L’Essentiel des Gouines à suivre (1987-1998) – Par Alison Bechdel – Même pas mal

15 octobre 2016 0 commentaire
  • "L’Essentiel des Gouines à suivre" décrit sous forme de chroniques la vie de lesbiennes et bies américaines sur près de 25 ans. Dans ce riche premier recueil, centré sur la période 1987-1998, Alison Bechdel évoque diverses questions, à la résonance très actuelle. De l'humour à la réflexion, plus qu'une bande dessinée, une chronique historique de la contre-culture aux États-Unis, facilement traduisible en manifeste contemporain. À lire !

Quelle bonne idée viennent d’avoir les éditons Même pas mal ! Connue aux États-Unis sous le titre Dykes To Watch Out For, cette série, initialement parue dans des journaux dès 1983 est enfin traduite en français (même si deux publications à l’audience très confidentielle avaient déjà circulé). Alison Bechdel, auteure de 56 ans est avant tout connue en France pour son ouvrage Fun Home, paru en chez Denoël en 2006, mais ce sont bien ses Gouines à suivre qui l’ont initialement révélée, d’abord au sein d’un lectorat lesbien. On retrouve donc ici le style initial de l’auteur, dans un style réaliste, avec des personnages très expressifs, en noir et blanc. Le récit est chronologique. Le texte est dense, les épisodes sont remplis d’action, et on s’attache aux personnages au caractère bien trempé.

L'Essentiel des Gouines à suivre (1987-1998) – Par Alison Bechdel – Même pas mal

Mais même sans avoir lu Fun home, il est à peu près certain que vous connaissez son auteure : on lui doit, grâce aux Gouines à suivre le test désormais connu sous le nom de « test de Bechdel », utilisé pour évaluer à quel pont l’intrigue des films est centrée sur les personnages masculins. En voici le principe, plus élaboré que son prédécesseur, le « test de la Schtroumpfette » : une œuvre réussit le test si les trois affirmations suivantes sont vraies : l’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom) ; elles parlent ensemble ; elles parlent d’autre chose que d’un personnage masculin. Chaque niveau rapporte un point : le test est logiquement réussi si 3 points sont obtenus. Élémentaire ? Vérifiez ...

On comprend très rapidement que l’héroïne, Mo, est Alison Bechdel elle-même : jeune femme aux cheveux courts, lunettes rondes, style vestimentaire immuable, Mo est une célibataire endurcie. Idéaliste, militante, soupe au lait, elle est à fleur de peau sur l’ensemble des sujets qu’embrassent ses amies lesbiennes : politique, écologie, amour, famille, sexualité... Faut-il se marier ? Faut-il s’engager, et où, comment ? Faut-il être fidèle ? Comment combattre le patriarcat ? L’homophobie ? La gay pride n’est-elle pas une régression, si le message devient que les homosexuel(le)s sont comme les autres ? Autant d’occasions de rire, de s’engueuler, et en tout cas d’échanger avec le couple Clarisse et Toni, Ginger la thésarde, Lois la tombeuse, Jezanna la libraire féministe, et Harriet, bien sûr... Seuls les éléments politiquement et historiquement situés rappellent que nous sommes ici dans un décor des années 1980 et 1990 : de papa Bush à Clinton, défilent les questions géopolitiques de l’époque : la guerre du Golde, l’apartheid en Afrique du Sud, le conflit israëlo/palestinien... et d’autres péripéties comme l’affaire Lewinski. Mais les questions soulevées par l’auteure restent d’une troublante actualité : celle des groupes stigmatisés pour leur orientation sexuelle, qu’Alison Bechdel banalise ici avec brio, en restituant avec force, humour et engagement, ce qu’est une vie de différences au quotidien.

(par Damien Boone)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander ce livre chez Amazon ou à la FNAC

  Un commentaire ?