Gijé (La Boîte à musique) : "Le langage du cinéma est différent de celui de la BD"

5 mai 2018 0 commentaire
  • Nouveau venu dans la BD, Gijé est issu de l'animation. Auteur de "La Boîte à musique", une nouvelle série jeunesse éditée chez Dupuis, le jeune artiste nous explique ses motivations qui l'ont poussé à quitter la sécurité d'un emploi stable pour se lancer dans l'aventure de la BD. Un témoignage passionnant.
Gijé (La Boîte à musique) : "Le langage du cinéma est différent de celui de la BD"
La Boîte à musique T.1 : Bienvenue à Pandorient
Gijé & Carbone © Dupuis

Bonjour Jérôme Gillet, comment prononce-t-on votre nom d’artiste ? “Guijé” ?

Gijé : Mon nom d’artiste se prononce “Jijé”, comme l’autre... Ce sont tout simplement mes initiales : “Gi” de Gillet et “jé” de Jérôme.

Vous aviez déjà une vie professionnelle avant de faire de la BD. Quel est votre parcours ?

J’ai suivi une formation d’illustrateur, de l’art traditionnel on va dire. Puis, j’ai enchaîné avec deux années à passer un BTS en animation au Grand-Duché de Luxembourg qui m’a permis de trouver du travail dans l’animation. J’ai fait différents travaux dans l’animation, qui vont du story-board au character design. Et la BD est venue au bout de ce parcours, de manière inattendue.

Êtes-vous Luxembourgeois ?

Non, je suis Belge. Je suis né à Lubumbashi au Congo-Kinshasa. J’ai grandi à Virton (Belgique) dans la Gaume et j’ai suivi des études au Luxembourg, car c’était à côté de chez moi.

Pourriez-vous nous parler des projets sur lesquels vous avez travaillés dans l’animation ?

J’ai encore un pied dans le milieu. J’ai travaillé pour le studio Zeilt Productions, et je réalise encore quelques travaux pour eux à l’occasion. Parmi les travaux sur lesquels j’ai bossé, il y a le court métrage Long Live New York, qui est une œuvre de sensibilisation sur le don d’organe.

Il y a aussi la série Barababor, pour laquelle j’ai beaucoup travaillé en tant que storyboarder. Après, c’est difficile de citer tous les projets sur lesquels j’ai travaillé car nous « switchons » beaucoup de projet en projet. Je peux travailler plusieurs semaines voire des mois sur un projet et ensuite, ne travailler qu’une journée sur un autre. Mais c’est un métier très formateur. J’y ai appris le découpage, chose qui me sert aujourd’hui dans la bande dessinée.

Qu’est-ce qui différencie le story-boarding de la BD ?

Le langage du cinéma est quand-même bien différent de celui de la BD. Lorsque l’on fait un découpage pour un dessin animé, il y a beaucoup de choses que l’on doit prendre en compte telles que le son, les voix, à quel moment on doit apporter un son qui va déclencher un événement ou une action, etc. Il y a toute une dimension sonore qui est absente de la bande dessinée, qui reste un medium assez figé comparé au langage cinématographique. D’ailleurs, le passage d’un medium à l’autre n’a pas été aussi facile que je le pensais car pour faire ma BD, j’ai dû perdre certains réflexes. Au début, j’avais tendance à réaliser un découpage beaucoup trop poussé lorsque je bossais sur le premier tome de La Boîte à musique. Dans l’animation, le story-boardeur doit donner beaucoup d’information à l’animateur. Ce qui fait que je découpe énormément les mouvements de mes personnages afin de faciliter ensuite le travail de l’animateur. C’est important car la manière dont se mouvera un personnage indiquera beaucoup de choses sur son tempérament, et l’animateur doit pouvoir retranscrire cela au mieux.

Par contre, dans la BD, il faut aller à l’essentiel du dessin car on un nombre de cases et de pages à respecter. Il y a une histoire qui doit tenir sur un “petit” bouquin, donc on ne peut pas se permettre de détailler autant que dans un film d’animation. Cela a été une difficulté pour moi au début. J’ai eu du mal à être efficace dans mon dessin.

La Boîte à musique T.1 : Bienvenue à Pandorient
Gijé & Carbone © Dupuis

La Boîte à musique est-il votre premier album de BD ?

Oui, c’est mon premier album.

La BD a été prépubliée dans Spirou.

C’est exact et cela a beaucoup aidé à faire connaitre notre série. Il faut dire que Dupuis a fait un gros travail sur la communication. Par exemple, ils ont envoyé des petits boîtes à musique aux libraires afin de communiquer sur notre BD. Ils ont créé des visuels et des paravents. Ils ont mis la BD assez bien en valeur et cela s’est senti dans les retours que j’ai reçus.

Combien de temps avez-vous travaillé sur cet album ?

J’ai bossé sur La Boîte à musique pendant neuf mois en tout. D’abord quatre mois à mi-temps car j’avais encore mon boulot chez Zeilt Productions. Puis, je l’ai arrêté pour me consacrer à temps plein sur mon album. J’y ai passé cinq mois à plein temps. Cinq mois intenses de dur labeur qui étaient épuisants psychologiquement. Je n’avais jamais autant travaillé que durant cette période ! J’ai beaucoup appris aussi. Je sens que j’ai vraiment évolué au niveau de la mise en couleur, des cadrages, de la façon de travailler mon dessin tout simplement.

Et j’ai beaucoup de retours de ça. Les gens m’envoient leurs commentaires et leurs critiques. Je rencontre mes lecteurs en dédicace et je sens chez eux de l’engouement pour notre travail, à Carbone et à moi. Cela me donne énormément de force pour continuer. Il y a vraiment une dynamique qui s’est enclenchée et cela me donne envie de continuer et d’aller encore plus loin dans ce que j’ai envie de montrer.

Photo : Gijé

L’avantage d’être un peu plus polyvalent, le fait de travailler dans l’animation, de faire de la BD ou de bosser pour les jeux vidéo - chose que je fais aussi, à l’occasion - me fait me rendre compte que je ne peux pas rester figé dans un domaine. Je me connais et je sais qu’à un moment donné, je voudrai remettre plus sérieusement les pieds dans l’animation ou sur un jeu vidéo. Mais pour l’instant, je suis focus sur la BD, car c’est quelque chose de nouveau pour moi. Si le public continue de nous suivre, La Boîte à musique devrait durer assez longtemps car nous avons prévu plusieurs albums pour cette série. Au moins, sept ou huit tomes.

Pourriez-vous nous préciser votre méthode de travail ?

Comme je l’ai dit, j’ai dû repenser ma méthode de travail. Concrètement, j’ai compris que c’est la planche en elle même qui devait apporter une émotion.

Je réalise un story-board, dans lequel j’apporte déjà des valeurs de gris. Cela me permet de voir où seront mes sources lumineuses. Cette étape m’aide énormément pour la phase de la mise en couleur.

Il n’y a pas d’étape d’encrage, tout simplement parce que je ne sais pas faire ça. Du coup, j’esquive le problème (rires). Et puis, passer du “crayonné” à la colorisation me permet d’apporter plus de spontanéité à mon dessin. Tandis que si j’avais encré mes planches, j’ai l’impression que j’aurais enfermé mon dessin. Je vais aussi plus vite dans mon travail.

Je précise que tout mon travail est fait à la palette graphique, des crayonnés jusqu’à la mise en couleur. Tout cela mis ensemble me permet de créer ma petite sauce, une émotion dans le dessin qui me plait bien. Je ne me sens pas encore capable de faire tout un album au dessin traditionnel car j’ai l’impression que c’est un travail énorme. Mais j’essaie quand-même de ne pas proposer quelque chose de trop parfait. Je veux que mon dessin donne l’impression d’avoir été réalisé à la main. Qu’il y ait des imperfections, des éclaboussures car j’estime que les émotions passent mieux ainsi.

La Boîte à musique T.1 : Bienvenue à Pandorient
Gijé & Carbone © Dupuis

Qu’est-ce qui vous a poussé à faire de la BD ?

Tout est parti d’un dessin que j’avais posté sur les réseaux sociaux et qui a inspiré celle qui deviendra plus tard ma scénariste, Bénédicte Carboneill (alias Carbone, NDLR). Elle a eu une idée de scénario en voyant mon dessin et m’a contacté.

Elle m’en a fait le pitch, que j’ai d’abord refusé. Elle voulait monter un dossier autour de ce projet de BD, mais je ne voyais pas les choses comme elle : j’avais mon boulot chez Zeilt Productions et je ne voyais pas l’intérêt de changer de voie. Mais elle a insisté. Dès le lendemain, elle m’a envoyé un scénario poussé avec un découpage assez détaillé. Carbone est une femme qui a besoin de rendre ses idées concrètes. Elle avait besoin de mettre tout ça sur papier, et tant pis si je lui disais toujours non.

En lisant son scénario, ça m’a fait réfléchir. Malgré moi, je me suis projeté dans ce projet de bande dessinée. Vous savez dans l’animation, on est perdu dans une masse. Nous sommes tout un tas de gens qui travaillons ensemble sur un projet commun. C’est génial, mais le travail que l’on fournit est noyé dans une multitude d’apports d’autres talents. Du coup, l’idée de faire une BD, de proposer un projet plus personnel, c’est une chose qui ne m’était jamais venue à l’esprit.

Mais cela m’a plu d’avoir l’opportunité de proposer un projet sur lequel le public pourrait vraiment voir ce que je suis capable de faire. D’ailleurs, les choses se sont enchaînées assez rapidement car les éditions Dupuis nous ont tout de suite proposé un contrat.

Des histoires courtes du Marsupilami par... T.2
Collectif © Dupuis

Vous avez participé au tome 2 du livre collectif Des histoires courtes du Marsupilami par.... Pourriez-vous nous en dire un mot ?

J’ai eu la chance de collaborer avec le scénariste Jonathan Garnier (scénariste de Momo chez Casterman, NDLR), qui m’a écrit huit pages sur le thème du Marsupilami. C’est un projet court que j’ai réalisé après le premier tome de La Boîte à musique. J’ai beaucoup aimé faire ça car cela me permet de collaborer avec d’autres auteurs, tout en me laissant du temps pour ma propre BD. C’est une expérience que je pourrais renouveler.

Voir en ligne : Découvrez "La Boîte à musique" sur le site des éditions Dupuis

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Jérôme Gillet alias Gijé
Photos : Jérôme Gillet/Dupuis

Agenda :

Les 19 et 20 mai, Carbone et Gijé dédicaceront leur album La Boîte à Musique au festival BD de Serignan.

Festival de la Bande dessinée de Sérignan
Du 19 et 20 mai 2018
Lieu : La Promenade, allées de la République
Horaires : 10h à 12h30 et 15h à 18h
Organisation : la Ville de Sérignan
Prix d’entrée : Gratuit
Bourse : 6 exposants sur 54 mètres
Infos et contact : Jean-François MARTY
TEL : 33 (0)4 67 39 57 50
Mail : jf.marty@ville-serignan.fr

À lire sur ActuaBD.com :

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