« La Saga de Grimr » de Jérémie Moreau, le Fauve d’or surprise d’Angoulême 2018

28 janvier 2018 3 commentaires
  • Le palmarès de l’édition 2018 du FIBD est dans la droite ligne de son Grand Prix : beaucoup de lecteurs « lambda » vont devoir apprendre à épeler un nouveau titre et découvrir parfois un nouvel auteur. Une radicalité et une diversité de plus en plus assumées par un festival qui se veut le « Cannes » de la bande dessinée.

Déjà, le Grand Prix accordé à Richard Corben ce mercredi en a laissé plus d’un pantois. Quel âge donc ont les votants, se demandent certains, la cinquantaine ? Corben en France, un auteur au zénith dans les années 1970-1980 qui n’a jamais cessé de produire, c’est 1500 à 3000 acheteurs maxi, jusqu’ici. Parmi lesquels la majorité des 1300 professionnels de la BD votants ? « Jean-Pierre Dionnet, sors de ces corps !...  »

On pouvait donc légitimement se demander comment allait délibérer le jury de spécialistes de la sélection officielle : libraires, journalistes et autres experts pour décerner les Fauves de cette 45e édition. Alors, où sont les surprises ?

Un Fauve d’or pour un jeune auteur

Dans notre chronique de l’album publiée voici quelques jours, nous disions de Jérémie Moreau qu’il était « à l’unisson de cette génération d’auteurs qui, de Bastien Vivès à Clément Oubrerie, vient du cinéma d’animation et fait des allers-retours permanents entre les deux disciplines. Il en résulte un style de dessin dynamique et coloré, quelquefois cartoonnesque, caractéristique qui séduit notamment le public le plus jeune sevré aux mangas japonais.  » Avons-nous là le visage de la nouvelle génération, un style mondialisé au confluent de la bande dessinée européenne, américaine et asiatique. Sans doute.

Il faut dire que le tout jeune auteur est un habitué des podiums d’Angoulême : Prix de la bande dessinée scolaire en 2005 et Prix Jeunes Talents au Festival d’Angoulême de 2012. Le voici maintenant Fauve d’or.

« La Saga de Grimr » de Jérémie Moreau, le Fauve d'or surprise d'Angoulême 2018
Jérémie Moreau, Fauve d’or pour « La Saga de Grimr » (Ed. Delcourt

Une présentation sobre et retenue

Après la prestation édifiante de 2016 et le tournant tout en sobriété de la précédente cérémonie de 2017, les festivaliers accrédités à la cérémonie des Fauves guettaient la nouvelle orientation choisie par le Festival ? Détail intrigant : le décor et le dispositif d’animation de cette cérémonie était celui des Rencontres Chaland de Nérac, avec David Prudhomme & François Olislaeger. Ils ont eu droit aux compliments de Cosey.

L’empreinte Beaujean

Dans une atmosphère respectueuse et un tempo fluide sans temps mort, la cérémonie commença comme à l’accoutumée avec l’hommage aux auteurs disparus cette année : Avoine, Stan Barets, Bruna Calegari, Pascal Garray, Annie Goetzinger, Vladimir Grigorieff, Jidéhem, Patrick Jusseaume, Jay Lynch, Salvatore Oliva, Michel Plessix, Pierre Seron, Taborda, Galip Tekin, Jirô Taniguchi, Len Wein et Bernie Wrightson.

Comme pour l’année précédente, Stéphane Beaujean, le directeur artistique du Festival en maître de cérémonie, a tenu à exprimer sa reconnaissance au Grand Prix de l’année précédente, Bernard Cosey : « Un Grand Prix bienveillant, passionnant et très généreux. Nous le remercions pour la merveilleuse année qu’il nous a offerte. »

De la même façon, il eut un mot de consolation pour les sélectionnés qui allaient repartir de cette cérémonie sans récompense : « J’ai une pensée pour les auteurs qui repartiront sans doute déçus de cette cérémonie, sélectionnés sans avoir rien demandé et qui ne seront pas primés. C’est malheureusement votre infortune qui forge la noblesse de cette sélection. »

Cette franchise consista aussi à répondre directement à la brève manifestation qui attendait les invités à l’entrée de la cérémonie mettant l’accent sur la paupérisation des auteurs : « Je voudrais dire aux auteurs que nous ferons de plus en plus d’efforts pour intégrer les besoins de rémunérations dans les préoccupations du festival. Et je me réjouis de la mission de la ministre de la culture confiée à Pierre Lungheretti , le directeur général de la Cité de la bande dessinée, pour réfléchir à la manière de mieux rétribuer les auteurs, car ce sont actuellement les moins rémunérés de la chaine du livre.  ». Cette manifestation influa sur une cérémonie qui s’intéressa aussi à la sémantique féministe : auteures, autrices, auteresses…

Prélude à la cérémonie des fauves : la manifestation du collectif des Artistes Auteurs

Fauve d’honneur pour Naoki Urasawa

Après un premier Fauve d’honneur décerné ce jeudi pour Hiro Mashima (Fairy Tail) , un second auteur fut également récompensé en ouverture de cette cérémonie, Naoki Urasawa, également titulaire d’une exposition cette année. « Ce prix spécial récompense un auteur dont l’œuvre touche des millions de lecteurs à travers le monde, a expliqué Beaujean. Surtout qu’il a prêté près de 500 planches originales au festival pour monter l’exposition que nous voulions lui dédier ! » Urasawa expliqua d’où lui venait sa vocation artistique : « Osamu Tezuka a changé ma vie : elle a basculé à la lecture de "Phénix, l’oiseau de feu". J’ai lu toute la série d’une traite sans me rendre compte du temps qui passait, alors que j’avais treize ans. Je suis reconnaissant à la vie de m’avoir fait découvrir son œuvre extraordinaire. Ce fut mon étoile polaire. J’ai suivi ce point de repère et, aujourd’hui, je me retrouve devant vous aujourd’hui, 45 ans plus tard… Je veux continuer à suivre ce point dans le ciel, pour prolonger ce voyage extraordinaire et merveilleux, qui m’a entre autres amené à recevoir ce prix prestigieux. »

Stéphane Beaujean remet un Fauve d’honneur à Naoki Urasawa

Fauve d’Angoulême Prix de la bande dessinée alternative : Bien, Monsieur # 8

Prenant la parole pour co-annoncer le Prix de la bande dessinée alternative, Julie Staebler invita l’assistance à lire le mot diffusé par le CEA (Collectif Artistes Auteurs) approuvé par 250 signataires : « 53% des auteurs gagnent moins que le SMIC, merci d’y réfléchir ! ». Non sans oublier d’honorer le récipiendaire du prix : « La revue fait réfléchir avec intelligence et impertinence : Bien Monsieur, une revue que je vous invite à aller lire ! ». Dans le même état d’esprit, pour la première fois, le prix fut doté d’une somme d’argent : « Nous sommes préoccupés et conscients de la précarisation du statut des auteurs. Bien des structures des précédents prix de la BD alternative ont disparu depuis lors leurs récompenses. C’est pourquoi nous voulons les soutenir, avec ici, pour Bien, Monsieur, un chèque de 1500 €. »

Fauve d’Angoulême Prix de la bande dessinée alternative : "Bien, Monsieur # 8"

Fauve d’Angoulême Prix du public Cultura : Dans la combi de Thomas Pesquet, Marion Montaigne, Éditions Dargaud

A propos de l’album de Marion Montaigne, voici ce que nous en disait Tristan Martine : « Très documentée et nourrie de ses entretiens avec l’astronaute, Marion Montaigne fait montre d’une belle maturité en amenant sa capacité de vulgarisation à un très haut niveau. Si un album humoristique mérite bien de décrocher la lune cette année, c’est sans conteste celui-ci ! » Bien vu...

Fauve d’Angoulême Prix du public Cultura : Marion Montaigne pour "Dans la combi de Thomas Pesquet" (Éditions Dargaud)

Fauve Polar SNCF  :

Jean Doux et le mystère de la disquette molle, Philippe Valette, Éditions Delcourt

Là encore, c’est une surprise. « Son dessin marqué par l’esthétique du cinéma d’animation et du jeu vidéo, écrivions-nous lorsque cet album a remporté le Prix Landerneau en novembre 2017, comme son album, paru juste avant Angoulême 2017 et qui figurait dans les nominés du Prix ACBD 2017, se remarquent autant l’un que l’autre. »

Fauve Polar SNCF : Philippe Valette pour "Jean Doux et le mystère de la disquette molle", Éditions Delcourt

Fauve d’Angoulême Prix du Patrimoine :

Je suis Shingo tome 1, Kazuo Umezu, Éditions Le Lézard Noir.

Le petit éditeur à l’effigie reptilienne a eu la bonne idée de republier une œuvre qui prête la parole à un robot pour imaginer un futur harmonieux entre les humains et les machines.

Fauve d’Angoulême Prix de la Série :

Happy Fucking Birthday - Megg, Mogg & Owl, Simon Hanselmann, Éditions Misma

De Happy Fucking Birthday, Frédéric Hojlo écrivait dans nos pages : « Si l’angoisse n’est jamais bien loin, et à ce titre la fin de Megg, Mogg & Owl à Amsterdam était marquante, c’est bien l’humour qui domine. Ce qui demeure d’ailleurs assez inexplicable : qui pourrait, en réalité, supporter le comportement des personnages de Simon Hanselmann  ? »

Le jury a aussi distingué :

Fauve d’Angoulême Prix spécial du jury :

Les Amours suspendues, Marion Fayolle, Éditons Magnagni

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

(par Charles-Louis Detournay)

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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3 Messages :
  • Décidément les gentrifieurs sont en roue libre.Joie.Où on constate qu’à ce jeu,hélas,les gonzesses semblent ne pas valoir mieux que les mecs !Plus que jamais c’est entre-soi et pensée unique.Loin de l’odeur de la sueur c’est entendu.
    Pour rester dans le ton et l’humeur,voici l’annonce très officielle de la création du prix des donneurs de prix :le très distingué Prix Jacobin de la Bande-Torsch-Haye !

    Leitmotiv pour ce signe extérieur de richesse intérieure et d’excellence,dynamique pour une BD pas au bout du rouleau :"la BD est dans une impasse,le tout bio ça décongestionne !"

    La forme que prendra ce trophée hautement symbolique,et distinction non moins méritoire,reste encore à définir.

    Aucune limite et parti pris aucun n’étant acceptés,quant il s’agit de la démesure nécessaire pour sélectionner et classer ce qui tient du bon grain ou de l’ivraie :il y a donc eu,forcément, rigoureuse sélection des plus signifiante.En comité rigoureusement restreint et choisi comme il se doit.

    Voici les intitulés de la sélection :

    - Le prix annexion,récupération,torchon et serviette,sous-titré:la vraie BD c’est pas de la BD,même que ça s’appelle la bande dessinée.

    - Le prix horizons nouveaux et terre promise,sous-titré :"c’est moi qui l’ai inventé,puisque je vous l’dit !"Aussi nommé le prix messie........mais en fait non !

    - Le prix coïncidence ou hasard miraculeux...sinon quoi d’autre...!Sous-titré:5000 BD sortent dans l’année et ça tombe toujours sur les mêmes !

    - Le prix la barbe à la fin ou prix quota,obligation parce que sinon...ou dit encore prix m3 ,sous-titré : auteur.e,dans toutes les largeur.e.s,parce qu’autrice ça manque singulièrement de cuisse !

    - Le prix écolo et terre à terre,sous-titré :"huit acheteurs de livres sur dix sont des femmes,alors vous pensez si je suis féministe.....!"

    - Le prix enfumage, subterfuge et littérature,sous-titré :"la BD c’est pas ça,mais ça m’arrange bien qu’on l’croit...Le sens de l’orientation toujours."

    - Le prix clivage et approximations,divisé en trois sous-catégories au demeurant difficilement dissociables.Prix sous-titré :allô maman bobo-refrain connu !
    - Sous-catégorie 1:je raconte mes trois douleurs ou celles des autres,et je fais mal aux yeux des lecteurs au passage.
    - Sous-catégorie 2:je fais de la BD sans avoir pris la peine de comprendre ce qu’elle est,mais c’est pas grave:c’est que de la BD !
    Sous-catégorie 3:signes extérieurs,touristes de passage et pièges à bons:quand le format roman graphique se la raconte et veut faire genre !

    - Le prix autocongratulation et satisfecit ,sous-titré:glorification des représentations d’un milieu,à l’exclusion de tous les autres.

    - Le prix culte de la sélection et du classement,sous-titré:imposons une hiérarchie qui nous profite.

    On le devine la liste,pas exhaustive,est en devenir.Si propositions ne pas s’abstenir.

    Alors le Prix Jacobin de la Bande-Torsch-Haye,manifeste pour la purge narrative comme alternative à la BD ?Le trait droit qui sent la sueur c’est cracra !
    La rigolade ne fait que commencer.A une BD approximative et connotée préférons une BD décomplexée et gironde.

    Vive la BD libre !

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    • Répondu par kyle william le 3 février à  13:12 :

      Pas compris un mot ce ce post.

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      • Répondu par La plume occulte le 4 février à  13:27 :

        Peut être parce ce qu’il a été oublié de mentionner un des prix les plus importants dans la sélection du prix des donneurs de prix :le très distingué Prix Jacobin de la Bande-Torsch-Haye,qui vise à récompenser les acteurs les plus efficients du mouvement de gentrification de la BD :
        - le prix oeucuménique,sous-titré :"je suis un rebelle mais j’aime l’exposition médiatique ou les subventions !"

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