George Sprott - Par Seth - Delcourt

27 avril 2010 0 commentaire
  • Avec George Sprott, l'auteur canadien Seth fait revivre une époque oubliée, pourtant pas si lointaine.

Georges Sprott est au départ un grand et beau livre. 36 cm de haut par 31 cm de large, couverture embossée, reliure en tissu, doubles pages… Tout est superbement agencé. À cela il faut ajouter le soin que Seth a mis dans la réalisation de ses planches : l’utilisation de différentes bichromies pour augmenter la lisibilité de l’ouvrage et créer une unité entre les différentes sections, la grande attention portée au lettrage et aux polices de caractères et, finalement, le dessin très stylisé de l’artiste. Avant d’être rassemblé en album, Georges Sprott est paru dans la section Funny Pages du New York Times entre 2006 et 2007. À noter que Seth a ajouté de nouvelles pages à celles parues dans le grand quotidien américain.

George Sprott - Par Seth - Delcourt

Avec cet ouvrage, Seth réalise la biographie imaginaire de George Sprott, un présentateur d’une télévision régionale canadienne. Tout est mis en œuvre pour rendre cette biographie la plus crédible possible. Sont interviewés des membres de sa famille, des collègues de travail, des spectateurs de ses émissions. On découvre les endroits que George Sprott a fréquentés, son restaurant favori, le réseau de télévision où il a travaillé, le lieu où il a prononcé des conférences sur ses voyages en Arctique.

Si ces personnes et ces lieux sont fictionnels et ne sont ni extraordinaires ni prestigieux, ils n’en demeurent pas moins le reflet du Canada d’une certaine époque. En utilisant le genre biographique, Seth les rappelle à notre mémoire et plus particulièrement à celles des Canadiens qui ont vécu cette période. S’intéresser au passé n’est pas pour Seth synonyme de nostalgie. Ce qui l’intéresse et c’est un thème récurrent chez lui, c’est le retour sur le passé et les sentiments profonds que cela suscite chez l’individu. C’est d’ailleurs ce que vivent les personnages de ce récit lorsque interviewés au sujet de Georges Sprott ils se rappellent de lui et expriment une palette de sentiments : rancœur, sympathie, mépris, admiration...

C’est donc un album dominé par les émotions que Seth nous livre là. Il n’y a pas à proprement parler d’intrigue. Le rythme est lent voire, à certains moments, contemplatif. Le ton est mélancolique. Pour autant, on ne s’ennuie pas. Seth reprend le procédé narratif utilisé dans son album précédent Wimbledon Green. Le portrait du personnage principal se dessine par touches successives à travers le témoignage de ses proches et certains épisodes de sa vie. Et on se prend d’intérêt à savoir qui était vraiment Georges Sprott. Le procédé introduit des points de vue multiples et nous fait découvrir une galerie de personnages assez cocasses et bien sentis. Enfin le style de l’auteur, élégant et maîtrisé, rend la lecture de cet album très agréable. Seul bémol : le prix. On aurait souhaité que l’éditeur français le propose au même prix que sa version anglaise, deux fois moins cher, mais par ailleurs en tous points identiques.

(par Mathias Kind)

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