Japan Expo 19e impact : sous le sceau du Japonisme

26 juin 2018 0 commentaire
  • Le 19e impact de la Japan Expo aura lieu du 5 au 8 juillet 2018 au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte. Cette édition est spéciale puisqu'elle coïncide avec les 160 ans des relations diplomatiques entre le Japon et la France. Premier pays lecteur de mangas en termes de diversité, après le Japon, la France manifeste un réel intérêt pour la culture japonaise, et depuis longtemps. Japan Expo en donne l'exemple.
Japan Expo 19e impact : sous le sceau du Japonisme
Photo : Wikipedia.

Dans Au Bonheur des dames, en 1883, Émile Zola raconte l’expérience d’Octave Mouret. Propriétaire de l’un des premiers grands magasins de Paris, situé au coin de la rue de la Michodière et de la rue Neuve-Saint-Augustin, il s’était risqué à mettre dans le centre de son magasin une petite table des articles japonais : « Peu de rayons avaient eu des débuts plus modestes, et maintenant il débordait de vieux bronzes, de vieux ivoires, de vieilles laques, il faisait quinze cent mille francs d’affaires chaque année... [...] Quatre ans venaient de suffire au Japon pour attirer toute la clientèle artistique de Paris.  » 1,5 million sur 100 millions de chiffre d’affaires, un rayon ouvert avant même le rayon livres et le rayon des articles pour enfants.

Cette fiction recouvre une réalité : grâce aux Expositions Universelles et à l’acheminement en Europe d’estampes transitant par des comptoirs hollandais, l’intérêt pour le Japon va croissant tout au long de la 2nde partie du XXe siècle. L’aventure coloniale française en Asie n’y est évidemment pas pour rien... L’empreinte est si forte que dans le quartier de l’Opéra où Zola situe son histoire, en particulier dans la rue Saint-Anne, nombreux sont encore les commerces et les restaurants marqués par le « japonisme ».

A l’origine de l’Impressionnisme

On pourrait évoquer la passion du peintre Claude Monet (1840-1928) pour l’estampe japonaise dite ukiyo-e et sa collection visible dans son musée de Giverny, un "monde flottant" affranchi de la rigueur de la perspective occidentale et dont l’œuvre majeure "Impressions, Soleil Levant" est à l’origine du mot "impressionnisme".

Grand admirateur de l’estampe japonaise, Claude Monet s’en inspira pour le tableau "Impressions, Soleil Levant" à l’origine du mot "impressionisme"
Photo : DR
Edmond de Goncourt introdiuisit le mot "Manga" en France dès 1896.
DR

On pourrait prolonger en signalant que le mot "manga" lui-même a été introduit pour la première fois en France par Edmond de Goncourt dans une biographie d’ "Hokousaï, le plus grand artiste de l’Extrême-Orient" (1896). Ou plus exactement "Mangwa" « dont la traduction littérale est Man : au gré de l’idée ; et Gwa : dessin et la traduction serait peut-être : le dessin tel qu’il vient spontanément. » Il l’écrit d’ailleurs au féminin : « La Mangwa, ces milliers de reproductions fiévreuses de ce qui est sur la terre, dans le ciel, sous l’eau, ces magnifiques instantanés de l’action, du mouvement, de la vie remuante et de l’humanité, enfin, cette espèce de délire sur le papier du grand fou de dessin de là-bas... » C’est le "grand fou du dessin" (traduction du mot Hokusaï) lui-même qui en forgea le terme.

Comme on le voit, l’admiration de la France que traduit le vocable "Japonisme", ne date pas d’hier. On célèbre aussi à Japan Expo, à la suite d’Angoulême et de son exposition Tezuka en janvier, les 160 ans de l’ouverture de l’ère Meiji. N’y attendez pas des références aussi intellectuelles. C’est le Japon de tous les jours qui est célébré là-bas, dans son acception la plus populaire, celle qui, quelque 200 ans plus tôt valut à Hokusaï d’être méprisé par les Japonais eux-mêmes, pour "vulgarité".

Un festival des cultures japonaises

Nous avons souvent insisté sur ce point : la Japan Expo n’est pas un festival de manga, ni même d’animation japonaise. C’est un festival des cultures japonaises. Certes, chaque année c’est l’événement manga de la période, justifiant une avalanche de nouveautés et une cérémonie prestigieuse de prix. Mais c’est vraiment le Japon qui est la vedette, sous tous ses aspects : la J-Pop, les arts martiaux, la cérémonie du thé... et surtout les cosplays, les visiteurs de la Japan déguisés en personnages de mangas et qui font le clou du spectacle.

Petit focus sur les nouveautés de cette année :

Chi, ambassadrice du Japon

Le moins que l’on puisse dire, Chi s’est durablement installée en France sous la bannière de Glénat. Elle est devenue la "reporter officielle" des célébrations du 160e anniversaire des relations diplomatiques entre la France et le Japon. Il faut dire qu’elle en a l’étoffe : adaptée en animes 3D, Chi, une vie de chat est publié dans 23 pays dans le monde et sa série TV est diffusée dans plus de 200 régions et pays du monde, dont la France.

Dans la continuité du 18e impact qui célébrait les 100 ans de l’animation japonaise, le 19e mettra en avant le Space Opera. Genre américain à l’origine (Brick Bradford, Flash Gordon, Superman...), il s’est particulièrement acclimaté en terre nipponne, en particulier dans l’animation dès les années 1960-1970.

Buichi Terasawa était l’invité d’honneur de la séquence "Space Opera". Il ne viendra malheureusement pas.
DR

L’année dernière, il n’y avait pas de gros invités mangakas puisque l’animation japonaise était à l’honneur. Le Festival entendait bien se rattraper dans cette édition ! Mais manque de chance : l’invité d’honneur de cette séquence "Space Opera", le mangaka Buichi Terasawa créateur de Space Adventure Cobra, série culte qui fête cette année ses 40 ans, annule sa venue à cause de problèmes de santé. Une exposition lui sera tout de même consacrée, « Aux frontières de l’imagination ». Elle présentera sur plus de 150m² des planches de mangas, des illustrations et des explications sur l’oeuvre de ce pionnier du dessin par ordinateur. Une projection du film remastérisé de Space Adventure Cobra était prévue. Elle aura lieu, mais sans lui...

Heureusement, d’autres auteurs de mangas sont attendus. Le Shônen Magazine est bien représenté ces dernières années : quatre de ses mangakas sont passés par la Japan Expo en quatre ans. Après Ken Akamatsu en 2015 et Hiro Mashima en 2016, on poursuit cette année avec Atsushi Ohkubo (Soul Eater, Fire Force..) chez Kana et Yoshitoki Oima (A Silent Voice, To your Eternity,...) chez Ki-Oon et Pika. Ki-Oon continue d’ailleurs à jouer son intelligente partition en faisant venir Nicke (Beyond the Clouds,...)

Le cosplay reste le maître du jeu de la Japan Expo. Près d’un tiers de visiteurs sont déguisés.
Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Le Global Manga de plus en plus présent

La difficulté pour faire venir des auteurs japonais prestigieux, désormais partagés avec d’autres festivals européens, a poussé Japan Expo à mettre en avant ces dernières années la création française.

En vedette cette années, le wonder boy de l’animation française Thomas Astruc, créateur de Miraculous, les Aventures de Lady Bug et Chat Noir dont les premières BD adaptées de ses animes à succès commencent à peupler les rayons des librairies.

On n’évite plus non plus désormais les grandes figures du Global Manga de l’Hexagone avec, en tête évidemment : Reno Lemaire (Dreamland chez Pika), Tony Valente, auteur de Radiant., Miya & Samantha Bailly (Alchimia) et Romain Lemaire (Everdark) toujours chez Pika, Shonen, l’auteur d’Outlaw Player lauréat du Daruma d’or du meilleur manga international 2017 et Yami Shin (Revenge Reborn) chez Ki-Oon, Aienkei & Enaibi (Horion), Antoine Dole & Vinhnyu (4LIFE) et Christophe Cointault (Tinta Run), Izu & Kalon (Versus Fighting Story), Vanrah (Stray Dog, Ayakashi – Légendes des cinq royaumes) chez Glénat Manga.

Évidemment, les amateurs de Jeux vidéo, de J-Pop, de mode japonaise et les acheteurs de goodies nippons en auront aussi pour leur compte. Ils ont tous rendez-vous dans les premiers jours de juillet, histoire de voyager avant les vacances.

(par Céline Bertiaux)

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Japan Expo
du 5 au 8 juillet 2018
au Parc des Expositions de Paris-Nord Villepinte
(Ligne RER B au départ de la Gare du Nord).

Nos recommandations :
- Habillez-vous légers et amenenz à boire, il va faire très chaud !
- Achetez vos billets à l’avance, les queues sont longues !
- Achetez vos billets de RER aller ET retour car les attentes aux caisses sont interminables.

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