Isabelle Beaumenay-Joannet : "Chaland camouflait sa timidité par une distance étudiée."

25 septembre 2008 0 commentaire
  • Lors [de l’exposition des planches de {Cœurs d’acier} à Brüsel->7412], nous avons rencontré la femme de Chaland, qui a pu nous éclairer sur les hommages que les auteurs ont rendus à l’artiste, et bien entendu sur les rencontres de Nérac, se déroulant ce week-end.

Votre actualité est chargée, entre la parution de deux livres et les rencontres de Nérac, est-ce le fruit du hasard ?

Tout cela a été préparé conjointement. La ville de Nérac voulait d’abord faire une simple exposition, c’est alors que l’idée du festival nous est venue, avec la présence des auteurs. En réfléchissant au projet, j’ai souhaité réaliser ce Portrait de l’Artiste pour donner une réelle évocation de Chaland par ses amis. Eric Verhoest, mon éditeur favori, l’a accueilli prudemment, car il sait que ce type de livre est compliqué à mettre en œuvre. J’ai d’abord sollicité les amis proches d’Yves, comme François Avril, Serge Clerc, Ted Benoît et d’autres, pour au fur et à mesure étendre la famille d’auteurs intéressants pour cette évocation.

Quand vous évoquez votre éditeur favori, c’est parce qu’il rencontre vos attentes, ou parce qu’il a toujours été ébloui par le travail de Chaland ?

Un savant mélange de deux sans doute, mais quand j’ai évoqué Portait de l’Artiste, je ne suis pas sûr que beaucoup d’éditeurs se seraient lancés dans un tel travail de rassemblement et de mise en page. Après être tombé à la renverse, il a vraiment pris le travail à bras le corps, tout en se rendant compte que c’était une très grosse pelote que l’on évidait. Il a vraiment fallu beaucoup se réunir et attendre mes documents personnels ainsi que l’agencement de l’ensemble. Le maquettiste s’est aussi arraché les cheveux, tout en réfléchissant sur les différents formats et supports possibles. C’est donc pour ce travail de titan que j’ai beaucoup de respect pour Eric.

Isabelle Beaumenay-Joannet : "Chaland camouflait sa timidité par une distance étudiée."En lisant ce recueil de souvenirs, on dépasse la nostalgie pour évoquer une grande sensibilité !

J’avais demandé, soit une photo, une illustration que chaque intervenant pouvait posséder, un dessin ou un document qui pouvait raconter une anecdote, une facette de Chaland. En sortant de l’hommage à proprement parler, qui peut paraître pesant, nous avons ainsi pu construite un livre très vivant. La plupart de ces petits moments vécus m’étaient d’ailleurs inconnus, car chacun gardait son petit trésor pour soi. J’ai également approché des dessinateurs qui ne l’ont pas connu, mais qui revendiquent une filiation, comme Wurm.

On se rend compte comme les divers témoignages partent des sens assez différents : professionnel, tâtillon, lâché, pince-sans-rire, … c’est un vrai kaléïdoscope !

Tout à fait, on les regroupant, on peut mieux se faire une idée de sa vraie personnalité. J’en ai profité pour aller rechercher des interviews auxquelles il se plaisait à répondre, et en les insérant entre les témoignages, elles prennent un sens plus profond.

Elles mettent surtout en valeur son second degré permanent !

Il prenait toujours de la distance par rapport à ce qu’il faisait et au monde qui l’entourait. Les personnes qui le rencontraient lui témoignaient toujours beaucoup de respect, cela l’amusait beaucoup de partir dans la digression, dans l’ironie.

Par timidité, de peur de trop se dévoiler ?

Il ne montrait qu’une part de sa personnalité, qu’il cachait rapidement par une petite pique, ou une idée folle. Il était effectivement assez timide, puis sa famille, d’origine lyonnaise, n’était pas non plus très expansive.

Au regard de ces petits bouts de personnalités dévoilés par ces auteurs, lequel des personnages créés par Chaland lui correspondaient le plus ?

Bien sûr, un peu de tous, comme tous les auteurs qui mettent un part d’eux dans leurs créations. Il y avait bien entendu le caractère aventureux, et la faconde de Freddy Lombard, mais bien entendu, le Jeune Albert est le personnage le plus autobiographique, sa facette intime.

Vient alors également de paraître cette nouvelle édition de Cœurs d’acier, enfin accessible au grand public !

Le premier tirage de 1000 exemplaires peinait des amateurs qui n’avaient pas l’occasion de pouvoir découvrir ses belles illustrations. J’ai donc refait les couleurs des strips, et j’ai demandé qu’on agrandisse les vignettes du second livre. Je souhaitais que le trait explose, quitte à empiéter sur la page de gauche ! Car je travaille pour que l’œuvre continue à vivre, et j’essaye donc de rééditer régulièrement ce qui existe, pour que le public qui se renouvelle puisse découvrir Chaland. Nous avons eu dernièrement les archives de Freddy Lombard, puis la réédition en petit format des ces aventures chez les Humanos, à prix très abordables, donc grand public.

Bien entendu, la période des HS de Spirou & Fantasio est également propice à cette sortie ?

Quand j’ai vu les premiers one-shot, j’ai beaucoup ri, car l’idée était déjà d’actualité il y a 25 ans. "Ils" avaient alors dit : Vade retro Satanas, et avaient demandé l’interruption pure et simple du récit. Il y avait toujours une bonne raison pour que cela ne puisse pas fonctionner dans l’atmosphère de la rédaction de Spirou. Mais ce n’était sans doute pas encore le bon moment, tout simplement.

Quels sont alors vos prochains projets ?

Pour l’instant, nous allons voir l’évolution de ces deux livres, mais j’ai évoqué avec Eric Verhoest d’éditer des planches en grand format et en noir et blanc. Ce seraient peut-être des éditions un peu plus pointues, mais utiles aux passionnés qui voudraient voir de près son travail. Nous pensons tout d’abord à un Freddy Lombard, mais sous réserve, bien entendu.

Votre proche avenir, ce sont bien sûr les Rencontres Chaland, mis à part le programme communiqué, quelles sont les petites surprises à venir ?

Un magazine biannuel, Les rencontres Chaland, dont le premier numéro sortira ce week-end à Nérac, et sera distribué gratuitement. On y trouvera une petite biographie, les différentes expositions et forums, ainsi qu’une présentation de chaque auteur, avec parfois une petite note personnelle (rires). Je me suis amusé à proposer aux partenaires de prendre des dessins d’Yves pour leurs communications : par exemple, AirLinair utilise ainsi les premières cases de F52, se déroulant au Bourget.

La couverture du premier "Rencontre de Chaland" reprendra l’affiche de la manifestation.

Et dans le prochain numéro, peut-être un condensé de la manifestation ?

Je voudrais bien sûr mettre en avant tout ce qui se prépare à Nérac, car toute la ville est réellement en ébullition : des maternelles aux bacs, les enfants travaillent sur Chaland du point de vue historique, graphique, en français, et sont en train de réaliser une bande dessinée en commun. On pourra voir les photos des personnages d’Yves qui sont en train d’être peintes par les enfants, et qui seront disséminés dans toute la ville. Le magazine sera bien entendu en format à l’italienne.

(par Charles-Louis Detournay)

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