Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero reviennent sur leur expérience Corto Maltese

17 février 2017 4 commentaires
  • À l'occasion du Festival international de la bande dessinée à Angoulême 2017, Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero nous ont accordé une interview, le temps de revenir sur leur aventure éditoriale avec Corto Maltese.
Juan Díaz Canales et Rubén Pellejero reviennent sur leur expérience Corto Maltese
Photo DR - © Casterman

Comment avez-vous été amenés à travailler pour Corto Maltese ?

Juan : Ce fut une question de hasard. Je connais l’ayant droit de toute l’œuvre d’Hugo Pratt (NDLR : Patrizia Zanotti). On s’est rencontré plusieurs fois au festival de la BD à Lucques en Italie. Patrizia était l’éditrice italienne de Blacksad, on s’est rencontrés, elle savait mon amour pour l’univers d’Hugo Pratt. À un moment donné, elle a décidé de faire la suite et m’a proposé d’écrire les scénarios.
Après ça, quand elle m’a demandé avec qui je voulais faire l’équipe artistique, j’ai proposé Rubén. On a fait un petit test et c’était parti !

Rubén : Pour moi, ce fut plus facile. Juan m’a appelé un jour, il m’a invité et demandé si j’étais intéressé à dessiner le nouveau Corto. Sur le moment, j’ai cru à une blague, je pensais qu’il voulait faire quelque chose, créer une nouvelle aventure mais pas avec Corto ! J’ai réfléchi, pas longtemps, et j’ai dit OK. Ce fut très simple.

Vous aviez l’héritage d’Hugo Pratt sur vos épaules. D’un point de vue du récit et du dessin, comment on essaye de s’émanciper d’un tel géant tout en écrivant une aventure de Corto Maltese ?

Juan  : Ce n’est pas si compliqué que cela semble l’être. Hugo Pratt a fait énormément de choses différentes. Ce n’est pas le cas de Jacobs sur Blake & Mortimer, par exemple, qui a un style très précis, auquel il faut être fidèle. Dans le cas d’Hugo Pratt, il a toujours travaillé avec une liberté de format, de style graphique... Pour nous, il y avait déjà un espace de liberté créative.

Rubén : De mon côté, je connaissais le travail de Pratt. Dans ma jeunesse, j’ai commencé sous son influence, il était un peu mon maître. À une époque, mon univers n’est pas très loin de ses aventures. Pour moi, ce fut facile d’aller dans l’univers de Pratt tout en ayant un espace de liberté.

Rubén, tu as notamment travaillé au feutre et au pinceau, de façon rapide, pour essayer d’imiter le style d’Hugo Pratt.

Rubén : Oui, c’était très important que mon dessin respire la vitesse et qu’on puisse penser que c’était le dessin de Pratt. Utiliser les marqueurs avec l’encre de chine fut une évidence. Chercher la simplicité du dessin est fondamental pour être dans l’esprit du maître.

Dessin de Pellejero. © Casterman

Les aventures de Sous le soleil de minuit se déroulent juste après le premier tome La Ballade de la mer salée, c’était une évidence pour vous ?

Juan  : C’est un hommage. On a commencé juste après la toute première apparition de Corto Maltese. On essayait de profiter de cette chronologie car ce sont les années de la Grande Guerre, qui nous intéressent. De nombreuses histoires courtes de Corto se déroulent à cette période et ça nous attirait énormément.
Pour revenir au personnage si longtemps après, on a donc préféré revenir dans une période « classique » du personnage.

Vous avez fait revenir un célèbre écrivain, Jack London, qui était déjà apparu dans l’univers de Corto. C’est un auteur que vous aimez ?

Juan  : C’est un auteur que j’ai lu, notamment grâce à Hugo Pratt. Il fait partie intégrante de l’univers de Corto Maltese. Adolescent, j’adorais tout ce qui avait un lien avec l’univers de Corto. Entre autre, cette présence de Corto Maltese et cet imaginaire qui nous amène au grand Nord. C’est un hommage mais aussi mais c’est aussi important pour la mythologie de Corto : Jack London fait partie de la jeunesse de Corto Maltese.

Photo DR - © Casterman

Rubén, ce tome se passe essentiellement dans le Grand Nord américain. Comment avez-vous mis en place le cadre de ce Corto ?

Rubén  : Il y a un peu de tout : des photos, transmises par Juan et aussi des recherches personnelles. Avec tout cela, je crée mon image. C’est un procédé que j’utilise pour toutes mes histoires. Il y a une forte documentation, c’est ce qui m’intéresse, la recherche d’une ambiance...

Comment s’est déroulée votre collaboration ?

Juan  : J’ai eu la chance de travailler avec d’excellents dessinateurs qui sont aussi d’excellents narrateurs. Chaque fois qu’ils visualisent les images que j’écris, c’est suffisant pour moi et souvent mieux que ce que je m’imagine dans ma tête !

Rubén  : Il m’envoie les histoires, je lui envoie un petit storyboard de chaque page. Nous discutons de la séquence et après, liberté totale ! La confiance est très importante pour moi.

Quels sont vos futurs projets ?

Juan  : Ma priorité est le prochain Corto Maltese, prévu pour la rentrée. J’écris aussi le prochain Blacksad qui sera, dans l’idéal, un diptyque.

Rubén  : Un tryptique qui se passe à Barcelone, après la Guerre Civile. C’est encore une histoire de footeux mais comme le disait Juan, Corto Maltese est notre priorité.

Dessin de Pellejero. © Caterman

Dernière question : vous avez repris Corto Maltese. Quel autre personnage souhaiteriez-vous reprendre ?

Juan  : Rubén a fait Batman ! Mais sinon, je ne sais pas… J’ai eu de la chance de reprendre Corto. Je suis passionné de BD mais pas collectionneur de certains personnages sauf… Corto Maltese. Et peut-être Astérix. Donc si jamais quelqu’un me propose un autre personnage, ça ne sera pas si facile pour moi. Pour faire une reprise, il faut vraiment se mettre dans l’univers et si tu n’en es pas proche, c’est très compliqué...

Rubén  : Le plus important pour dessiner une reprise, c’est d’avoir la liberté de faire un travail propre et c’est difficile. Corto est le seul personnage qui me permet d’avoir quelques libertés car Corto est la liberté. J’adorerais faire un Blueberry mais je ne pourrais jamais faire ce qu’a fait Giraud. C’est difficile.
Comme disait Juan, j’ai dessiné un Batman mais Batman, pas de problème. Tout le monde fait son Batman, c’est ça qui est intéressant.

Propos recueillis par Cléement Duval

(par Clément DUVAL)

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4 Messages :
  • C’est quand même bizarre cette époque de la bande dessinée où on demande à des auteurs de remplacer des morts.

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  • On n’aime ou pas les reprises, mais je trouve les maisons d’éditions bien frileuses : plutôt que de chercher à lancer les classiques de demain, elles exploitent sans fin les classiques d’hier... Tant mieux pour les fans, je suis moi-même client de beaucoup de reprises, mais n’est-ce pas une vision à court terme ? J’ai 40 ans, j’ai grandi avec Astérix, Corto Maltese, Blake et Mortimer, Lucky Luke, Spirou et Ric Hochet (même si ces séries sont déjà bien plus vieilles que moi). La génération de mon fils sera t’elle intéressée autant par ces vieux héros ? N’y a t’il pas un risque que dans les prochaines décennies, la bande dessinée, si les éditeurs persistent à mettre autant en avant ces séries du passé, ne prenne pas un méchant coup de vieux qui lui donnera un air ringard ? Ne serait il pas plus judicieux de donner leur chance aux talentueux auteurs actuels (il y en a tant) sur leurs propres créations, plutôt que de les cloisonner dans d’anciennes séries ? Pellejero et Canales sont justement deux auteurs qui ont des choses à raconter, isl ont déjà prouvé leur talent et la maîtrise de leur art, même si leur reprise de Corto est magnifique, je trouve dommage qu’ils se révèlent au grand public par une reprise et pas avec leurs propres séries, que les éditeurs ne mettent pas assez en avant...

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    • Répondu le 18 février à  10:38 :

      Pour que les éditeurs puissent mettre en avant d’excellents auteurs, il faut produire moins de manière à ce qu’une équipe éditoriale plus mieux travailler chaque titre. Mais cette méthode coûte cher et le succès commercial n’est jamais garanti. Donc, en eattendant qu’n éditeur puisse faire la preuce que cette méthode marche mieux, la méthode du bâclage-je-te-balance-tout-et-les-lecteurs-feront-le-tri continue son chemin.

      L’une des perversions de cette surproduction, c’est de demander à des auteurs talentueux - mais qui n’ont pas réussi à avoir un succès commercial sur lequel s’appuyer - d’accepter de faire des reprises pour mieux gagner leur vie et mieuwx se faire connaître d’un plus large public. Ce qui est absurde, ce large public n’achètera pas plus les autres livres de ces repreneurs. L’éditeur prend ainsi moins de risque. En engageant des talents confirmés, il est sûr que sa reprise ne sera pas bas de gamme et il peut aussi mettre plus de publicités dans son produit en argumentant que c’est une reprise mais pas par des débutants ou des seconds couteaux.
      Et comme les lecteurs comme vous, Sébastien, achètent, le système se pérennise. Et tous les personnages du XXème siècle qui ont connu le succès seront repris. Ce qui étouffe forcément la création. Mais ça, les éditeurs principalement formés dans des écoles supérieures de commerce s’en tapent. Ce ne sont pas des littéraires ni des spécialistes en Art et encore moins des mécènes mais de simples épiciers. Ils cherchent D’ABORD à faire des bénéfices.
      Heureusement, il y a toujours des auteurs qui tentent l’impossible et de petits libraires qui se battent pour les faire connaître. Plutôt que d’acheter des reprises, pariez sur ces chevaux !

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      • Répondu par kyle william le 18 février à  15:20 :

        Je ne sais pas qui est l’auteur du commentaire ci-desus, mais il serait difficile de mieux résumer l’état actuel du métier. Même quand les éditeurs proposent de nouveaux personnages, toute la promotion consiste à essayer de faire croire qu’il s’agit du nouveau "quelque chose". Il suffit de voir la bannière de pub pour "Undertaker" : la succession de Giraud rend compliquée la reprise de Blueberry alors on lance à la place un nouveau western à l’ancienne en martelant qu’il s’agit du "nouveau Blueberry". Personne n’en sort gagnant, ni les auteurs qui sont très loin d’égaler Giraud et Charlier et se passeraient sans doute bien de la comparaison, ni le lecteur qui est trompé sur la marchandise. Seul l’éditeur y trouve un intérêt, purement commercial.
        PS : la reprise de Corto Maltese est honorable, mais Pellejero dessine bien mieux quand il ne s’efforce de singer Pratt sans y parvenir.

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