Hiroyuki Ooshima : « Au fur et à mesure que je dessine Spirou, je sens un poids de plus en plus lourd qui pèse sur mes épaules »

6 septembre 2006 7 commentaires
  • Et si après un Spirou adulte, celui de Jijé, de Franquin, de Tome & Janry, de Munuera et Morvan, un « Petit Spirou », celui de Tome & Janry, on faisait un « Spirou ado » ? Et pourquoi pas stagiaire au Moustic Hôtel ? Et pourquoi pas sous la forme d'un manga, avec un dessinateur japonais ?
Hiroyuki Ooshima : « Au fur et à mesure que je dessine Spirou, je sens un poids de plus en plus lourd qui pèse sur mes épaules »
Spirou version Oshima
(c) Dupuis

On connaît le big-bang que vit actuellement l’univers de Spirou, investi par les auteurs les plus divers, ravis de s’approprier l’un des personnages les plus mythiques de la BD franco-belge. Mais perpétuer Spirou sous la forme d’un manga ? Quel défi ! Et quelle belle réponse à l’invasion des bandes dessinées japonaises dans nos contrées. Pourquoi pas, après tout ? Aujourd’hui, Spider-Man est dessiné par des auteurs français, espagnols, malaisiens et indiens ! Toute expérimentation a du sens. Comme dirait l’autre, même les nains commencent petits.

L’idée de Jean-David Morvan est tellement fertile que nul ne peut présager de sa destinée. Spirou deviendra-t-il un manga à succès à part entière ? Sa version manga va-t-elle reconquérir en France les otakus qui avaient tourné le dos à la BD franco-belge ? Pourquoi pas ? Il faudrait pour cela que Dupuis fasse le pas, ce qui, selon nos informations, n’est pas encore acquis pour l’instant. Une réflexion s’élabore qui aboutirait peut-être à une coédition avec Kana. Pour l’heure, le manga de 56 pages, banc d’essai pour un développement plus ambitieux, serait un "plus produit" pour un prochain numéro du journal de Spirou. Au fond, qu’en pensez-vous ? Un Spirou manga, c’est une chance ou un sacrilège ?

A Japan Expo où il était présent en juillet, nous avons voulu rencontrer Oshima Hiroyuki, le dessinateur japonais de Spirou, en attendant que Jean-David Morvan - l’album qu’il prépare avec Munuera devrait sortir ces jours-ci - ne vienne lui-même raconter sa version de l’aventure.

Quand avez-vous rencontré Jean-David Morvan pour la première fois ?

C’était il y a peu près un an environ. Il était venu au Japon à moitié pour le travail et à moitié pour son plaisir. Il a rencontré M. Masanao Amano qui est le rédacteur en chef de la revue S. C’est M. Amano qui nous a présentés l’un à l’autre.

Est-ce que vous connaissiez la bande dessinée française ? Comment la perceviez vous ?

Spirou par OshimaCe n’était pas un univers complètement inconnu pour moi. Simplement, depuis fort longtemps, dans la mesure où j’avais accès à des bandes dessinées françaises traduites au Japon, c’est une création qui m’a toujours intéressé. Dans le même état d’esprit, je me disais qu’un jour ou l’autre, j’aimerais bien faire une « bande dessinée », travailler avec des auteurs européens. Je n’aurais jamais imaginé que ce soit vraiment possible. Et voilà qu’aujourd’hui, avec Jean-David, ce projet se réalise.

Quel est votre parcours ?

J’ai commencé à travailler à l’âge de 16 ou 17 ans en tant que professionnel. Comme j’étais encore à l’université, j’ai continué mon cursus jusqu’au bout (des études concernant la culture japonaise). Après l’université, je me suis mis à chercher du travail auprès de plusieurs journaux. Jusqu’à l’âge de 25 ans, j’ai surtout fait des illustrations, des dessins en une page. Après 25 ans, j’ai surtout développé mon activité dans des mangas dont je faisais moi-même l’histoire et le dessin.

Fondamentalement, qu’est-ce qui distingue le travail du mangaka de celui de l’artiste européen ?

Les personnes que je connais et qui dessinent de la bande dessinée sont assez joyeuses, assez gaies. Les dessinateurs de mangas sont souvent des gens introvertis et un peu sombres.

Spirou par Oshima
(c) Dupuis

Devient-on plus riche en faisant des mangas que des bandes dessinées ?

Peut-être que de France vous percevez la chose comme cela, mais au Japon, il y a énormément de créateurs de mangas et donc, la concurrence est farouche. Avant de percer et de vendre des livres ici, il faut vraiment un certain temps. Cela ne représente qu’une petite partie du nombre de mangakas. Il faut vraiment beaucoup de chance pour devenir très riche dans le manga, plus que dans la bande dessinée.

Percevez-vous à quel point Spirou, c’est un peu comme Astroboy, un personnage mythique créé par un auteur mythique ?

Spirou par Oshima
(c) Dupuis

Lorsque Jean-David m’a proposé de faire Spirou, je n’en avais pas conscience, car ce personnage n’est pas du tout connu au Japon. Mais au fur et à mesure que l’on m’expliquait comment je devais travailler avec ce personnage, il y avait des gens autour de moi qui m’expliquaient qui il était et ce qu’il représentait dans le patrimoine de la bande dessinée. Là, j’ai senti les choses devenir de plus en plus lourdes pour mes épaules. De toute façon, cela ne servait à rien pour moi de me mettre une pression inutile, car toutes les solutions graphiques dont j’avais besoin pour mettre au point les personnages devaient me venir de l’intérieur et pas de l’extérieur. J’ai donc fait table rase de toutes ces considérations et j’ai essayé d’attraper le personnage tel que je l’avais perçu au premier coup d’œil.

Techniquement, comment travaillez-vous avec Jean-David Morvan ? Vous ne parlez pas le français, il ne parle pas le japonais...

Lorsqu’il s’agit de communiquer dans des phases simples du travail, la communication se passe en anglais. Lorsque l’on rentre plus dans le détail, je fais appel à Thibaud Desbief, le Français qui vous traduit en ce moment mes propos et qui habite pas très loin de chez moi à Tôkyô.

Le trio de choc
Oshima Hiroyuki, le dessinateur, Jean-David Morvan, le scénariste et Thibaud Desbief, le traducteur. Photo : D. Pasamonik.

Les auteurs japonais ont la réputation de faire des interviews de trois phrases. Comment se fait-il que vous soyez si disert, si volontiers communicatif avec les journalistes ?

Simplement parce que je suis plus bavard que la moyenne de mes compatriotes. J’aime bien me faire remarquer d’une manière générale et donc, je suis content qu’on s’adresse à moi, d’autant plus lorsqu’il s’agit de mes dessins ! Je suis très honoré et très fier.

Propos recueillis par Didier Pasamonik, le 9 juillet 2006, vous l’aurez compris avec l’aide indispensable de Thibaud Desbief.

Spirou par Morvan et Oshima
devant le Moutic Hôtel version tokyoïte. (c) Dupuis

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

En médaillon : Hiroyuki Ooshima - Photo : D. Pasamonik.

 
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7 Messages :
  • >Soyons précis
    7 septembre 2006 10:40, par OVV, rédac chef SPIROU heBDo

    Bonjour, le SPIROU HeBDo qui sort la semaine prochaine (n°3570, daté 13 septembre) proposera effectivement gratuitement et en kiosque le SPIROU Manga (volume 1...) de Oooshima en (très beau) "plus produit". Et puis surtout, ce manga sera publié lui aussi en intégralité dans l’album "49Z" qui accompagnera la sortie du S&F n°49, à Tokyo : un bel album, sorte de making of de toutes ces japonaiseries, dont effectivement, on a pas fini de parler, si vous voulez mon avis.

    Voir en ligne : http://www.spirou.com

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    • Répondu par horto le 7 septembre 2006 à  15:11 :

      Et pour les abonnés ? Il faut envoyer une carte postale, un mail, un timbre, acheter un nouvel exemplaire ?? Merci les abonnés !

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      • Répondu le 26 août 2007 à  16:50 :

        tiens, et une version comics de Benoît Brisefer ça tente personne ? et de Astérix, tiens ? parce que ces gaulois-là, ce sont un peu nos X-Men à nous, non ?

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  • Pourquoi ne pas faire ( par exemple )un dragon ball à la française dessinner par un français .
    hein ! Hein ! m’sieur morvan ?

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    • Répondu par Brad Taculture le 7 septembre 2006 à  18:54 :

      Bonne idée !!!
      et pourquoi pas aussi une version comics du scrameustache, ça devrait marcher du feu de dieu aux states !

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  • LE VRAI PÈRE DE SPIROU

    Dans le chapeau qui introduit cet article, votre rédacteur cite les différents artistes qui se sont succédé pour dessiner Spirou. Et il oublie le créateur, celui qui est à l’origine du personnage et que (presque) tout le monde semble avoir oublié, je veux parler de Rob Vel.

    À force d’entendre dire que Joseph Gillain dit Jijé a créé Spirou pour le refiler plus tard à son élève le génial Franquin, j’ai envie de corriger cette erreur. Jijé lui-même avait pris la succession du grand Rob-Vel sans qui cette saga à suivre n’aurait jamais vu le jour, et les éditions Dupuis n’auraient sans doute pas connu un destin comparable...

    À ta santé, Rob Vel, où que tu sois, réjouis-toi : on ne t’a pas tout à fait oublié !!

    Ton vieux pote,
    kervor@wanadoo.fr

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 19 septembre 2006 à  18:01 :

      On aurait pu ajouter également : Fournier, Nic et Broca, Chaland... Sans compter les projets en cours ! La liste de ces auteurs n’était pas exhaustive et se limitait à ceux qui ont marqué leur génération, stylistiquement s’entend, Rob-Vel étant -et sur ce point vous avez raison- un peu oublié.

      Mais, à part les deux volumes de l’édition Deligne totalement épuisés, qui a encore accès à son travail aujourd’hui ?

      Nous avions déjà mentionné la création de Spirou par Robert Velter, alias Rob-Vel dans nos pages : "Dupuis recruta pour son lancement le Français Robert Velter qui conçut ce personnage, héros-titre du journal, écrivions-nous, devenu, grâce à Jijé et à Franquin, le symbole de tout le groupe éditorial".

      Rassurez-vous, donc : notre oubli n’était pas une amnésie.

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