"Johnny Ryan touche le fond"... et nous entraîne avec lui

7 octobre 2017 0 commentaire
  • Johnny Ryan est l'un des enfants terribles, et moustachus, de la bande dessinée américaine. Les anglicismes "trash" et "gore" semblent avoir été conçus pour lui. Rien n'échappe à son trait dévastateur. Deux de ses ouvrages viennent de paraître de notre côté de l'Atlantique. L'occasion pour le dessinateur de rendre visite à ces "French fried" qu'il affectionne tant...

Johnny Ryan est l’une des figures marquantes de la bande dessinée alternative américaine de ces dernières années. Héritier de l’underground des années 1960 et 1970, il se situe quelque part entre Simon Hanselmann et Mike Diana. Malgré - ou grâce à ? - son graphisme "cartoonesque" et ses histoires déjantées, il est publié par Fantagraphics Books depuis une quinzaine d’années et dessine régulièrement aussi bien pour Vice que pour le chaîne Nickelodeon.

Après s’être auto-édité dans les années 1990 (Angry Youth Comix, 1994-1998), Johnny Ryan a multiplié les collaborations. Outre ses livres pour Fantagraphics (à partir de 2001), il a dessiné notamment pour MAD, LA Weekly, ou encore Hustler Magazine. Il a participé à Wonder Woman vs Supergirl (avec Dave Cooper, dans Bizarro chez DC Comics), à Hate Annual (avec Peter Bagge) et à la série animée Pig Boat Banana Cricket. L’une des ses créations les plus connues est sans doute Blecky Yuckerella. Avec à chaque fois un point commun : prendre à contre-pied le politiquement correct.

Johnny Ryan ne dessine pas à l’encre, mais au vitriol. Tout y passe. Il ne respecte rien ni personne. Chacun de ses personnages risque à tout moment d’être inondé d’excréments, de voir ses boyaux éclater ou de subir tous les affronts (in)imaginables. Le pire est toujours envisageable. Mais c’est en général le pire du pire qui survient. Ce n’est plus un jeu de massacre, mais une bande dessinée de destruction massive.

Après avoir touché l’Amérique, ce fléau atteint l’Europe. Les "petits Mickeys" risquent encore d’être accusés de tous les maux. Le ministre français de l’Éducation nationale s’est dit favorable, lors de l’ouverture des Rencontres nationales de la bande dessinée, à une plus grande utilisation de la BD en classe. Chiche ? Cela tombe bien, deux livres de Johnny Ryan viennent de paraître, l’un chez Huber éditions, l’autre chez Misma.

"Johnny Ryan touche le fond"... et nous entraîne avec lui
Johnny Ryan touche le fond (page 124) © Johnny Ryan (d’après Robert Crumb) / Misma 2017
Prison Pit © Johnny Ryan / Huber 2017

Le premier tome de Prison Pit (Huber éditions) met en scène "cannibale Fuckface", prisonnier d’une planète où le seul divertissement - le seul mode de vie en fait - est la baston. Il passe ainsi son temps à se battre et à étriper toute sorte d’adversaires monstrueux, ultra-violents et d’une finesse qui fait passer le Pascal Brutal de Riad Sattouf pour une danseuse étoile. Des flots de sang noir jaillissent de ce livre qui relève à la fois de la science-fiction et de l’horreur. Les coups tombent comme grêle et les monstres se suivent jusqu’à l’épuisement - du lecteur, pas de Fuckface.

Johnny Ryan touche le fond © Johnny Ryan / Misma 2017

Johnny Ryan fait coup double puisque les éditions Misma viennent de publier Johnny Ryan touche le fond. Le titre est explicite et judicieusement choisi. Le dessinateur creuse toujours plus profondément son sillon. Et ce n’est pas dans la terre qu’il creuse, mais plutôt dans une autre sorte de boue... Reprenant des histoires en une page et des dessins parus dans Vice, cet ouvrage donne un bon aperçu de ce dont Johnny Ryan est capable. Avec un mot d’ordre : ne rien prendre au sérieux.

Caricaturant à outrance la société américaine, Johnny Ryan manie l’obscénité comme d’autres la tronçonneuse. Il découpe en tranche le moindre préjugé et la plus petite mode. Les Français en prennent pour leur grade, mais ce ne sont pas les seuls. Inutile d’énumérer toutes les victimes des délires sexuels et scatologiques du dessinateur. Il faudrait plutôt essayer de compter ceux qui sont épargnés. S’il y en a.

Les lecteurs les plus sensibles prendront la précaution de ne lire ces ouvrages que petit à petit, par doses homéopathiques. Nous conseillerons cependant, pour plus d’efficacité, de s’administrer le remède en une seule fois.

JOHNNY RYAN TOUCHE LE FOND from misma on Vimeo.

(par Frédéric HOJLO)

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- Johnny Ryan touche le fond - préface de Frédéric Fleury - titre original : A New Low (Fantagraphics Books) - traduit de l’anglais (américain) par Damien & Guillaume Filliatre - Misma - 18,5 x 25 cm - 128 pages couleurs - couverture souple - parution le 14 septembre 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC. Lire les premières pages de cet ouvrage.

- Prison Pit - Tome 1 - traduit de l’anglais (américain) par Aude Pasquier - Huber éditions - 15 x 19,5 cm - 352 pages en noir & blanc - couverture souple - parution le 14 août 2017 - commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC.

Johnny Ryan est présent en France à l’occasion de la sortie de ses deux ouvrages.
- Du 6 au 8 octobre : au Festival FORMULA BULA de Paris avec son exposition "BALLBREAKER", au Point Éphémère (Paris).
- Samedi 7 octobre à 14 h : THE FART SIDE / rencontre avec Johnny Ryan & Frédéric Fleury au Point Éphémère (Paris).
- Mardi 10 octobre à 18 h, rencontre & dédicace à l’École Européenne des Beaux-Arts (Rennes)
- Mercredi 11 octobre à 18 h 30, au Monte-en-l’Air (Paris)
- Jeudi 12 octobre à 17 h, à la librairie Super Héros (Paris)
- Vendredi 13 octobre, à 18 h à AAAPOUM Bapoum (Paris)
- Samedi 14 octobre à 17 h, apéro suivi d’une dédicace à la librairie La Mauvaise Réputation (Bordeaux)

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