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Guillaume Bianco, un auteur hors norme à l’imagination "effrayante"
1er novembre 2009

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Guillaume Bianco, un auteur hors norme à l'imagination "effrayante"

Hasard du calendrier ou travail acharné ? Quoiqu’il en soit, Bianco s’offre le luxe de sortir quatre albums en moins d’un mois. Navigant entre les rêves d’enfant (parfois sombres) et la philosophie réapprivoisée, le jeune auteur est d’ailleurs mis à l’honneur dans le dernier Spirou, avec un second petit album consacré à un nouveau personnage.

Ami d’Olivier Dutto (les petits diables), élève à l’atelier de Tarquin, puis chez Gotterfdom, Guillaume Bianco se lance tout d’abord dans des albums de gags, notamment Kegoyo & Klamédia, avant d’entamer une série plus ou moins autobiographique, Will, mettant en scène un « adu-lescent » un peu attardé en compagnie son chien. Mais dans le dernier album de ce jeune héros un peu largué, on sent déjà la volonté de s’impliquer autrement, de passer doucement du ton humoristique à des sujets plus révélateurs.

Cela se confirme avec ce qui est sans doute la première grande innovation de Bianco : Ernest & Rebecca. Son « premier » scénario pour un autre dessinateur se révèle plein de fantaisie, mais aussi propice à aborder des sujets plus graves, comme la maladie ou la séparation des parents. Pour affronter ces moments pénibles et tenter de les surpasser, Rebecca s’imagine un nouveau compagnon, qui n’est autre que son... microbe !

Guillaume Bianco, un auteur hors norme à l'imagination "effrayante"
Dès leur premier tome, Ernest & Rebecca était en haut de l’affiche à Angoulême

"Il ne faut pas prendre les enfants pour des imbéciles !, nous déclarait Bianco, Ernest & Rebecca est aussi un moyen de s’adresser aux parents pour en faire un vecteur familial. Mais je voulais une série amusante, où les enfants peuvent se reconnaître, tout en trouvant parfois des solutions à leurs problèmes."

Série autant destiné aux parents qu’aux enfants, véritable pont entre les deux générations, la série, haute en couleurs, d’aborder des sujets souvent douloureux. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé, car Ernest & Rebecca connait un succès grandissant, le bouche à oreille faisant progressivement son œuvre pour confirmer ce nouveau talent.

La rencontre avec Barbara Canepa a sans doute également été déterminante pour faire éclore les émotions de Guillaume Bianco : la co-auteure de Skydoll et de Monster Allergy lançait la nouvelle collection Métamorphose. En accord avec Jean Wacquet et Mourad Boudjellal, elle laissa carte blanche à Bianco qui voulait réaliser des albums plutôt orientés vers la jeunesse. Ce sera l’arrivée du formidable Billy Brouillard, un savoureux mélange de poésie, de second degré, de peurs et de rêves d’enfant dans un univers multiple, autant inspiré du conte que d’univers à la Tim Burton. Le succès, mérité, vient à point, comme la troisième place du prix des lecteurs de Libération.

La thématique développée dans Billy Brouillard et que l’on avait déjà pu retrouver dans Ernest & Rebecca, est l’imaginaire de ses enfants-héros, contraints ou poussés à s’inventer un univers propre pour transcender leur réalité. Loin d’être une fuite, c’est une façon de relativiser. D’ailleurs, avec ses caractéristiques, les albums plaisent souvent autant aux enfants qu’aux adultes.

Toujours chez Métamorphoses, le premier livre d’une trilogie vient de paraître. Il parle d’Eco, une petite fille qui vit dans une immense maison avec des parents surbookés. Mais un geste d’une apparente générosité va entraîner la famille dans le chaos. Se retrouvant isolée, elle remarque que son corps se transforme : ses bras s’allongent, ses cuisses grossissent, d’affreux petits hématomes lui poussent même sur la poitrine... Elle se créée alors quatre petites ‘poupées’ qui vont tenter à leur manière de la consoler et vont l’aider à réparer sa « faute » en l’entraînant dans la quête de la Princesse des nuages. Une fois de plus, le lecteur est surpris par l’apparente naïveté du récit, mais Bianco joue avec la construction du conte pour mettre en avant, encore et toujours, l’imaginaire des enfants, pris dans la frénésie du monde moderne.

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Un superbe univers, tout en couleurs et en nuances !

C’est aussi une métaphore évidente du passage à l’adolescence. Le lecteur adulte prendra autant de plaisir à expliquer et lire ce livre qu’un hommage aux contes d’autrefois met en parallèle une fable par tome. Dans ce cas-ci, il s’agit de Jack et le haricot magique.

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Une vision déformée, mais pleine de poésie.

Le dessin de Jérémie Almanza sublime cette très belle histoire : dans un incroyable jeu d’ombre et de lumière, les images apparaissent déformées, prises dans le spectre d’yeux qui voient autrement la réalité, jouant sur la sensibilité et les tracas traversés par la jeune héroïne. Est-ce encore de la bande dessinée ou un livre de jeunesse ? Après tout, qu’importe les étiquettes, si le plaisir s’y retrouve !

Le récit est autrement plus sombre pour le premier album de Venusdea, l’autre collection de Barbara Canepa toujours co-dirigée avec Clotilde Vu, et qui sort ce 12 novembre. Tout en rimes, on y découvre le récit enchanté d’une jeune fille prise entre ses rêves et la réalité, et qui désire transformer ces cheveux et son chat grâce à l’intervention d’une araignée magique.

On ressent le respect et l’interaction avec le travail de l’illustratrice Ciou, orientée dans une dimension plus « gothique ». Plus graphique que narratif, ce livre conviendra mieux aux adolescents en recherche d’univers stylisés et marqués. À noter que pour tous les albums de la collection Venusdea, Chat Siamois sera prochainement également proposé avec son « Art Toy » attitré. Un façon de particulariser cette nouvelle porte vers l’imaginaire.

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La ’poupée’ de Chat Siamois

Si les poupées d’Eco portent des noms de philosophes, on ressent cette dimension de l’ex-étudiant de chinois dans d’autres de ces créations. Ainsi, Bianco a créé avec Algozzino un drôle de petit chien, nommé Epictète et qui illustra les pages du Lanfeust Mag’. Ce 12 novembre marque également sa sortie en album, dans un format inédit (40 sur 7 cm), caractérisant ce héros pas comme les autres.

En effet, Epictète est un héros de papier, conscient de sa condition : il interagit avec le lecteur, commente et critique les choix de ses auteurs, mais désire plus que tout sortir de sa case ! Vous pouvez en découvrir l’essentiel avec les strips sur son blog. Si Epictète s’adresse essentiellement aux férus de bande dessinée qui s’amuseront du second degré omniprésent : être ou ne pas être (un personnage de BD) ? Faire rire et/ou faire réfléchir ? Divertir ou enseigner ?

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Cet humour est tout aussi présent dans le nouveau personnage qu’il a créé pour Mundo-BD et dont les mini-albums paraissent dans Spirou. En effet, en supplément du numéro 3714 de Spirou Magazine, nous découvrions ainsi un album relié et composé d’une vingtaine de strips mettant en scène ce piaf égocentrique et souvent torturé par l’amour, ou ce qu’il croit être l’amour. Une bande assez délirante, qui divertit agréablement sans se prendre trop au sérieux.

Le second tome relié des ces aventures paraît comme supplément du Spirou 3734 qui paraît cette semaine : Gloupik tente d’évacuer son chagrin amoureux en prenant racine sur un rocher !

C’est sous ce même format, ou parfois en gag d’une page, que Bianco illustre également une autre rubrique du Lanfeust Mag’ : Mon coin à moi. Avec sa dérision habituelle et beaucoup d’humour, il nous donne un aperçu aussi bref que déluré de sa vie d’auteur. Mais pour avoir le meilleur échantillon de son imaginaire délirant, il ne faut pas hésiter à visiter son blog, dans lequel il se met régulièrement en scène sans avoir la grosse tête : la récente présentation de l’album d’Epictète en est la meilleure preuve.

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Une rubrique où l’auteur se met en scène, avec Arleston

Bien entendu, on attend surtout la venue prochaine du deuxième tome de Billy Brouillard. Bianco aurait imaginé treize petites nouvelles, dit-on écrites par le diable lui-même, et dont il livre les quatre premières comptines dans ce second opus attendu avec autant de fébrilité que d’inquiétude. La magie découverte au premier tome opèrera-t-elle encore ?

La réponse, forcément « effrayante », est pour le 25 novembre !

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Visiter le blog de Guillaume Bianco et celui d’Epictète
Lire les premières planches d’Eco

Lire l’interview de Bianco & Danela où il nous parle d’Ernest & Rebecca, ainsi que de Billy Brouillard

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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