Krollebitches – Par JC Menu – Les Impressions nouvelles

30 mars 2017 0 commentaire
  • Ces « souvenirs même pas en bande dessinée » ont une vertu cardinale : ils retracent les expériences de lecture d’un passionné de bande dessinée qui va être le principal animateur d’une production alternative qui émerge autour de L’Association dans les années 1990-2000. Avec en titre un mot bruxellois qui signifie « petite boucle » et qui désigne l’effet de vitesse utilisé par les tenants de la Ligne claire. Un hommage à l’Ecole belge finalement pas si surprenant de la part du fondateur de L’Association.

JC Menu a longtemps entretenu cette image fondée sur un malentendu : celle d’un pourfendeur fanatique de la bande dessinée « 48cc » (quarante-huit pages, cartonné, couleurs), un terme méprisant pour une production commerciale formatée, un vocable qu’il a lui-même popularisé. Pourtant, cet ouvrage s’ouvre sur un très beau texte en hommage à Morris et à Lucky Luke. Plus loin, l’auteur égrène, entre Versailles et Dinard, ses expériences de lecture de Tintin, de Spirou par Franquin, de Bob & Bobette de Willy Vandersteen, de Hassan & Kaddour de Jacques Laudy, de Chick Bill et Ric Hochet de Tibet, de Chlorophylle de Macherot, de Gil Jourdan de Tillieux… Dans une moindre mesure de ce magazine subversif grand public qu’était Pif.

Plus loin encore, il nous remémore les hauts lieux de la bande dessinée parisienne des années 1970-1980 : Pellucidar, le Futuropolis de Roquemartine, Robial et Cestac, la découverte des premières revues « pour adultes » qui succèdent à Pilote alors qu’il a une dizaine d’années : Charlie Mensuel avec les femmes de Crepax et la BD Underground, L’Écho des Savanes avec les Rhaah Lovely de Gotlib et le Vuzz de Druillet… Et Le Trombone illustré, cette manifestation belge d’adoubement de la nouvelle BD française.

Ce parcours se nourrit aussi d’une initiation musicale et des codes vestimentaires rock puis punk de son époque, et puis de l’apprentissage du dessin dont les premières ébauches paraissent dans les fanzines qu’il trouve sur son chemin, mais qui sont aussi envoyées à Spirou, son horizon artistique alors qu’il a neuf ans. La suite coule naturellement au gré des publications d’époque : «  BD, l’hebdo de la BD » où il découvre Gros Dégueulasse de Reiser, Fluide Glacial avec Gotlib et Daniel Goossens, enfin Métal Hurlant où il se prend de passion aussi bien pour Moebius que pour Yves Chaland, les dynamiteurs de la bande dessinée classique.

L’ouvrage se termine alors que l’auteur noue ses premiers contacts avec le « métier » qu’il surnommera plus tard "le microcosme", et on ressort de ce petit livre avec une image toute autre du dessinateur explosif et éructant qu’il s’est forgée ces dernières années : celle d’un lecteur attentif profondément touché par les lectures de sa jeunesse.

Il ne me disait pas autre chose lorsque nous avions déjeuné en tête à tête ensemble à Angoulême en janvier 2015 : seule une vraie passion pour la bande dessinée, entière et authentique, pouvait conduire un talent comme JC Menu à marquer de son empreinte la bande dessinée de son époque, et l’expo qu’il montrait alors à Angoulême en faisait foi.

Le reste, c’était de la com, et je le savais depuis longtemps, c’est pourquoi ses invectives ne m’avaient jamais vraiment touché. Car rien de foncièrement mauvais ne peut sortir d’un cœur sincère, même énervé.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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