Gil Jourdan, un chef-d’oeuvre de référence de la BD belge

13 juin 2009 6 commentaires
  • Les éditions Dupuis continuent leur entreprise de remise en valeur des grands anciens. Ouvrage sur le métier : la réédition remaniée de l’intégrale des enquêtes de {Gil Jourdan} de Maurice Tillieux. Des bandes de plus de cinquante ans d’âge, d’un dynamisme et d’une modernité jamais démentis.
Gil Jourdan, un chef-d'oeuvre de référence de la BD belge
Gouache de Maurice Tillieux réalisée pour les bandeaux titres des albums

Depuis 1985 (date de la dernière réédition de la série), on n’avait plus touché aux planches de Gil Jourdan. Depuis, le paysage éditorial a beaucoup changé et les grands éditeurs, souvent sous l’impulsion de plus petits, ont pris conscience de l’importance de soigner leur patrimoine. Gil Jourdan, l’intégrale, bénéficie donc de cette tendance : un écrin soigné, pour cette série qui fait partie de la fine-fleur de l’âge d’or de la maison de Marcinelle.

S’il ne possédait pas la virtuosité graphique d’un Franquin, Maurice Tillieux demeure un auteur emblématique de son époque. Excellent scénariste, on lui doit les meilleures histoires de Tif et Tondu, Tillieux eut l’occasion de se roder à l’écriture avec la collection des Héroïc Albums, où il enchaîna un nombre impressionnant de récits à la manière du réalisme américain en vogue. Persuadé qu’il est plus doué pour restituer des ambiances par le dessin que le verbe, Tillieux va paradoxalement devenir un maître des dialogues. Une plume particulièrement enlevée, sa marque de fabrique, en fera rapidement un alter ego en bande dessiné de Michel Audiard.

Féru de la collection Série Noire, il digérera la lecture des grands auteurs hard boiled américains comme Dashiell Hammett et James Hadley Chase. Il partagera également avec Marcel Duhamel et Jacques Prévert, les instigateurs de cette collection, un réel talent pour inventer des titres à la fois évocateurs et mystérieux : Les Cargos du crépuscule (1961), l’Enfer du Xique-Xique (1962), Surboum pour quatre roues (1963)…

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Will, Walthéry et Tillieux dans les années 1970
© François Walthéry

Arrivé chez Spirou, Tillieux va ajouter une bonne dose d’humour à ses histoires. Le trio formé par Gil Jourdan, Libellule et l’inspecteur Crouton va s’imposer directement. Principalement parce que Tillieux retravaillera ses scénarios imaginés pour le personnage de Félix, à l’époque des Héroïc Albums, la série trouvera directement le ton juste. Faisant rimer des enquêtes très ancrées dans la réalité avec un sens de l’humour omniprésent, Tillieux fait mouche. Entre 1956 et 1960, il créera quatre albums exceptionnels réunis dans cette première intégrale : Libellule s’évade, Popaïne et vieux tableaux, La Voiture immergée et Les Cargos du crépuscule. Cinquante ans plus tard, la (re)lecture des enquêtes de Gil Jourdan fait mesurer à quel point le talent de Tillieux était immense.

En attendant sa biographie par Hugues Dayez [1], un travail annoncé depuis de nombreuses années déjà chez Niffle [2], on dégustera ces quatre grands classiques de Maurice Tillieux dans cette magnifique réédition commentée.

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Un extrait de "Libellule s’évade"
© Tillieux - Dupuis

(par Morgan Di Salvia)

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[1Journaliste belge spécialiste de l’œuvre d’Hergé et déjà auteur d’une biographie de Peyo

[2Éditeur devenu, entretemps, rédacteur en chef de Spirou. Ceci expliquant sans doute le retard qu’a pris ce projet ainsi que les rééditions de Félix

 
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6 Messages :
  • Gil Jourdan etait LE héros de mon enfance....
    Je ne peux traduire tout ce que cette BD m’a apporté.
    Je ne saurais trop conseiller à ceux qui ne la connaissent pas encore, cette IMMENSE bande dessinée !

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    • Répondu par Michel Dartay le 13 juin 2009 à  19:51 :

      Il s’agit d’un classique incontournable de journal Spirou, de 1956 à 1970 environ. A l’abri des influences puissantes de Jijé, Franquin et Peyo, Tillieux développa son propre style avec succès. Deux conséquences : personne ne s’est risqué à reprendre ce personnage (même Yann le téméraire y renonça !°). Et le lecteur retourne périodiquement vers une relecture de ses aventures.

      Un grand merci aux éditions Dupuis pour nous avoir offert une présentation luxueuse, pleine de bonus.

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      • Répondu par mmarvin le 14 juin 2009 à  03:30 :

        "personne ne s’est risqué à reprendre ce personnage" : et pour cause ! La famille, héritière des droits du personnage et de la série, refuse toute reprise par un nouveau dessinateur.

        A moins d’un miracle, on n’est pas prêt de revoir Jourdan dans de nouvelles aventures...

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        • Répondu le 14 juin 2009 à  20:02 :

          on n’est pas prêt de revoir Jourdan dans de nouvelles aventures...

          Tant mieux, ces reprises donnent rarement de bons résultats. Laissons les héros mourirent de leur belle mort. Les épisodes dessinés par Gos étaient déjà pas terribles par rapport aux bijoux ciselés par Tillieux lui-même.

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          • Répondu par Michel Dartoche le 16 juin 2009 à  00:01 :

            Oui, un album hommage est paru chez Soleil, je crois, qui en dépit de la notoriété des auteurs impliqués, montrait qu’il fallait mieux s’arrèter là. Amen !

            Je ne comprends pas l’intérêt de continuer une série quand ses créateurs sont décédés : une oeuvre appartient à ses créateurs, comme un enfant à ses parents !

            Messieurs les éditeurs, nous n’avons nul besoin de ces succédanés qui ne vont que nuire à son image et à ses qualités intrinsèques. Je comprends votre intérêt financier de tenter de faire perdurer une marque à la notoriété établie, mais enfin, il ne s’agit pas de transférer la fabrication de telle automobile ou de telle marque de lessive dans un pays à faible coût de main d’oeuvre. Une série à succès, c’est en général la rencontre heureuse d’un scénariste et d’un dessinateur, la conjugaison complice de leurs talents, instant unique.

            Donc comment espérer reproduire une telle alchimie avec d’autres ? La parodie est sympa, l’hommage aussi, mais uniquement sur une courte durée. La reproduction à l’identique est un piétinement créatif, la modernisation un risque potentiel de trahison.

            Il me semble que normalement, un éditeur normalement constitué ne devrait pas se contenter de compulser les relevés de vente ou de reflèchir à de juteuses opérations de marketing (voire relancer l’auteur en vacances, ou corriger ses fautes d’orthographe). L’éditeur ou directeur de collection a aussi un rôle créatif. On ne lui demande pas d’écrire ou de dessiner bien sûr (Yves Sente semble être l’exemple récent du contraire, mais bon...), mais il leur reste la possibilité d’insuffler des idées fraiches à des auteurs en manque d’inspiration (si possible en évitant d’aller lorgner sur ce qui marche chez leurs concurrents). Qu’attendez vous pour dénicher de nouveaux concepts (il suffit parfois d’humer l’air du temps, hors BD bien sûr !). Si vous n’avez pas d’idées neuves (ou rénovées), il suffit d’organiser des rencontres entre des auteurs aux potentiels complémentaires. Il y a beaucoup de dessinateurs talentueux en France, beaucoup moins de scénaristes inspirés. Qu’attendez vous pour les marier de façon artistique ?

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  • il y a deja de nombreux ouvrages sur tillieux et ses créations : entre autres celui de jean jour ( éd du perron 1984 ) , le DBD dossier tillieux et l’excellent et tres beau volume de l’age d’or ( sans parler des dossiers des mag/fanzines BD )
    de nombreuses infos inédites également dans les ouvrages de M.Deligne et ceux des éditions de l’élan qui s’attaquent au tout début de sa carriere
    avec cette 2em integrale dupuis ( on trouve encore la 1er dans pas mal de boutique ) , mine de rien , il n’est pas oublié !

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