Goscinny au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme

27 septembre 2017 1 commentaire
  • Le créateur d’Astérix, du Petit Nicolas, d’Iznogoud, créateur de Pilote et scénariste prodigieux des meilleurs Lucky Luke au Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme ? Oui. En dépit du fait que rien de conséquent ne vient affirmer sa judéité dans ses bandes dessinées, il était nécessaire de se pencher sur la vie, inconnue, d’un auteur qui a vécu entre deux continents et révolutionné la bande dessinée franco-belge.
Goscinny au Musée d'Art et d'Histoire du Judaïsme
Le catalogue de l’expo est publié chez Hazan

Après « De Superman au Chat du Rabbin » (2007), en quelque sorte une exposition programmatique, après Marcel Gotlib, après Luz et Albert Cohen, c’est cette fois René Goscinny qui reçoit l’attention du Musée d’Art et d’Histoire du Judaïsme. On en déduit que la bande dessinée est véritablement devenue un sujet pour les musées les plus divers et l’avantage de celui-ci, est qu’il donne un éclairage surprenant et particulièrement documenté sur la vie, mais aussi l’œuvre du scénariste aux 500 millions d’ouvrages vendus dans le monde.

L’expo, dont la commissaire est Anne-Hélène Hoog, future conservatrice du Musée de la bande dessinée à Angoulême, commence d’ailleurs par la machine à écrire et le véritable bureau de René Goscinny. Une machine d’où s’échappe l’incroyable liste de ses œuvres : Astérix, Lucky Luke, Le Petit Nicolas, Iznogoud, Oumpah-Pah, Le Signor Spaghetti, Prudence Petitpas, Jehan Pistolet, Luc Junior et tutti quanti.

René Goscinny, auteur prolifique disparu il y a tout juste 40 ans
Photo : DR. MAHJ
Le bureau de René Goscinny et la machine à écrire d’où s’échappent les titres des livres qu’il a écrits.

Dans cette première salle, on découvre la lignée de René Goscinny : père ingénieur devenant secrétaire général de la Jewish Colonization Association, un organisme central dans l’émigration des Juifs en Argentine. Il vaudrait mieux écrire « sauvetage » car le job de Stanislas Goscinny était de sauver les Juifs d’Europe ! : de Russie où les pogroms s’étaient multipliés jusqu’à la Révolution d’Octobre, la chasse aux Mencheviks, très souvent juifs, succédant à la folie tsariste ; d’Allemagne à partir de 1933 jusqu’en 1945. Goscinny, né à Paris, émigrant en Argentine pour rejoindre son père à l’âge de deux ans, vivra jusqu’à l’âge de 17 ans en Amérique Latine. La deuxième salle décrit cela grâce à de nombreux documents fournis par L’Institut René Goscinny.

Mais ce sur quoi la première salle s’étend, c’est sur la branche maternelle, les Beresniak, les plus grands imprimeurs juifs de Paris sur les presses desquels a été imprimé la première édition –en russe- de L’Archipel du Goulag d’Alexandre Soljenystine. Nous vous avions raconté cette histoire ici dans nos pages.

Anne Goscinny et Aymar du Chatenet (Institut René Goscinny) regardant les émouvantes lettres que la famille Beresniak écrivait aux Goscinny pendant l’occupation.

La section « Les Échos de la guerre » mentionne l’assassinat des Beresniak par les nazis et l’impossibilité pour le père de René de les sauver. Il ne survit pas non plus lui-même à la guerre puisqu’il décède le jour de Noël 1943. Goscinny a alors dix-sept ans.

Enrichi par ce parcours multilingue et diasporique, Goscinny continue son petit bout de chemin à New York, où il rencontre Harvey Kurtzman, Jijé (Joseph Gillain), Morris –qui lui commande aussitôt un scénario pour Lucky Luke - et Georges Troisfontaines, le créateur de la World Press qui l’engage dans son agence. Revenu en Europe, il y rencontre Jean-Michel Charlier, Albert Uderzo et Sempé.

Un ensemble exceptionnel de planches d’Astérix attend le visiteur.
Outre Astérix, un grand nombre de scénarios méconnus sont montrés. Ici, Oumpah-Pah.

La création de Pilote

Commence alors une période de production démentielle qui se conclut, après que Goscinny ait été viré de la World Press pour « syndicalisme » aggravé, Charlier et Uderzo démissionnant à sa suite, par la création de Pilote et, dans la foulée, d’Astérix, du Petit Nicolas (version albums jeunesse, pas la bande dessinée – qui paraît comme on sait le 19 octobre prochain).

Le Musée offre un incroyable ensemble d’originaux de toute cette production signée Uderzo, Franquin, Morris, Sempé, Jijé, Gotlib, Paape, Tibet et bien d’autres.

La séquence Pilote est mise en valeur par des interviews de ses principaux acteurs.

L’exposition se conclut sur une casse d’imprimerie aux caractères hébraïques (le meuble de composition original de la Neue Presse) et un pan entier de citations de Goscinny. On en ressort avec une meilleure compréhension des ressorts intimes d’une création hors du commun mais surtout, avec le sourire.

Paul Salmona, directeur du musée d’art et d’histoire du Judaïsme et Anne Goscinny devant l’immense mur où l’on peut se régaler à lire les dialogues inventés par René Goscinny et la casse de typographe qui clôt l’expo.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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GOSCINNY, AU-DELA DU RIRE
Musée d’art et d’histoire du Judaïsme
Hôtel de Saint-Aignan
71, rue du Temple
75003 Paris
Jours et horaires d’ouverture de l’exposition
Ouvert du lundi au vendredi de 11 h à 18 h et le dimanche de 10 h à 18 h.
Fermeture des caisses à 17h15.
Accès
Métro : Rambuteau, Hôtel de Ville
RER : Châtelet – Les Halles
Bus : 29, 38, 47, 75
Parking : Beaubourg, Hôtel de Ville
Tarifs et renseignements : 01 53 01 86 48 ou reservation@mahj.org

LE SITE DE L’EVENEMENT

Photos : Sauf mention contraire, Didier Pasamonik (L’Agence BD)

 
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