"Happy Birds" contre "Angry Birds"

3 août 2017 0 commentaire
  • Fan d'Angry Birds ? Le Lombard a pensé à vous en déclinant le célèbre jeu en trois séries indépendantes, comptabilisant déjà dix albums au total, sans oublier la déclinaison parodique publiée chez Delcourt avec son étonnant et savoureux "Happy Birds", scénarisé par Trondheim.

Même si vous ne jouez pas (ou plus) à Angry Birds, vous n’aurez pas pu passer à côté de ce jeu créé en 2009 et téléchargé depuis lors à plus d’un milliard de reprises. Red et ses amis plumés se sont déclinés sous de nombreuses variantes, sur écran et en dehors, et il aurait été inconcevable que la bande dessinée ne soit pas touchée à son tour par ce tir de lance-pierre !

Ce fut chose faite en 2013 avec des prémices chez Hachette Jeunesse (Les Légendes de l’Aigle Vaillant), avant que Le Lombard ne prenne très rapidement la suite avec cinq albums publiés en moins deux ans, le tout réalisé par un collectif d’auteurs. Même si le niveau humoristique adressait la série aux plus jeunes des lecteurs, l’adaptation graphique était réussie, respectant l’univers du jeu vidéo.

"Happy Birds" contre "Angry Birds"
La première série du Lombard

La sortie en mai 2016 du film Angry Birds vint modifier cette donne. Le long-métrage d’animation a changé profondément la physionomie des oiseaux, les dotant entre autres de pattes et de bras. Pour coller à cette évolution et continuer à surfer sur cette licence à succès, les auteurs de la BD ont suivi cette évolution anthropomorphique, tant dans le graphisme que le caractère des personnages.

Même si le canevas des histoires courtes demeure, ces Nouvelles Aventures des Angry Birds s’avèrent d’entrée de jeu plus réussies que sa version précédente : plus drôle, plus dynamique dans son découpage et son graphisme, grâce à des expressions dans les postures plus élaborées des personnages plus facilement compréhensibles.

Le troisième opus qui vient de sortir, De Mal en Pigs, continue de mettre en avant Red, Bombe, Chuck, le Juge Peckinpah, les autres volatiles, sans oublier les cochons et leur roi Léonard. Une déclinaison qui fera donc la joie des jeunes lecteurs et des accros à cet univers.

Notons d’ailleurs une histoire particulièrement réussie, Le Journal, qui présente des déclinaisons très inventives du schéma d’Angry Birds : aux sauces SF, polar, super-héros, romantique, horrifique, etc. De quoi préparer au futur tome 4, déjà intitulé Super-Vaillant !

Les Birds en ambiance girly !

Le graphisme du film d’animation paru en 2016 n’a pourtant pas modifié tout ce que le Lombard avait entrepris. En effet, sous la houlette des deux scénaristes Melanÿn & Audrey Alwett que les lecteurs de Soleil connaissent bien, l’éditeur bruxellois a publié en 2015 le premier tome d’un spin-off consacrée à Stella, un oiseau femelle de la fameuse île. Le second tome vient de paraître il y a quelques semaines, sans que l’allure des héroïnes aient été modifiée par les choix cinématographiques.

Le ton particulier du spin-off Stella tient dans la nature de ses personnages principaux et des récits qui en découlent. Exit le tempétueux Red, l’explosif Bombe ou le speedé Chuck ! Ils sont remplacées par un clan de jeunes Birds... ou plutôt de Birdies, avec pour chacune d’entre elles un talent particulier.

Auprès de la fonceuse Stella, on retrouve l’artistique Willow, la scientifique Dahlia, la farceuse Poppy et le petit Luca. Ce petit monde essentiellement féminin s’oppose à Gale, ex-meilleure amie de Stella, mais qui a décidé de revêtir la couronne de Méchante Princesse pour mieux régner sur son armée de Piggies.

Ce spin-off est résolument axé sur la psychologie des personnages, ainsi que sur leurs relations et les conséquences de la rencontre de ces caractères aussi divers que marqués. Derrière les aventures de ces oiseaux déjantés, le jeune lectorat va retrouver des préoccupations de son âge. La qualité des récits s’en ressent, globalement plus qualitative que la série-mère, même si la caractérisation d’un graphisme parfois très différent sur l’une ou l’autre histoire très courte pourra déstabiliser les jeunes lecteurs.

Autre point fort de Stella : les quatre pages par album qui marquent des césures entre les histoires. Pour chacune d’entre elles, un volatile prend la plume pour décrire l’une de ses passions, et en apprendre plus aux lecteurs. Intéressantes et pédagogiques tout en évitant les clichés ou l’ennui, ces pages didactiques restent dans le ton éducatif de l’album, tout en apportant un aspect complémentaire bienvenu. Une série initialement plus orientée pour un jeune public féminin, mais qui distraira également les garçons.

Quand Trondheim s’en mêle…

Dans ce paysage trusté par Le Lombard (licence oblige), on voyait mal comment un autre éditeur aurait pu aborder l’univers de biais, sans se prendre les pieds dans le tapis. C’était sans compter sur Delcourt, et Lewis Trondheim ! Ce dernier a obtenu de Jukka Heiskanen, le directeur éditorial BD de Rovio Entertainment (la société finlandaise qui a créé Angry Birds), l’autorisation de réaliser une bande dessinée non pas focalisée sur les oiseaux et l’univers de l’île aux cochons, mais plutôt sur un joueur du monde réel, complètement addict au jeu en lui-même, et qui vient travailler au sein de cette même société Rovio.

Dans ce livre composé de 99 strips, nous faisons ainsi la connaissance de Pekko, qui passe ses journées à dégommer du cochon vert. Malheureusement, il devient plus que nécessaire pour cet « ornithophile » 2.0 de trouver un boulot, même payé au lance-pierre. Et donc, pourquoi pas chez Rovio, le développeur du jeu, afin d’allier l’utile à l’agréable ? Pekko va donc gravir les échelons d’une hiérarchie à l’image de leur jeu : haute en couleurs !

Malgré le trait efficace et dynamique d’Hugo Piette, le récit peine à démarrer sur son premier tiers. On comprend mal comment se passionner pour ce désœuvré chronique, enchaînant les bévues au sein de la société Rovio, créatrice de son jeu fétiche. Ses péripéties malheureuses, qui renforcent sa particularité de loser, ne parviennent que péniblement à décrocher un sourire...

Mais Trondheim ne s’est pas forgé sa réputation par hasard. À la différence de strips destinés à la presse et conçus pour être lus indépendamment, il a imaginé son récit dans sa globalité, une évolution constante de la première page à la centième page, comme il a pu le réaliser pour d’autres albums, tel que Bludzee.

Ne privilégiant pas l’efficacité des éléments indépendants dans son introduction, Trondheim a cherché à souligner le caractère de son anti-héros, comme il a entre autres pu le faire dans Donjon ou plus récemment avec Ralph Azham. Et lorsque les événements et le caractère opiniâtre de son personnage prennent le dessus, ses répliques deviennent drôlissimes, jusqu’à ce que le récit s’accélère et se termine dans une tournure complètement délirante à l’optimisme communicatif.

Derrière son aspect humoristique et divertissant, Happy Birds se permet d’égratigner le rêve de la réussite professionnelle. En imaginant comment un désœuvré chronique parvient à décrocher un travail et réussir, au-delà de toutes ses espérances. N’est-ce d’ailleurs pas le Wall Street Journal qui imputait il y a quelques jours la responsabilité de la baisse de la croissance américaine à la consommation de jeux vidéo ? Voici ce qu’en dit le très sérieux organe de presse financier : « Des universitaires de Princeton, Chicago et Rochester affirment qu’il existe énormément d’indications selon lesquelles, depuis l’année 2000, des hommes qui travailleraient en temps normal sont entraînés dans des univers virtuels immersifs et renoncent à gagner leur vie. En outre, ces hommes disent éprouver des niveaux de bien-être supérieurs, par rapport à ceux qui travaillent, et comptent sur le soutien de papa et maman pour maintenir cette situation. » [1]

De là à imaginer que la bande dessinée prolonge encore cet impact.... Happy Birds est certainement, en tout cas, la meilleure réponse que le neuvième art pouvait leur adresser !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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[1Source : Trends Tendance.

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