Il y a du monde aux Balkans (1) : Effervescence roumaine

25 mars 2012 1 commentaire
  • Dans la famille des créateurs européens, les Roumains ne sont pas en reste. Alors qu'une exposition leur est consacrée depuis plusieurs semaines au Centre Belge de la BD - mais on peut encore la voir jusqu'au 20 mai 2012, faisons le point sur ce pays de création de bande dessinée dont les auteurs sont d'ailleurs publiés chez nous depuis un bon nombre d'années.
Il y a du monde aux Balkans (1) : Effervescence roumaine
Dictionnaire de la bande dessinée roumaine par Dodo Niţǎ et Mircea Arapu

Si l’on en croit Dodo Niţǎ et Mircea Arapu, auteurs d’un Dictionnaire de la bande dessinée roumaine publié en français (Éditions du Taupinambour, 2010), l’histoire de la BD roumaine commence en 1891 mais démarre vraiment après la Première Guerre mondiale dans des revues pour enfants et le premier personnage vraiment connu est Haplea créé par l’écrivain Nicolae Batzaria et animé par les dessinateurs Martin Iorda et Pascal Rǎdulescu pour deux journaux distincts. Cette série connut plusieurs albums et même un dessin animé en 1927 (voir ci-contre) et une pièce de théâtre en 1938.

La qualité du dessin roumain est alors dans la bonne moyenne de ce qui se produit alors en Europe sous l’influence de la bande dessinée américaine (Mickey y a son journal en 1944) mais la guerre et l’arrivée du régime communiste (Déc. 1947) va sérieusement plomber son développement.

Ainsi, l’un de ses dessinateurs et scénaristes les plus prometteurs, Neagu Rǎdulescu, créateur du Soldat Neaţǎ (1939), s’est retrouvé interdit de publication pendant vingt ans pour avoir envoyé son personnage combattre les Bolcheviks...

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Histoire de la BD en Roumanie de Dodo Niţǎ et Alexandru Ciubotariu, éditions Vellant, Bucarest, 2010.

Une chape de plomb pèse alors sur la création roumaine, un peu soulevée à partir de 1953 où l’on voit arriver en Roumanie le journal Vaillant (et plus tard Pif gadget) dans les valises du Parti Communiste.

L’arrivée de Nicolae Ceauçescu en 1965 creuse encore un peu plus le sillon de la production locale et en 1970, les magazines Cutezǎtorii et Pif Gadget font un concours dont le vainqueur est désigné par le créateur de Pif en personne, José Cabrero Arnal. Sur 4100 planches proposées, le jury distingua 230 "diplômés" dont vingt d’entre eux sont aujourd’hui des dessinateurs professionnels.

Un vent de liberté souffle un peu sur la BD roumaine qui s’inspire des tendances internationales du moment, en particulier dans le domaine de la SF, sous l’impulsion de Barbarella.

C’est le moment où l’on voit apparaître les premiers auteurs roumains en France. Ivas Anghel publie Après l’Apocalypse aux éditions Michel Deligne (1979)

Le dessinateur Mircea Arapu s’établit en France en décembre 1978. En avril 1980, il a l’opportunité d’éditer à Paris, Peur, un magazine BD qui présente des auteurs roumains : on y retrouve Ivas (Sorin) Anghel, Valentin Tănase et lui-même, avec un avant-propos de Christian Godard. Claude Moliterni lui demande d’écrire le chapitre sur la Roumanie dans son Histoire Mondiale de la Bande Dessinée (Pierre Horay, 1980). publiant, la même année, Le Parfum qui rend fou, une BD érotique chez Dominique Leroy, il découvre le jury d’Angoulême, leur envoie le magazine Peur et se retrouve invité d’honneur du Salon. Les originaux du magazine vont être présentés dans une exposition à La Maison des artistes.

À partir de 1981, il devient un contributeur régulier de Pif Gadget dessinant une trentaine d’épisodes d’Arthur le fantôme justicier, mais aussi de Pif et Hercule, ou Placid et Muzo. Il quitte cet hebdo en 1987, pour y revenir dans la nouvelle formule entre 2005 et 2009.

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Placid et Muzo, une création de Arnal dessinée par Mircea Arapu - scénario de Arnaud Hilmarcher
(c) Arnal / Arapu / Arnaud Hilmarcher

En 1981, Nicolae Ceauçescu radicalise sa position isolationniste et Pif gadget n’arrive plus en Roumanie... Mais le mouvement est lancé que rien n’arrêtera désormais : les fanzines se multiplient, les premières BD pour adultes venues de l’étranger sont traduites et arrivent sur le marché, la production locale s’ébroue.

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Mircea Arapu, dessinateur de Arthur le Fantôme, de Pif & Hercule et de Placid & Muzo, avec Dodo Niţǎ, historien de la BD et organisateur de festivals de la BD en Roumanie, sont les auteurs du Dictionnaire de la BD roumaine

Avec la chute de Ceauçescu en 1989, un enthousiasme se saisit de la BD roumaine, les revues et les créations de BD se multiplient, essaimant dans les grands journaux. Pif paraît, en roumain cette fois, pour 13 numéros. On peut y lire Rahan, Les Chroniques de la Lune noire, Lanfeust, XIII, Gai Luron, Achille Talon, Corinne & Jeannot, Astérix, Lucky Luke...

Depuis, la production locale voisine avec les traductions étrangères tandis qu’une "école roumaine" trouve de plus en plus sa voie dans notre pays grâce à un échange équilibré et, il faut bien le dire, un enthousiasme partagé pour la bande dessinée.

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Alexandru Ciubotariu, directeur du Musée de la BD de Bucarest, créateur de BD sous le pseudonyme de Ciubo et co-auteur d’une Histoire de la BD en Roumanie

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Auteurs roumains publiés en France et en Belgique (Liste mise à jour par Dodo Niţǎ)

- Mircea Arapu chez Taupinambour : 2010 : trois tomes de Arthur le fantôme d`après Cézard (reprise des aventures publiées dans Pif Gadget dans les années 80 )

- Alex Talamba chez Casterman : 2012 - Sidi Buzid Kids, sc. Éric Borg.

- Les frères Augustin et Dan Popescu chez Soleil, collection Carnets Secrets de Vatican (sc. Novy) : 2011 : La Rose et la Croix – 2010 : La Couronne de Prusse – 2009 : Sur la route de Saint Jacques –2008 : Tombée du Ciel.

- Dan Popescu chez First Edition : 2011 : storyboard des 12 albums de L`Histoire de la France en BD pour les Nuls

- Cristian Pacurariu chez Soleil : 2011 : Assassin, sc. Olivier Peru (2 tomes parus, le troisième est en cours. )

- Ileana Surducan chez Makaka : 2008 – Eduardo le renardeau, Sc. Shuky, aux éditions du Cayman : 2010 – L`Ami interdit, texte de Vincent Dumas.

- Maria Surducan chez Makaka 2012 – Foire de Nuit, BD numérique pour support mobile.

- Calin Stoicanescu chez CRIABD 2001-2003-2005 : Histoire de Jésus (trois tomes)

On peut compter aussi Sandu Florea – qui vit à New York depuis 1991 - et qui a signé la mise à l’encre de quelques 300 comics chez Marvel, Dark Horse, ou DC Comics dont la plupart on été traduits en français

On ne peut oublier l’ouvrage de référence sur la BD roumaine par Dodo Niţǎ et Mircea Arapu chez Taupinambour : 2010 : Le Dictionnaire de la bande dessinée Roumaine.

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Dodo Niţǎ montrant la version roumaine de Rahan lors du 1er Salon du Livre des Balkans à Paris en juin 2011.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Exposition 77 ans de bande dessinée roumaine - Au Centre Belge de la Bande Dessinée, rue des sables - 1000 Bruxelles.

- Une interview de Dodo Niţǎ sur ActuaBD

- Commander le Dictionnaire : informations aux éditions Taupinambour (imprimerie Grafik) - 40, avenue de Reims 02200 Soissons. Tel. 03 23 53 75 01.

Photos : D. Pasamonik

 
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1 Message :
  • Bonjour,
    Il y a une erreur dans votre article,
    "Maria Surducan chez Makaka 2012 – Foire de Nuit, BD numérique pour support mobile."
    Foire de nuit de Maria Surducan est parût en Février 2015 chez Le Moule-à-gaufres, l’album existe en "chair et en os" ainsi qu’en version numérique chez Séquencity.
    Merci à vous de rectifier. Bien cordialement,
    Anick

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