L’épopée de Li Kunwu en Auvergne

21 janvier 2018 0 commentaire
  • De Li Kunwu, on connaît des romans graphiques comme « Une Vie chinoise ». Au FRAC de Clermont-Ferrand, une autre facette de son art s’offre aux visiteurs de « La Formidable Épopée du Yunan » avec des peintures à l’encre parfois monumentales. Une bonne raison de s’aventurer du côté de chez Michelin en ce début 2018.

L'épopée de Li Kunwu en AuvergneSi vous cherchez le Yunnan sur une carte de Chine, éloignez-vous des côtes et des grandes métropoles. Fouillez au Sud-Ouest, vous découvrirez cette région aux confins de l’Empire du milieu près des frontières birmanes, laotienne et vietnamienne.

Au début du 20e siècle, des entreprises françaises ont entrepris la construction d’un chemin de fer entre sa capitale, Kunming et Hanoï dans le Vietnam. Ces travaux pharaoniques pour une région montagneuse encore enclavée ont engagé la construction d’ouvrages d’art audacieux et la mobilisation de dizaine de milliers d’ouvriers dont nombreux y laisseront leur vie.

C’est l’Épopée du Yunnan, titre de l’exposition de Li Kunwu aujourd’hui présente au FRAC Auvergne de Clermont-Ferrand. Car le train qui emmenait les voyageurs de la Chine à l’Indochine était une micheline. Or, qui dit micheline, dit Michelin et qui dit Michelin dit Clermont-Ferrand, berceau de l’entreprise multinationale. Li Kunwu avait déjà abordé cette histoire avec La Voie ferrée au dessus des nuages publié en 2013. Par cette exposition, produite dans son atelier du Yunnan, il rend un bel hommage à Clermont-Ferrand.

Un catalogue indispensable

« J’avais sept ans, la première fois que j’ai vu un train, confie-t-il dans la préface du catalogue de l’exposition. J’ai d’abord vu deux immenses rails, et par-dessus comme une immense malle avec des fenêtres, des portes, dans laquelle les gens n’arrêtaient pas de monter et descendre. Plus tard, j’ai réalisé qu’il s’agissait du chemin de fer construit par les Français. J’ai pris ce train, quitté la ville, traversé des paysages vallonnés, des montagnes enneigées, des vallées tropicales, regardant au loin les buffles dans les champs, … Jusqu’au roulement du train – «  Kuatang – Kuatang  », tout est resté dans ma mémoire. Le chemin de fer d’antan fut remplacé par un tracé plus large et moderne. J’ai repris la route, à pied, pour aller à la rencontre de cette ancienne voie ferrée tombée dans l’oubli. Cet épisode de ma vie est devenu une bande dessinée, Le Chemin de fer au-dessus des nuages, afin de partager cette histoire singulière avec un grand nombre de lecteurs.

Par la suite j’ai toujours espéré avoir un jour l’opportunité de faire connaître cette histoire à travers mes œuvres dessinées. Et c’est ainsi qu’un matin, l’occasion s’est présentée à Paris, ce jour où je me suis retrouvé à planifier une exposition avec toute l’équipe de la Fondation d’entreprise Michelin… »

Galerie de bousculade sur 21 mètres
Photo © L. Melikian

Les visiteurs du FRAC Auvergne se sont rués le samedi 20 janvier pour découvrir l’exposition en compagnie de l’artiste. Ils ont été fascinés par la cinquantaine de dessins en grand format sur papier de riz. Par le pinceau de Li Kunwu, ils ont admiré la construction de la ligne, son activité telle que l’artiste l’a connue dans sa jeunesse et quelques scènes ferroviaires contemporaines.

Certaines représentations comportent une foule d’historiettes glissées dans de menus détails. L’œuvre maîtresse de l’exposition est renversante, une fresque longue de vingt-et-un mètres où Li Kunwu s’est amusé à représenter la gare de Kunming dans les années 1980, lors des grands départs du nouvel an chinois. Telle la tapisserie de Bayeux, voici un récit en image qui ne se lit pas dans un fauteuil, mais en défilant. Le lecteur-visiteur contemple trois foules, celle qui se rue vers la gare, celle qui patiente tant bien que mal pour acheter son billet et celle qui se bouscule pour prendre le train.

«  Il n’existe pas de pays qui telle la Chine, commente Li Kunwu en cartel, voit chaque année à une date bien précise plusieurs millions de personnes affluer en même temps dans les gares, les ports, les aéroports ne craignant ni le froid, ni la faim, ni la fatigue, ni la peine, toutes réunies dans un seul et même objectif : parcourir au plus vite la centaine, voire le millier de kilomètres qui les sépare de leur pays natal afin de célébrer en famille la veillée de la fête du printemps  ».

Les amateurs de peintures chinoises sont familiers des formats panoramiques de ce type, mais la tradition attribue des paysages à ces fresques, Li Kunwu en détourne le principe pour cette folle galerie de portraits qui lui a tout de même demandé une année de travail !

Photo © L. Melikian

Car Li Kunwu est décidément un cas à part. Il observe le parcours inverse de la plupart des grands noms de la bande dessinée chinoise traditionnelle, des peintres de formation et engagés dans la bande dessinée par obligation sous le régime communiste. Affichiste pendant la Révolution culturelle, Li est devenu journaliste professionnel et s’est aventuré dans ces bandes dessinées de l’époque Mao à ses heures perdues. Il est devenu sur le tard et accidentellement un acteur du roman graphique international (voir notre interview) pour aborder ensuite la peinture et exposer autant en Chine qu’en France. Avec le soutien de ses agents français et commissaires de l’exposition, Geneviève Clastres et Philippe Pataud Célérier, il a déjà exposé à Angers, Albi, Toulouse au Musée Cernuschi de Paris, Bussy-le-Grand en Bourgogne...

Jusqu’au 4 mars, pour un voyage en Chine, embarquez pour l’Auvergne.

Après avoir dessiné les foules chinoises, Li Kunwu affronte une foule auvergnate pour l’inauguration du 20 janvier
Photo © L. Melikian

(par Laurent Melikian)

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