Jean Rousselot ("Adieu monde cruel !") : "Plus que le suicide, c’est la tentative de suicide en elle même qui nous intéressait"

25 juillet 2017 0 commentaire
  • "Séparés, ils ont raté leur vie... Ensemble, vont-ils réussir leur mort ?" Tel est le pitch de ce one shot humoristique abordant un sujet pourtant grave : le suicide.
Jean Rousselot ("Adieu monde cruel !") : "Plus que le suicide, c'est la tentative de suicide en elle même qui nous intéressait"
Adieu monde cruel !
Stéphane Massard, Jean Rousselot & Nicolas Delestret (c) Bamboo/coll. Grand Angle

Imaginé par Stéphane Massard et Jean Rousselot, respectivement conseiller de programmes Fiction chez France Télévisions et auteur-réalisateur de documentaires d’art et de société pour la télévisions et les nouveaux médias, Adieu monde cruel ! est une comédie douce amère parue dans l’excellente collection Grand Angle des éditions Bamboo. Cet album marque les premiers pas réussis du tandem dans la BD, qui bénéficie également des dessins dynamiques de Nicolas Delestret. Nous avions rencontré Jean Rousselot, qui nous explique les dessous de cette première œuvre.

Avec Adieu monde cruel !, vous abordez sur le ton de la comédie une thématique difficile, celle des suicides collectifs. Pourquoi ce choix ?

Jean Rousselot : Nous sommes partis d’un fait divers. Nous avions lu une histoire racontant que des gens s’étaient suicidé ensemble au Japon. Il paraîtrait que c’est une méthode sans douleur pour en finir. Nous avions ensuite entendu que des Français avaient tenté d’imiter ces Japonais mais que leur tentative avait échoué : ils avaient fini par s’engueuler... Nous avions vu là la possibilité d’un scénario de comédie intéressant. Ces suicidaires qui pensent avoir tout raté dans leur vie et qui décide de mourir, mais même là ils échouent !...

Stéphane Massard
Crédit photo : DR

La notion de suicide n’a pas la même signification en France et au Japon. Chez nous en Europe, c’est un acte qui suscite l’incompréhension et qui choque souvent. Tandis qu’au Japon, il s’agit d’une pratique abordée avec plus de philosophie car elle découle de la tradition du bushido, le code d’honneur des samouraïs. Lors de votre enquête, avez-vous découvert beaucoup de cas de suicides collectifs en France ?

Heureusement, il n’y en a pas énormément. Ce qui nous intéressait dans cette problématique, c’est que cela nous permettait de parler de la vie dans nos sociétés occidentales. Nous avons pris quatre personnages de milieux sociaux différents, qui sont convaincues d’avoir tout raté. Et à l’instar du fait divers français, ils vont échouer dans leurs tentatives de suicide. On a alors réfléchi à ce qui pouvait leur passer par la tête : untel pourrait se dire que sa vie n’est pas si mal que ça. Tel autre pourrait regarder la fille de leur groupe en se disant : “tiens, elle est pas mal”, etc. Plus que le suicide, c’est la tentative de suicide elle-même qui nous intéressait. Toutes ces choses que l’on rate dans nos vies et en quoi ces ratages nous rendent plus touchants, plus humains. En quoi on est plus nous-mêmes quand on rate que lorsque l’on réussi ?

L’une des séquences les plus fortes de l’album, c’est lorsque les personnages se rendent compte que l’un d’eux a un handicap. Cela crée une situation assez cocasse. Qu’est-ce qui vous a inspiré l’écriture de cette scène ?

Tous nos personnage ont un avis sur leurs camarades de galère et pour ce personnage-là, nous voulions le rendre antipathique afin de créer un malaise au sein du groupe. Et puis, cela créait aussi un retournement dans l’intrigue. Nos personnages changent progressivement d’avis sur la société et sur eux-mêmes au cours du récit.

De manière générale, tous nos personnages représentent un archétype. Par exemple, le seul personnage féminin du groupe est une femme qui a vécu une déception amoureuse. Elle représente aussi le problème du surendettement. Son passé est flou mais on l’imagine très bien ayant une fonction à responsabilité dans une grosse boîte, mais elle ne s’épanouissait pas dans son métier. Elle se sent seule et nostalgique d’un monde plus solidaire. Elle est aussi faussement poire, mais finit par se révolter.

Nicolas Delestret
Crédit photo : DR

Il s’agit de votre première BD. Qu’est-ce qui vous a motivé à franchir le pas ?

Quelqu’un a lu notre histoire est s’est dit que cela ferait une bonne BD. Possibilité que l’on n’avait pas envisagée au départ, car nous ne sommes pas des pros du 9e Art, bien que nous aimons ce medium. Plus tard, nous avons rencontré une personne qui nous a conseillé d’aller voir les éditions Bamboo, qui nous ont encouragé à perfectionner notre scénario avant la publication. Nous avons ramené nos cent-trente pages de scénario à quatre-vingt. Nous avons élagué le récit afin de le rendre plus fluide et plus lisible, tout en gardant ce qui fait le sel de notre histoire.

On s’est tous retrouvés dans une situation durant laquelle le train ou le métro dans lequel nous nous trouvons est bloqué à cause du suicide d’une personne sur la voie ferrée. On a souvent des réactions d’exaspération car cet événement aussi dramatique soit-il, nous met en retard... Nous voulions introduire dans ce récit, de la compassion pour toutes ces personnes qui décident un jour de cesser de vivre.

Cet album vous a-t-il donné le virus de la BD ?

Oui ! Nous sommes en train de travailler sur un nouveau scénario mais qui ne sera pas illustré par Nicolas Delestret. Ce n’est d’ailleurs pas le seul projet BD dans nos tiroirs, mais il est encore un peu tôt pour en parler.

Adieu monde cruel !
Stéphane Massard, Jean Rousselot & Nicolas Delestret (c) Bamboo/coll. Grand Angle

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Jean Rousselot
Crédit photo : DR/Bamboo

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