La Grande Odalisque – Par Vivès, Ruppert & Mulot – Dupuis
5 septembre 2012
Vivès, Ruppert & Mulot, association inédite, se paient une tranche d’aventure dans la collection Aire Libre. Un récit de cambriolage aussi sexy que second degré.
Alex et Carole, cambrioleuses à la silhouette féline, se piquent de pouvoir dérober n’importe quelle toile, dans n’importe quel musée. Ce savoir-faire unique dans le vol de prestige attire à elles une clientèle bigarrée et fortunée. C’est ainsi qu’elles s’assurent un confortable chiffre d’affaires, pour alimenter un train de vie enviable et extravagant.
Leur prochain client est gourmand, il veut « La Grande Odalisque » d’Ingres. Mais pour percer la toile d’araignée sécuritaire du Musée du Louvre, les filles vont devoir embaucher une troisième comparse. Le casting s’arrête sur Sam, motarde cascadeuse et championne de chessboxing [1].
Hommage à peine voilé aux « Drôles de Dames » et au manga « Cat’s Eye », « La Grande Odalisque » de Vivès, Ruppert & Mulot ne se refuse aucun plaisir. Le trio de cambrioleuses sexy que les auteurs mettent en scène, mène une campagne ardente pour décrocher le fameux tableau des murs du Louvre. Prêtes à toutes les extravagances, elles n’hésitent pas à décapiter la pègre sud-américaine, à user de talent de ninjas, à traverser la pyramide du Louvre sur une grosse cylindrée,...
Pince-sans-rire et second degré à l’extrême, Vivès, Ruppert & Mulot signent un album bigger than life, gorgé de fantasmes et franchement hilarant.
La couverture :
Très joli constraste figuratif avec l’absence de mouvement des pales de l’hélictoptère et son antithèse la chute du corps.
Une hélicptère de plusieurs tonnes dont le rotor ne tourne plus et un corps frêle nu qui tombe... lequel des deux touchera le sol en premier ? Attention y a un piège :)
Mais justement, c’est la bonne image ! Comme une photo prise au millième de seconde. Le temps figé, suspendu, suspens, point d’interrogation qui attend sa réponse et la réponse est dans l’album.
Les pales de l’hélico sont coupées pas le cadre, donc tenues par la composition. Le corps seul ne se raccroche à rien. Et remarquez cette légère diagonale qui va de droite à gauche et qui signifie la mort dans les compositions de la peinture classique. La couleur est glauque (au sens belu-vert) et ajoute à l’ambiance. C’est du grand art !
Si les hélices étaient en rotation, la couverture serait tout simplement ratée.
Ce côté froid, très nouvelle ligne claire, très new cold wave, où le corps exprime généralement tout et les visages très peu, c’est la marque de fabrique de Florent et Jérôme. Ce rapport au corps, on le retrouve chez Bastien Vivès et chez de nombreux auteurs de cette génération.
et puis c’est José-Louis l’éditeur donc, c’est encore signe de bon goût et d’intelligence.
Vous devez être un citadin pour faire votre malin sans vous y connaitre, parce qu’on met bien des gants blancs (en latex) pour installer la trayeuse sur les pis, hygiène élémentaire.
D’où sortez-vous cette ineptie ? Lisez l’interview des auteurs sur ce même site :
" Florent Ruppert : Nous avons fait un livre d’aventure, dans un format d’aventure, avec une coloriste (Isabelle Merlet). On a mis les moyens qui appartiennent au genre. Aire Libre est aussi une collection d’auteurs. On a proposé le projet à Dargaud, à Casterman et à Dupuis ; On s’est pris un râteau chez Dargaud. On a hésité entre Casterman et Aire Libre et au bout d’un moment, cela a été Aire Libre, avec Martin Zeller et José-Louis Bocquet. C’est ce qui donnait le plus de sens."
J’ai enfin pu lire cet album... quelle déception..Pourtant fan des travaux habituels des trois auteurs, là le livre m’est tombé des mains.
Même en se disant que c’est du second degré, ça marche peu, c’est pas vraiment drôle, ça sent les blagues potaches de copains (mecs) mises en forme par des dialogues clichés. Le second degré n’est pas clair, et ne s’assume pas vraiment comme tel. L’histoire est plutôt inintéressante et anecdotique, un prétexte aux scènes d’action. Je regrette qu’elle n’ait été plus surprenante et second degré carrément déconnant. Là ça reste plutôt convenu, inabouti.
Visuellement, c’est décevant aussi, le mélange des styles n’est pas vraiment convaincant et certaines cases sont franchement ratées (bâclées ?).
Une fois l’album fermé, je me suis demandé pourquoi avoir édité ça ou surtout dans cet état (si ce n’est pour le nom des auteurs, permettant un petit bandeau promo jaune sur la couverture) et pourquoi tant de battage (articles, radios) et apparemment d’engouement autour de cet album. Pourquoi ce consensus bienveillant ? Comme quoi, tous les auteurs brillants peuvent se planter.
C’est vrai que cet album est bien plus réussi, mais bon, espérons que David Prudhomme fasse mieux la prochaine fois, il a quand même du talent quand il veut.