Hubert Félix Thiéfaine : "J’ai eu une passion énorme pour la bande dessinée"

19 février 2007 0 commentaire
  • Le chanteur, qui jouit d'un statut d'icône tout en étant peu connu du grand public, voit aujourd'hui ses textes adaptés en bande dessinée aux éditions Soleil. Il nous a accordé un entretien pendant le Festival d'Angoulême en compagnie de Christophe Arleston, coordinateur du projet.

Comment est né cet album ?

Christophe Arleston : Je suis un vieux fan d’Hubert depuis longtemps. Nous avions cette série d’albums autour de chanteurs, et le hasard a fait qu’au studio, à Aix, on s’est trouvé assez nombreux à être fans d’Hubert, donc on a décidé de tenter le coup ! On a contacté le webmaster de son site, qui nous a mis en contact avec son agent, et puis on s’est rencontré avec Hubert au restaurant Le Train bleu. Au bout de cinq minutes, il nous a dit : "OK pas de problème !"

Hubert Félix Thiéfaine : C’est parce que ce projet était sur mes textes, et pas sur ma vie. Je sortais d’une biographie, qui est très bien faite d’ailleurs, de Jean Théfaine, qui m’a obligé à revenir en arrière. J’ai revisité avec lui des lieux de mon enfance… Or, je déteste me retourner, je vais toujours vers l’avant ! Eux ils partaient simplement de mes textes, ils avaient une liste qui correspondait, en plus, à ma liste entre le concert en solitaire et le concert que j’ai donné cette année : aucun des textes qu’on me proposait n’avait été renié par moi – j’ai renié très peu de ce que j’ai fait d’ailleurs…

Hubert Félix Thiéfaine : "J'ai eu une passion énorme pour la bande dessinée"
Christophe Arleston, Hubert Félix Thiéfaine
Photo A. Claes

Vous êtes amateur de bande dessinée ?

HFT : Je suis un cyclothymique : j’ai eu une passion énorme pour la bande dessinée quand j’ai commencé à toucher des droits d’auteur, et chez moi, j’ai une collection de BD entre 700 à 1000 bouquins. C’est une passion qui a duré 2-3 ans, et puis après je suis passé à autre chose… Là où je suis resté au volume 12 de certaines séries, on est au numéro 30 ou 40 aujourd’hui ! Je suis content parce que mes enfants profitent aujourd’hui de ma collection de bandes dessinées, ils la complètent avec des choses plus actuelles, notamment avec des mangas… Et j’en profite à mon tour, puisque je me suis mis aux mangas !

Donc vous avez plutôt découvert les auteurs de l’album ?

HFT : Oui, parce que moi j’ai arrêté de consommer de la bande dessinée quand j’ai quitté Paris pour aller à la campagne : tout d’un coup il n’y avait plus de libraire à côté de chez moi qui vendait de la bande dessinée. Quoique... Je me souviens qu’après la tournée de 83, j’ai passé tout l’été dans une chaise longue à lire tous les Blueberry, les Jérémiah… à relire Hugo Pratt… J’ai passé l’été complet noyé dans la bande dessinée. Je suis un homme d’excès, c’est-à-dire que je vais boire jusqu’à n’en plus pouvoir, mais après, je vais m’arrêter de boire pendant sept mois ! Pour les passions, c’est idem.

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Rencontre au sommet
De gauche à droite : Christophe Arleston, Mourad Boudjellal, Hubert Félix Thiéfaine, Laurent Colonnier, Jean Giraud - Photo A. Claes

Je crois que vous avez laissé carte blanche aux dessinateurs, vous les avez rencontrés d’abord ?

HFT : Oui, on a discuté un peu, et puis on s’est mis tout de suite aux alcools forts ! (rires)

CA : On avait fait une rencontre à Paris entre Hubert et la plupart des dessinateurs, ça s’est très bien passé… Le concept de ce bouquin, c’est de faire se rencontrer deux créateurs : avoir un texte d’un côté, et donner carte blanche à un graphiste pour qu’il s’approprie le texte, qu’il l’interprète et qu’il en fasse quelque chose de personnel.

HFT : Ce qui m’intéresse aussi, c’est que je ne raconte pas une histoire comme le font les chanteurs de la nouvelle génération, qui partent d’un sujet et le développent de façon très narrative : je délire à partir d’un thème… C’est pour ça que j’avais une confiance totale : je pensais qu’un dessinateur de talent pouvait s’en sortir avec le genre de texte que j’écris parce que moi je balance des images, et ces images-là, chacun a la liberté de les interpréter comme il veut. Que ce soit un dessinateur ou un peintre, je ne me fais pas de souci… Je savais qu’ils n’allaient pas partir du mot à mot, parce que ce n’est pas possible !

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113ème cigarette sans dormir, par Serge Fino et Nolwenn Lebreton
(c) éditions Soleil

Et votre réaction quand vous avez vu le travail des différents dessinateurs ?

HFT : Je l’ai reçu par petits bouts, et j’avais une telle confiance que je regardais surtout les images, parce que le texte ça m’intéressait beaucoup moins… ! Pour moi, ça correspond à une anthologie de la bande dessinée actuelle. Il y a 21 textes, et tous sont complètement différents !

CA : L’idée, c’était en effet de prendre des dessinateurs dans des styles différents. Par exemple, faire travailler Riad Sattouf sur Gynécée, ça a surpris ... Et même, au départ, Riad lui-même ! Et puis finalement, ça a déclenché chez lui un truc, il a imaginé cette histoire qui fonctionne super bien… Graphiquement, on est dans des univers loin les uns des autres, parfois, mais, des auteurs qui ont travaillé sur ce bouquin, aucun n’a fait un travail de mercenaire : ils l’ont tous fait par passion. Par exemple, Laurent Colonnier, qui a appris que je faisais ce bouquin, m’a envoyé un mail en me disant : je veux absolument en être, il n’est pas question qu’il y ait un bouquin sur Thiéfaine sans moi ! Il a fait L’affaire Rimbaud, qui est superbe…
A la différence des autres albums, où je me disais : tiens, sur telle chanson je vais appeler untel… là, pas du tout : j’ai fait tourner l’info comme quoi je préparais un bouquin autour de Thiéfaine, et j’ai laissé les gens venir. Je voulais vraiment que ça soit des gens qui viennent par coup de cœur. Et il y en a la moitié que je n’aurais jamais pensé appeler parce que je ne soupçonnais pas leur connivence avec l’univers de Thiéfaine ! Anne-Laure Algésiras, par exemple, qui a fait Les jardins sauvages, je n’aurais jamais pensé à l’appeler, et elle m’a envoyé un mail tout de suite en me disant : je veux absolument le faire !

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Les jardins sauvages, par Algésiras
(c) éditions Soleil

Qui a choisi les textes et les a attribués aux dessinateurs ?

CA : C’est moi. C’était un choix toujours très subjectif : on a essayé de mixer des titres un peu de toutes les époques, et puis d’amener aussi quelques titres du dernier album, qui est magnifique, un des plus beaux qu’il ait fait depuis des années, que le public ne connaissait pas encore, mais qu’on avait envie de mettre en avant et de traiter : Les jardins sauvages, Gynécée… Et puis il y a des incontournables : on était obligé de faire La fille du coupeur de joints, par exemple ! A la limite, ne pas le mettre ne m’aurait pas dérangé, mais un bouquin sur Thiéfaine sans La fille du coupeur de joints

HFT : C’est la même chose quand je sélectionne les chansons pour mon DVD live : il y a des trucs incontournables pour le public. On doit avoir un certain respect pour lui, on a des droits et des devoirs.

(par Arnaud Claes (L’Agence BD))

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Propos recueillis à Angoulême le 26 janvier 2007

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