsi diriger sa vie. En devenant geisha, elle pourra assurer la survie de sa famille et s’assurer un avenir. Mais rien ne sera facile pour l’enfant au visage disgracieux et à l’allure sauvage. Elle deviendra Kitsune, la renarde…

Geisha ou le jeu du Shamisen, le Japon intime

Après un premier tome prometteur, bien qu’un peu longuet, la seconde partie du diptyque de Christian Perrissin & Christian Durieux tient toutes ses promesses ! Non seulement, l’on comprend mieux les planches consacrées précédemment aux personnages secondaires. Et le fait que Setsuko soit devenue adulte permet de vivre de l’intérieur les relations entre les hommes et les Geisha.

Cette seconde partie met également en lumière les relations amoureuses de Setsuko, ainsi que l’arrière-pays dominé par le Mont Fuji. Christian Perrissin bouleverse cet ordre établi en profitant du tremblement de terre qui secoua la région d’Osaka le 1er septembre 1923, un événement qui fait voler en éclat le monde si codifié présenté précédemment.

Le dessin de Christian Durieux apporte ce mélange de rigueur et de douceur qui convient particulièrement au monde des Geisha. L’apport romantique et poétique qui se rajoute au second tome démontre sa large palette graphique, sans oublier les échanges passionnés entre les personnages, particulièrement bien développés par Christian Durieux.

Les amateurs du Japon contemplatif à la Jiro Tanuguchi seront donc conquis par ce second opus, autant que ceux qui voudraient mieux connaître la société nippone et ses codes réglementés. Un récit au rythme lancinant et envoûtant.

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire la chronique du premier tome

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