Hungarocomix - Découverte de la bande dessinée hongroise à Paris

11 juin 2013 0 commentaire
  • L'institut hongrois Balassi présente la rétrospective d'une bande dessinée pour nous quasi inconnue : la bande dessinée hongroise. Hungarocomix nous propose un panorama des bandes dessinées hongroises d'hier et d'aujourd'hui, donnant à voir les plus grands noms de la BD hongroise, à découvrir du 13 juin au 13 juillet 2013.

ActuaBD.com est un des rares sites francophones à vous faire découvrir les bandes dessinées venues des autres horizons. Il est bon parfois, en effet, de juger sa création, son histoire et ses pratiques, à l’aune des autres cultures.

D’abord, comment dit-on "bande dessinée" en hongrois ? képregény, vocable composé de kép (image) et de regény (roman) qui évoque, comme dans bien des langues, la notion de "roman graphique".

Issue, comme en France, de la tradition de la caricature, la bande dessinée hongroise naît comme en France au XIXe, mais sa production reste sporadique sans réussir à s’enraciner dans la tradition populaire comme chez nous.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les journaux pour enfants et adolescents fleurissent d’où émerge la revue Pajtás à partir de 1946. Mais bientôt absorbée dans le glacis communiste, la Hongrie doit subir le diktat d’un maître à penser soviétique du nom de Finogenov qui déclara : "La bande dessinée est un produit de la décadence impérialiste." Par voie de conséquence, celle-ci disparut complètement des publications hongroises, interdite par le premier ministre hongrois, Mátyás Rákosi.

Elle ressurgit en 1957, un an après l’écrasement de la révolution de 1956. La tutelle soviétique avait besoin de distraire le peuple. Le 1er février 1957, le magazine de mots croisés Füles, encore publié de nos jours, s’ouvrit largement à la bande dessinée. Afin de n’essuyer aucune critique, elle s’emploia à adapter en bande dessinée un classique de la littérature : Les Misérables de Victor Hugo, au titre ô combien explicite, dont la première série compte 68 épisodes, prélude à une production abondante d’adaptations littéraires.

Hungarocomix - Découverte de la bande dessinée hongroise à Paris
Une très belle page du Tijl Uilenspiegel par Imre Sebők

Une figure émerge ces années-là : le journaliste Tibor Cs. Horváth (1925-1993). Il a la confiance de la revue Füles et a en ligne de mire le journal de BD français Vaillant, proche du PCF, et surtout les Classic Illustraded d’Eliott Publishing. C’est pourquoi il va se concentrer sur les adaptations littéraires principalement pour trois dessinateurs :

- Pál Korcsmáros (1916-1975) qui adapte les romans de Jenő Rejtő parodiant la Légion étrangère, un écrivain déporté et tué en raison de ses origines juives fin 1942. Tentant de faire passer à l’étranger en 1960, par l’intermédiaire d’un ami, son adaptation des Trois Mousquetaires d’Alexandre Dumas père, Korcsmáros se voit confisquer par les autorités les planches originales, soupçonné de transporter des écrits séditieux. Elles ne seront restituées à ses héritiers que cinquante ans plus tard...

- Imre Sebők (1906-1980), habile dessinateur de figures féminines à qui l’on doit notamment une version du Tijl Uilenspiegel de Charles Decoster.

Cyrano de Bergerac par Ernő Zórád

- Ernő Zórád (1911-2004) dessinateur réaliste dans la veine d’un Poïvet ou d’un Gillon, à qui l’on doit une adaptation de Michel Strogoff de Jules Verne et du Cyrano d’Edmond Rostand.

L’exposition montre de nombreux documents de ces trois artistes.

Ce genre de bande dessinée perdura jusqu’à la chute du régime soviétique. La nouvelle donne favorisa surtout l’importation de bandes dessinées étrangères qui réduit à rien une production déphasée et considérée comme vieillotte, en dépit de la création en 1994 de la revue Kretén, sorte de Fluide Glacial hongrois qui permet l’émergence de nouvelles signatures dans le registre de l’humour.

L’affiche du dernier Festival de BD de Budapest

En 2001, cependant, la galerie Karton, entièrement dédiée aux expositions de bande dessinée s’inaugure à Budapest. À cet acte fondateur, s’ajoute, en 2004, la donne nouvelle de l’Internet : le site web rajzfilm.hu lance un concours de BD.

Beaucoup d’artistes répondent dont certains fondent l’Académie hongroise de la bande dessinée (MKA). En 2005, c’est au tour du premier festival de BD de Hongrie de voir le jour, à l’initiative d’une alliance d’éditeurs qui se fédère plus tard dans une Alliance hongroise de la bande dessinée. Enfin, l’école de dessin de Budapest Corvin vient d’ouvrir une classe de bande dessinée.

Des noms émergent dans la nouvelle génération, comme Miklós Felvidéki,, un avatar hongrois de la Ligne Claire, qui a reçu un prix au très exigeant Festival Fumetto en Suisse dans catégorie junior, ou encore Mátyás Lanczinger et le très habile Csaba Zabos, très influencés par le dessin d’animation,

Ces anciens et modernes créateurs de la BD hongroise sont accrochés aux cimaises de L’institut hongrois Balassi, à Saint-Germain des Prés jusqu’au 13 juillet 2013.

En marge de l’exposition, un colloque : Bandes dessinées
la tentation de l’adaptation
accueillera l’un des meilleurs spécialistes hongrois de la bande dessinée Antal Bayer, le 18 juin 2013 à 19 heures.

Michel Strogoff dessiné par Ernő Zórád
DR

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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- Le site de l’Alliance hongroise de la bande dessinée

- Informations sur le colloque : Bandes dessinées
la tentation de l’adaptation

Institut Hongrois Balassi - Collegium Hungaricum

92, rue Bonaparte 75006 Paris

Le site de l’événement

Contact : accueil@instituthongrois.fr - Tel : +33 1 43 26 06 44 | fax : +33 1 43 26 89 92

horaires : mardi – vendredi : 13h30 - 19h30

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