La Schtroumpfette est l’avenir du Schtroumpf (air connu)

19 avril 2010 5 commentaires
  • Thierry Culliford, Alain Jost et Pascal Garray viennent de publier « La grande Schtroumpfette » où la créature de Peyo est montrée sous un jour un peu moins misogyne qu’à l’origine.

Le politiquement correct affecterait-il désormais les Schtroumpfs ? Certes, les gnomes bleus de Peyo n’ont jamais rien eu de révolutionnaire, mais leurs histoires contenaient ce rien d’impertinence et surtout le goût du paradoxe, doté de la polysémie qui caractérise les œuvres d’exception, qui en faisait un support dans lequel chaque lecteur pouvait s’identifier.

Yvan Delporte le soulignait en s’esclaffant : voici un succès de la littérature pour la jeunesse qui porte un nom illisible commençant par cinq consonnes, embrouillant le langage (la grammaire du Schtroumpf comporte autant de cas que de praticiens) et montrant une société d’hommes seuls dont le chef est vieux (il a 542 ans « aux chanterelles », soit environ la moitié de l’âge d’Adam et de Noé, mais trois fois celui d’Abraham…) et dont les 99 (+ 1) membres sont centenaires…

Un Golem

Arrive la Schtroumpfette. On l’oublie souvent : elle n’est pas un Schtroumpf, mais un Golem, un être d’argile –comme l’Adam de la Bible- inventé par Gargamel pour déstabiliser le petit monde des lutins bleus.

On peut lire sa « recette magique » dans La Schtroumpfette de Peyo (1967, Dupuis) : « Un brin de coquetterie, une solide couche de parti-pris, trois larmes de crocodile, une cervelle de linotte, de la poudre de langue de vipère, un carat de rouerie, une poignée de colère, un doigt de tissu de mensonge, cousu de fil blanc, bien sûr, un boisseau de gourmandise, un quarteron de mauvaise foi, un dé d’inconscience, un trait d’orgueil, une pointe d’envie, un zeste de sensiblerie, une part de sottise et une part de ruse, beaucoup d’esprit volatil et beaucoup d’obstination, une chandelle brûlée par les deux bouts. » soit la charge la plus misogyne de l’histoire de la bande dessinée !

Mais alors que le Golem finit toujours détruit à la fin de l’histoire et que l’homme se retrouve puni pour avoir osé singer Dieu, la Schtroumpfette reste durablement dans la société bleue après que la création originale façonnée par Gargamel à son image, ait été transformée par le Grand Schtroumpf qui lui attribue des hauts-talons, une robe immaculée, et des cheveux blonds plus conformes au fantasme de ses administrés.

La Schtroumpfette est l'avenir du Schtroumpf (air connu)
La recette de la Schtroumpfette par Gargamel
Dans "La Schtroumpfette" (c) Peyo/ IMPS/ Dupuis

Une version plus « politiquement correcte »

Dans La grande Schtroumpfette, Thierry Culliford, le propre fils de Peyo qui anime la série depuis la disparition du créateur en 1992 (aidé de Alain Jost au scénario et de Pascal Garray au dessin), a pris le parti de corriger le caractère misogyne des origines. Dans un schéma proche de celui du Schtroumpfissime (l’un des meilleurs titres de la série), il imagine une absence du Grand SchtRoumpf qui, au contraire de l’expérience précédente où il avait laissé le soin aux Schtroumpfs de désigner l’un des leurs qui s’est avéré être un dictateur, il désigne d’autorité la Schtroumpfette pour diriger la petite société des lutins bleus. Les Schtroumfs sont tous amoureux de la belle, c’est entendu. Mais de là à l’accepter comme chef…

La grande Schtroumpfette par Thierry Culliford, Alain Jost et Pascal Garray
(c) Peyo / IMPS / Editions ud Lombard

Saluons la qualité de cette série qui survit à son auteur sans avoir eu à souffrir de la déchéance qu’ont connue d’autres reprises où l’esprit du créateur a fini dissout dans le lucre. Saluons aussi cet épisode habilement troussé et qui ménage un rebondissement juste avant la fin, évitant l’ennui d’une idée « bateau » dont la conclusion se devine dès la première page et qui est souvent le piège de ce type d’exercice.

Faut-il déplorer cette histoire qui, en approfondissant la relation entre les Schtroumpfs et leur idole, perd précisément le sel qui la rendait ambiguë ? Peut-être. On s’amusera toutefois de ce récit qui tourne en dérision l’humour machiste ordinaire, en particulier à l’encontre des blondes dont la Schtroumpfette est une remarquable représentante.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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La grande Schtroumpfette par Thierry Culliford, Alain Jost et Pascal Garray — Aux éditions du Lombard

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