Jordi Lafebre : "Avec Les Beaux Étés, nous voulions proposer une série très personnelle, Zidrou et moi"

7 août 2018 2 commentaires
  • Jordi Lafebre est l'un des dessinateurs réguliers de Zidrou. Ensemble, le duo a signé entre autres les très bons "Lydie" et "La Mondaine", avant de s'épanouir totalement dans "Les Beaux Étés", une série familiale et bien à propos en cette période estivale particulièrement caniculaire. C'est l'occasion de faire plus ample connaissance avec ce talentueux dessinateur espagnol.
Jordi Lafebre : "Avec Les Beaux Étés, nous voulions proposer une série très personnelle, Zidrou et moi"
Les Beaux étés T.4 - Le repos du guerrier
Zidrou & Jordi Lafebre © Dargaud

Comment est née la série Les Beaux Étés ?

Jordi Lafebre : Cela fait quelques années maintenant que je travaille avec Zidrou. À l’époque, nous n’avions fait que des albums one-shot et nous sortions d’un polar intitulé La Mondaine, qui se déroule en plein Paris. Après ce diptyque, nous avions envie de travailler sur une histoire positive. Nous voulions faire une série, mais pas n’importe quelle série : nous voulions proposer un projet qui soit vraiment à nous. C’est important de trouver un public, c’est important de tenir compte des impératifs commerciaux, mais nous voulions vraiment proposer quelque chose qui nous soit personnel.

Un jour, nous nous sommes réunis chez Zidrou et nous avons entamé un “ping-pong” d’idées. Je garde d’ailleurs un très beau souvenir de cette journée. Au cours de notre brainstorming, je lui ai demandé quel sujet aimerait-il aborder ? Il m’a répondu : “J’aimerais parler de pique-nique” ! Nous avons gardé l’idée, qui nous a finalement orienté sur le thème des vacances. Et des vacances, le sujet central de la BD est devenu la famille. Nous avons créé les personnages d’une famille - la famille Faldérault - et le but de la série est devenu de suivre ces personnages dans leur vie. Les Beaux Étés est une série ensoleillée, lumineuse, qui se passe essentiellement à l’extérieur. Moi qui suit un Barcelonais qui vit en Andalousie, c’était le top.

Vous dites que Les Beaux Étés est une série très personnelle. En quoi l’est-elle ?

La famille que nous suivons est une famille belge, comme celle de Zidrou. Lui aussi est père de quatre enfants. En ce qui me concerne, j’aime bien la période des années 1960 et 1970 parce que ce sont des époques où il n’y avait pas d’écran, pas de portable ni d’Internet. Avant, il y avait de vrais contacts entre les gens, pas des contacts virtuels. Les réseaux sociaux n’existaient pas et donc pour parler, on était obligé de se voir ou de se téléphoner, à la limite. Et puis, je suis d’origine espagnole, comme le personnage principal...

Ah bon ?! Barcelone, c’est en Espagne ? Ce n’est pas en Catalogne (rires) ?

Pour l’instant, Barcelone est toujours en Espagne (rires) !

... Nous avons mis plein d’idées personnelles dans cette série, tout en espérant trouver notre public.

Si nous résumons vos collaborations avec Zidrou, il y a eu Lydie, puis La Mondaine et maintenant, Les Beaux Étés. C’est bien cela ?

Oui mais avant Lydie, nous avions collaboré ensemble sur un bouquin collectif publié chez Dupuis, et qui s’intitulait : La vieille Dame qui n’avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien. Et avant cela, nous avions réalisé ensemble de nombreuses histoires courtes pour le Journal Spirou. Ça fait longtemps que nous travaillons ensemble.

La Mondaine
Zidrou & Jordi Lafebre © Dargaud

Comment s’est faite la rencontre avec Zidrou ?

Nous nous sommes rencontrés en Espagne. À l’époque, je travaillais pour une revue pour enfants. Mais en parallèle, je cherchais un scénariste afin de m’aider à pénétrer le marché francophone. Quant à Zidrou, il cherchait un dessinateur ayant un trait semi-réaliste pouvant convenir à des récits plus adultes. Zidrou a vu mes travaux dans la revue et a contacté la rédaction afin d’avoir mes coordonnées. Dans cette revue, j’avais surtout un dessin humoristique mais lors de notre rencontre et pendant notre discussion, Zidrou s’est rendu compte que je pourrais convenir à ses attentes.

Pendant ce rendez-vous, j’ai découvert un homme super-honnête. Zidrou a regardé le book que je lui avais apporté et m’a dit : “- Ça, ça ne va pas du tout ; ça non plus ; personne en France n’aimera ça ; tu devrais traiter cette séquence comme ceci... ; non, non, non”... Bref, il a pointé du doigt tout ce qui n’allait pas dans mes travaux, et puis il m’a dit : “- Mais, tu as du talent. Veux-tu travailler avec moi ?” Je lui ai dit “oui” tout de suite, parce que je suis masochiste (rires). Il m’a demandé sur quelle type d’histoire j’aimerais travailler, et je lui ai répondu que j’aimerais faire une histoire courte. Ce qui tombait bien car il avait justement un scénario de ce genre sous le bras. C’est comme cela que tout à commencé. Mais je dois dire que tout se passe très bien entre nous. La communication est fluide, on se comprend. Raison pour laquelle nous poursuivons notre collaboration.

J’imagine que votre arrivée sur le marché franco-belge de la BD a été facilitée par la notoriété de Zidrou ?

Lydie
Zidrou & Jordi Lafebre © Dargaud

Oui c’est vrai. Même si je dois préciser qu’à l’époque, Zidrou se cherchait. Nous nous sommes rencontrés à un moment où il essayait de proposer aux éditeurs des histoires au ton plus adulte. Ensuite, Dargaud s’est montré intéressé par ses nouvelles histoires. Et comme j’étais aussi disponible, nous nous sommes tous assis autour de la table pour discuter.

Combien d’albums avez-vous prévu pour Les Beaux Étés ?

C’est vraiment une série ouverte. Nous n’avons pas prévu un nombre d’albums précis. Nous la poursuivrons tant que nous aurons de bonnes histoires à raconter et tant que les lecteurs répondront présents. Mais c’est vrai que nous nous sentons très bien dans cette série et comme l’éditeur est content, nous travaillons à l’aise. C’est vraiment agréable.

Le public franco-belge vous a surtout découvert avec Lydie, un one-shot qui avait marqué les lecteurs comme les spécialistes car il a été un tournant dans la carrière de Zidrou. Pourriez-vous nous en parler ?

Oui, Lydie est vraiment un album spécial. J’ai une anecdote à ce sujet. Juste avant la production de l’album, la maquettiste nous a confié que pour la première fois, elle a lu un album - Lydie - pendant qu’elle en faisait la maquette, et que celui-ci l’avait fait pleurer... Avant même la sortie du livre, nous avons senti que nous avions fait une BD particulière. En dédicace, beaucoup de gens me disent que Lydie est leur album préféré, ce qui me touche beaucoup. Pourtant, Lydie n’a pas été un bestseller comme un XIII par exemple, mais les libraires ont vraiment joué le jeu en mettant en avant l’album et en le conseillant continuellement à leurs lecteurs. Pour cela, nous sommes très fiers d’avoir créé cette histoire.

La vieille dame qui n’avait jamais joué au tennis et autres nouvelles qui font du bien
Zidrou & collectif © Dupuis

Quand on regarde les quelques auteurs espagnols qui sont publiés sur le marché francophone,nous avonsi l’impression que la BD ibérique a su faire la synthèse du comics, du manga et de la BD franco-belge. On peut vraiment avoir l’impression qu’il y a une particularité espagnole dans la BD européenne, surtout au niveau du dessin. Qu’en pensez-vous ?

Oui, c’est un peu ça. Je suis né en 1979 et dans mon enfance et mon adolescence, dans les années 1980 et 1990, je me souviens que nous lisions de tout. Nous passions de Blueberry aux comics de Mike Mignola, tout en dévorant Dragon Ball. La narration japonaise a beaucoup influencé les auteurs de ma génération. Ensuite, il faut aussi dire que beaucoup d’auteurs espagnols sont partis travailler aux États-Unis. Bien que le marché domestique de la BD a un peu perdu pied en Espagne, nous avons une très grande tradition du dessin en bande dessinée, malgré les années Franco. Nous avons vraiment beaucoup d’auteurs de qualité, mais beaucoup doivent s’expatrier pour travailler. D’autres restent au pays et publient chez des éditeurs espagnols. Il suffit de se rendre à une convention espagnole pour s’en rendre compte.

Propos recueillis par Christian Missia Dio

Les Beaux étés
Zidrou & Jordi Lafebre © Dargaud

Voir en ligne : Découvrez la série "Les Beaux étés" sur le site des éditions Dargaud

(par Christian MISSIA DIO)

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En logo : Jordi Lafebre
Photo : Christian Missia Dio

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2 Messages :
  • Qualifier Lydie de "très bon" est une opinion respectable, certes, mais pas partagée par tout le monde. C’est une histoire totalement improbable racontée d’une façon qui n’attirera que le public féminin qui trouve que la collection Harlequin est trop sérieuse. Au mieux, à mon avis, du niveau du film d’après déjeûner sur M6, conséquence sans doute d’une surproduction scénaristique ; plus on en pond et moins c’est bon, disait sagement mon grand-oncle. D’autre part, cet album avait les mêmes défauts que celui présenté ici, à savoir une mise en couleurs improbable, où les personnages sont systématiquement peints dans les mêmes teintes que le décor, ce qui noie totalement le dessin, et c’est vraiment dommage car Lafèbre est un artiste intéressant, d’un niveau comparable à Guy Davis ou à un jeune Munoz, qui gagnerait à être associé à un ou des scénaristes de meilleure qualité. En tout cas, c’est mon sentiment.

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    • Répondu par Henri Khanan le 12 août à  17:04 :

      JC Lebourdais, je suppose que êtes un lecteur assez traditionnaliste et âgé. Peut-être préféreriez vous des séries plus classiques comme l’Elève Ducobu ou Tamara ? A moins que nostalgique des années soixante, vous ne préfériez les reprises par Zidrou de La Ribambelle, Clifton, Ric Hochet ou Robin des Bois ?
      Avec ses histoires complètes plus graves, Zidrou ne choisit pas la facilité. C’est qu’il a le désir de raconter des histoires émouvantes et sérieuses, parfois dramatiques.

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