Intégrale Buck Danny : le dernier envol de Jean-Michel Charlier

11 juillet 2017 1 commentaire
  • Nous voici au douzième volume de l’intégrale Buck Danny paraissant chez Dupuis avec l’ultime envol de Jean-Michel Charlier sur cette série avant sa disparition en 1989, au moment où il passe les insignes d’amiral à Francis Bergèse.

Nous rendons-bous compte de la chance qui est la nôtre aujourd’hui ? Grâce aux éditions Dupuis, nous pouvons lire toutes les aventures de Buck Danny, menton carré et brushing blond impeccable, chef d’escadrille d’une bande de joyeux drilles œuvrant pour l’US Air Force.

Elles sont publiées dans des intégrales dont les savantes préfaces de Patrick Gaumer nous restituent tout le contexte historique de l’histoire avec moult détails cueillis aux meilleures sources, dont les archives du célèbre scénariste et celles de son dessinateur nouvellement promu à l’époque Francis Bergèse qui dut attendre quasiment quatre ans pour reprendre la suite du grand Victor Hubinon.

Intégrale Buck Danny : le dernier envol de Jean-Michel Charlier
© Dupuis

Une période chaotique

La période est rude pour Jean-Michel Charlier, l’ « Alexandre Dumas de la bande dessinée », pour utiliser le vocable de Gilles Ratier : Victor Hubinon disparaît en 1979 et Jijé en 1980. Il se retrouve avec trois de ses principales séries sans dessinateur : Buck Danny, Barbe Rouge et Tanguy et Laverdure. Quant à Blueberry, il souffre des absences répétées de Jean Giraud qui se prend de plus en plus pour Moebius

Or, on ne remplace pas si facilement un dessinateur tant il imprime sa personnalité à une série. Hubinon qui avait fait ses premières armes à la World Press aux côtés de Jean-Michel Charlier, était comme lui originaire de la région liégeoise. Comme lui, il avait participé à l’invention du « style belge » empreint d’une certaine raideur liée à une documentation abondante. Pas question d’avoir un dessinateur trop virevoltant : il faut de la rigueur pour dessiner les carlingues et les uniformes. Jijé s’en sort parce qu’il a un assistant qui lui dessine les boulons. Mais comme dirait le lieutenant de cavalerie Mike S. Blueberry, un dessinateur de cette trempe, cela ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval !

Après bien des essais infructueux, le dessinateur idéal se présente : Francis Bergèse. C’est l’homme de la situation : illustrateur émérite (il a travaillé pour les maquettes Heller), il dessine pour des journaux d’aviation depuis belle lurette et mieux encore, possède un brevet d’aviateur ! La reprise sera magistrale.

Intégrale Buck Danny : d’entrée, un Bergèse impeccable !
© Dupuis

Changement d’époque

L’autre difficulté du scénariste Charlier, c’est la fin de la Guerre Froide. Les Russes sont de plus en plus conciliants avec l’Occident. Perestroïka et Glasnost sont les mots d’ordre les nouveaux maîtres de l’U.R.S.S. qui, il ne le savent pas encore, n’en a plus pour longtemps à vivre. Blood ‘n Guts ! Buck Danny sans ennemi communiste, tout fout le camp !

Enfin, Charlier –qui par ailleurs commence à avoir des problèmes de santé- avait fondé beaucoup d’espoir dans l’aventure de l’hebdomadaire Super-As des Allemands de Koralle Verlag pilotés par Jack De Kezel et Jacques De Meester (ces épisodes sont d’ailleurs édités sous le label Hachette), alternative à l’hebdomadaire Tintin, où le scénariste avait rassemblé toutes ses principales séries. Là encore, l’esquif prend l’eau, mais c’est une autre histoire…

Loin de se reposer sur ses lauriers, le pétulant Charlier qui en a vu d’autres s’appuie sur ses fondamentaux : il imagine un complot « apocalyptique » basé sur un audacieux casse de fusées nucléaires, rien que cela ! Cette recette éprouvée est pimentée par les gags invraisemblables de Sonny Tuckson, victime et bourreau du bulldog du « Pacha », l’amiral commandant du porte-avions qui abrite nos héros et par le charme vénéneux de Lady X qui reprend du service. Un véritable festival en guise de dernier tour de piste !

Il reste que ces histoires qui ont maintenant trente ans dans les pattes restent d’une impressionnante actualité et que nous avons la chance avec Patrick Gaumer d’avoir sous la main un chercheur qui nous abreuve d’informations inédites. Et de documents rares !, comme cette histoire de la compagnie Total que Francis Bergèse avait réalisée à l’époque pour le grand pétrolier français. Là encore, un document rarissime. Il faut se le rappeler : Buck Danny, ce ne sont pas seulement des histoires, c’est surtout l’Histoire. De la bande dessinée mais aussi du monde.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Buck Danny - L’Intégrale T. 12 - Par Jean-Michel Charlier et Francis Bergèse - Ed. Dupuis. 320 pages couleurs - 28€.

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1 Message :
  • C’est bien ça ! Charlier et Christin c’est non seulement l’histoire de la BD qui s’écrit mais c’est aussi celle du monde. C’est cette rareté de vision démiurgique, qui apparait de mieux en mieux avec les années passant, qui fait la valeur des ces immenses scénaristes. Et lorsqu’ils sont servis par des dessinateurs de très haut vol, alors on atteint le meilleur ! Ces intégrales leur rendent un juste hommage.

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