KZ Dora - Par Robin Walter - Des ronds dans l’O

15 avril 2015 13 commentaires
  • Cette année 2015 marque l'anniversaire des 70 ans de la libération des camps de concentration nazis... Le 27 janvier 1945, en effet, l'Armée rouge libérait les survivants des camps d'Auschwitz-Birkenau en Pologne. La libération de tous les camps sera achevée quatre mois plus tard.

Robin Walter, dans son roman graphique "KZ Dora", aujourd’hui réédité, nous parle du camp de concentration de Dora situé à proximité du camp de Buchenwald, basé en Allemagne et destiné à la fabrication d’armes secrètes, les missiles V1 et V2, dans lequel fut interné de 1943 à 1945 son grand-père, Pierre Walter, résistant français.

Ce camp de concentration était destiné aux "Triangles rouges", les prisonniers politiques. Des milliers de travailleurs forcés y sont morts d’épuisement ou sous les coups de SS, pendus pour sabotage, ou encore morts de maladie ou de famine... Soixante mille hommes de toutes les nationalités connaîtront l’enfer de Dora pendant ses vingt mois d’existence, vingt mille en mourront. Les cadavres partent deux fois par semaine par camion vers le crématoire de Buchenwald, jusqu’à ce que Dora se dote d’un crématoire autonome en septembre 1944.

Basé sur le récit de son grand-père ("Notes sur mes années d’internement et de déportation" reproduit en intégralité en fin d’ouvrage), Robin Walter décrit dans cet album le destin et le point de vue de cinq personnages : un élève officier français, un jeune résistant, un SS issu des jeunesses hitlériennes, un SS d’expérience, et un scientifique allemand travaillant sur les missiles V2.

Si le camp de Dora est relativement moins connu que d’autres, c’est en partie dû au fait que les scientifiques allemands furent récupérés après la guerre par les grands vainqueurs de l’époque : l’Amérique, la Russie, la France, et l’Angleterre dans une moindre mesure, afin de participer aux programmes aéronautiques de chacun : les programmes spatiaux de la Nasa, Ariane, etc. Notamment, l’ingénieur, officier de la SS et dirigeant du camp de Dora, Wernher von Braun, décoré deux fois personnellement par Hitler, qui participa, une fois émigré aux États-Unis, aux travaux de la conquête spatiale américaine (le V2 étant l’ancêtre direct de la fusée Saturne qui a emmené Armstrong et Aldrin sur la lune en juillet 1969...). Dès lors, le passé de ces nouveaux héros nationaux a bien sûr été fortement minimisé.

La bande dessinée de Robin Walter, très bien réalisée, dans un style réaliste en noir et blanc, avec un trait parfois fort et d’autres fois - pour les décors notamment - très fin, avec beaucoup de détails, est également très documentée.

KZ Dora - Par Robin Walter - Des ronds dans l'O
Arrivée des prisonniers au camp de Dora...
© Des ronds dans l’O

Notons la préface de Stéphane Hessel qui fut lui aussi interné dans ce sinistre camp.
À voir, une présentation et une courte interview de Stéphane Hessel dans la défunte émission "Un monde de Bulles" en cliquant sur l’image ci-dessous :

Préface de Stéphane Hessel

(par François Boudet)

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13 Messages :
  • A part le génial Maus, cette bd prouve encore une fois que la bd est le plus mauvais allié et support pour raconter cette histoire.

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    • Répondu par Laurent Colonnier le 15 avril 2015 à  19:07 :

      Si c’était fait avec talent la BD pourrait être un bon support. Maus n’a rien de génial, c’est même trivial, et l’idée stupide de différencier les personnages par groupes de cochons, chats, rats démontre la profonde imbécilité de Spiegelman. Qu’on laisse aux élèves à l’école le choix entre lire Si c’est un homme de Primo Levi ou Maus me sidère... pourquoi pas le choix entre lire Victor Hugo et Alexandre Jardin tant qu’on y est.

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      • Répondu le 16 avril 2015 à  08:20 :

        Quand je lis ce commentaire qui dénigre le travail de Spiegelman, je comprends pourquoi la France va mal.

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        • Répondu le 16 avril 2015 à  14:41 :

          Le travail de Spiegelman est-il exempt de toute critique ?

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        • Répondu par AlainR le 18 avril 2015 à  06:08 :

          Voilà un raccourci nauséeux, sauriez-vous expliquer en quoi "la France va mal" ?

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      • Répondu par Jérôme le 16 avril 2015 à  23:04 :

        Je n’ai rien contre le Spiegelman bashing, mais de là à le comparer à Alexandre Jardin c’est sévère.

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    • Répondu par jacques le 16 avril 2015 à  14:42 :

      Et quel serait le meilleur support ?

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      • Répondu par Lablanqui le 16 avril 2015 à  15:43 :

        La littérature est le meilleur support, d’ailleurs on voit que Colonnier recommande Primo Levy. Comment dessiner l’ignoble sans être voyeuriste.

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        • Répondu le 17 avril 2015 à  08:50 :

          je ne connais pas Colonnier ni d’Eve ni d’Adam et sa parole n’est pas d’évangile.

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          • Répondu par Franck Geiz le 17 avril 2015 à  15:59 :

            Ce n’est pas grave de ne pas connaitre Colonnier (il dessinait dans Spirou) mais ne pas connaitre Primo Levi c’est bien plus dommage.

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    • Répondu par Robin Walter le 16 avril 2015 à  16:13 :

      Très surpris par les commentaires que je lis ici.
      "cette histoire" ? Mais quelle histoire ?
      Oui, Maüs est un chef-d’oeuvre. Sur les thèmes du témoignage de la Shoah et de la difficulté de transmettre cette mémoire.
      Mais KZ Dora, traite finalement d’un autre sujet, celui de la déportation des opposants politiques, des résistants. Et l’angle choisi n’a rien à voir avec celui de Spiegelman.
      Evidemment, il existe des liens entre ces 2 histoires puisqu’on y parle des mêmes bourreaux. Donc, attention, Maüs et KZ Dora ne racontent pas la même histoire.
      De plus, mon album est étudié dans les collèges et lycées. Les enseignants sont ravis d’un tel support, qu’ils jugent riche au niveau historique.
      Je connais de nombreux anciens déportés, plusieurs historiens spécialistes du sujet qui n’ont de cesse de valoriser mon album et son importance dans le domaine de la transmission de la mémoire.
      Que vous n’ayez pas aimé KZ Dora est dû à votre propre sensibilité. Je lui reconnais moi-même quelques défauts (Les 2 tomes qui composent cette intégrale étaient mes premiers albums) mais prétendre que le sujet de la déportation ne peut pas être traité par la BD, revient à aller contre l’avis de nombreuses personnes concernées et qualifiées sur le sujet.

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      • Répondu le 17 avril 2015 à  08:33 :

        parce que la bd est un travail de synthétisation et que les gens se sentent ensuite exempts d’aller plus loin dans un travail de recherche puisque’on leur mache tout le travail.

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      • Répondu le 17 avril 2015 à  08:49 :

        parce que la bd est un travail de synthétisation à l’extrêmeet que les gens se sentent ensuite exempts d’aller plus loin dans un travail de recherche puisqu’on leur mache tout le travail.Voilà pourquoi.
        mais si vous l’accompagnez de témoignages de personnes encore en vie, de films, de livres (pas de de bd, les autres),de discussions,alors, oui.

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