"L’Été fantôme" - Par Élizabeth Holleville - Glénat

7 mai 2018 0 commentaire
  • Le récit fantastique d'un été suspendu, entre maison obscure et jardin mouvant, à la frontière entre enfance et adolescence.

Elizabeth Holleville effectue des études d’illustration à l’école Estienne à Paris, elle se spécialise ensuite dans la bande dessinée en intégrant l’EESI à Angoulême, où elle évolue au sein d’un vivier de jeunes auteurs. Elle dessine des fanzines et publie de courtes histoires sur la plateforme en ligne Grandpapier (lire en particulier la nouvelle fantastique Cécile). Parallèlement, elle s’initie à la gravure et à linogravure, une technique qui influe sur son trait, en particulier dans le dessin des personnages.
Elle a déjà publié Lulu aux éditions La Corde Rouge et a travaillé pour le journal pour enfants Biscoto. L’Été fantôme est son deuxième album.

"L'Été fantôme" - Par Élizabeth Holleville - Glénat
Vacances d’été - Élizabeth Holleville - Glénat

C’est l’été, Louison, sa sœur et leurs deux cousines passent leurs vacances chez leur grand-mère. Sous la chaleur du Midi, les journées sont longues pour Louison, en décalage avec les plus grandes qui ne partagent plus ses jeux d’enfants.

Leur plus grand moment de complicité survient la nuit, lorsqu’elles se racontent des histoires d’épouvante dans leur chambre commune. Le jour, Louison s’ennuie. Elle erre de la maison plongée dans l’obscurité au vaste jardin, jusqu’à ce qu’elle rencontre Lise, la sœur de sa grand-mère, ou plutôt le fantôme de la petite fille qui est morte il y a soixante ans. Les fillettes partagent jeux et confidences, Lise et son éternel regard d’enfant exerçant une fascination morbide sur Louison, elle-même au seuil d’une adolescence redoutée.

Une maison chargée d’histoire - Elizabeth Holleville - Glénat

Entre conte fantastique et récit sur la fin de l’enfance, Elizabeth Holleville tisse une histoire prenante à l’ambiance particulièrement soignée. Par le soin apporté aux détails et aux couleurs, elle réussit à recréer l’atmosphère de l’énigmatique demeure, qu’on découvre du point de vue de Louison, sur la pointe des pieds. À travers son regard, les portraits qui couvrent les murs et les nombreux souvenirs créent une atmosphère anxiogène, qui renvoie à nos peurs enfantines. Sous l’influence de Lise, c’est l’espace qui se déforme et s’amplifie. Les dialogues entre les cousines et le personnage touchant de la grand-mère apportent quant à eux beaucoup de réalisme et de crédibilité à l’histoire.

Le découpage original participe à la mise en place de l’atmosphère. De nombreuses cases se succèdent sans dialogue, à la manière d’un travelling de film, balayant les pièces de la maison. Parfois une case occupe toute la page et ménage une pause dans le récit, pour offrir au lecteur une vue d’ensemble de la maison ou du jardin, deux espaces étranges et foisonnants.

Le point de vue de Louison - par Élizabeth Holleville - Glénat

Un trait noir épais souligne les contours des personnages et leurs expressions, le dessin est simple mais fourmille de détails qui donnent du corps aux lieux. Cette accumulation de détails pourrait nuire à la lisibilité, sans le remarquable travail effectué sur la couleur. Dans une gamme chromatique assez sobre, toute en pastels, les couleurs se répondent et guident l’œil. Si parfois les personnages semblent disparaître dans le décor, c’est que le jardin comme la maison finissent par devenir des personnages à part entière, qui prennent vie et évoluent sous nos yeux.

Elizabeth Holleville réalise ainsi un très bel ouvrage, au rythme atypique et envoûtant, qui parlera aux amateurs d’histoires fantastiques et aux nostalgiques des longs étés de leurs enfance.

L’Été fantôme, par Élizabeth Holleville - Glénat

Voir en ligne : Découvrez les travaux d’Élizabeth Holleville

(par Lise LAMARCHE)

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