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La bataille d’Astérix
20 décembre 2008

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La bataille d'Astérix

Ce samedi 20 décembre 2008 à 18h40, TF1 revient dans « 50 Minutes Inside » sur la très étonnante acquisition des éditions Albert René par Hachette Livre. Au cœur du conflit : rien moins l’avenir d’Astérix. Inquiète et déterminée, Sylvie Uderzo, la fille du dessinateur, a décidé d’entrer en résistance.

Lorsqu’en décembre 2007, la fille unique de l’artiste et directrice générale des éditons Albert-René [1], un label créé par Albert Uderzo pour exploiter les droits d’Astérix et en assurer la gestion, reçoit une lettre de licenciement signée par son père, littéralement, selon la formule consacrée, « le ciel lui tombe sur la tête ». On sait évidemment peu de choses sur les raisons de cette « disgrâce ». Mais depuis, clame-t-elle aux micros des radios et des télés, « elle est en souffrance ». On veut bien la croire.

Nous avons déjà raconté que cette décision de vendre de la part d’Albert Uderzo ne nous avait pas surpris. En octobre 2007, à Francfort, la crise était déjà patente : de nombreux éditeurs étrangers d’Astérix avaient rendez-vous avec la très dévouée équipe qui animait depuis plusieurs années la gestion des droits. Mais elle n’était pas au rendez-vous cette année-là, alors qu’un stand leur était réservé. Une affaire grave les retenait à Paris. L’âge honorable d’Albert Uderzo (80 ans en 2007) était dans tous les esprits : avait-il eu un malaise ? Non pas. Il venait simplement de décider de virer sa fille.

La bataille d'Astérix
Albert Uderzo et Anne Goscinny en 2005. Sylvie Uderzo et Bernard de Choisy (à droite, chemise blanche) se sont dépensés sans compter pour la gloire d’Astérix
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Brusquement débarquée

Pour la profession, c’est la surprise, comme cette cession faite à Hachette aujourd’hui. Si cette affaire est de toute évidence, comme nous avons pu l’écrire, une banale affaire de transmission d’entreprise, il est rarissime en revanche qu’une relation familiale soit aussi dégradée. Les enfants de Peyo, de Jean Graton ou de Jean Tabary ont tous créé des sociétés d’éditions dans le giron de leur père de façon harmonieuse. Ils veillent sur l’héritage et le font prospérer. C’était le cas avec Sylvie Uderzo et son mari Bernard de Choisy jusqu’à l’année dernière.

Mais depuis, en dépit d’un dérisoire recours aux Prud’hommes qui mettra quelques mois se résoudre, elle a perdu pied. Propriétaire à 49,9% de la holding Syadal, qui détient 80% des parts d’Albert René, les 20% restants appartenant à Anne Goscinny, la fille du scénariste, Sylvie Uderzo s’est faite évincer avec une étonnante brutalité. Pour quelle raison ? Mystère. L’officialisation de la vente à Hachette Livre a du être vécue par elle comme une injustice, de même que pour la quinzaine de personnes qui faisaient fonctionner une société profitable et qui défendaient avec une compétence reconnue les droits et l’image d’Astérix depuis de nombreuses années.

Mais elle a décidé de ne pas se laisser faire : un recours auprès du Tribunal de commerce a été déposé pour « abus de majorité » et un pourvoi en Cassation a été lancé mettant en cause la légalité même de la cession des parts à Hachette. Des recours qui jettent une lumière un peu crue sur un abordage apparemment préparé depuis 18 mois. Créé en 1959, Astérix a connu bien des péripéties. L’année anniversaire de ses cinquante ans risque malheureusement de s’illustrer dans les prétoires.

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Astérix : Un patrimoine artistique avant tout
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Quid de l’avenir ?

Au-delà de cette bataille juridique, c’est l’avenir d’Astérix qui interpelle. Quel est le projet d’Hachette en ce qui concerne le petit Gaulois ? Le groupe qui possède d’autres licences comme Babar ou Bécassine n’est pas connu pour être un foudre de guerre créatif (ces licences sont quelque peu retombées ces derniers temps). Comme Uderzo clame depuis plusieurs années qu’il n’y aura plus de nouvel Astérix après lui, rien n’empêche de continuer à produire des dessins animés, des nouveaux films live, des jeux vidéo,… et d’autres livres tirés de ces dérivés. Qui va gérer ce patrimoine quand son créateur ne pourra plus en assurer le suivi ? Une fondation ? Sur quelle base et avec qui ? Est-ce que, dans les années à venir, notre sympathique Gaulois va être régenté par des hommes en gris cravatés et parlant « marketing », ce genre d’individus que René Goscinny a toujours détesté ? Sylvie Uderzo a raison d’être inquiète.

En médaillon : Sylvie Uderzo. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD).


[1] Composé de Albert Uderzo et René Goscinny.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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20 Messages de forum : Participez à la discussion

  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 10:57, par Jean

    Je ne vois pas pourquoi dans cette affaire, vous prenez parti pour la fille du dessinateur. N’étant pas au courant de leurs relations, y compris celles entre son mari et Uderzo, je ne vois pas, dans votre texte, matière à privilégier une partie plutôt qu’une autre.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 20 décembre 2008 à  15:05 :

      Nous ne prenons pas spécialement le parti de l’un contre l’autre.

      Dans un précédent article, nous soulignions à quel point cette affaire est avant tout un problème de transmission d’entreprise. Nous regrettons ces déchirements familiaux dont les raisons nous sont mystérieuses.

      En revanche, il est légitime de s’interroger sur les intentions d’un grand groupe qui pense et réagit comme un grand groupe qui souvent privilégie le court terme et les intérêts des actionnaires au détriment parfois de l’épanouissement d’une œuvre.

      Nos colonnes restent ouvertes aux parties qui veulent nous éclairer sur la nature de ce conflit qui peut avoir des conséquences dommageables pour ce joyau de la création française.

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      • Répondu le 20 décembre 2008 à  15:58 :

        Justement pour une fois je trouve cet article impartial, ce n’est pas si courant sur Actuabd.

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 11:46, par david

    Question qui peut paraître choquante : Uderzo a t-il "toute sa tête" ? En effet, vu son âge, on pourrait se demander s’il n’est pas influençable... J’ai honte de me poser cette question, mais je suis sûr que beaucoup d’entre nous se la pose...

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    • Répondu le 20 décembre 2008 à  15:57 :

      Malheureusement beaucoup se la sont posés à la sortie du dernier et si pathétique dernier album. Il semblait évident que ce cher Uderzo avait perdu pied.

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 15:59

    Une fois de plus on ne peut que constater que l’argent pourri tout.

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 19:12, par ORJ

    Ne prenez pas Uderzo pour un fou. Il a décidé de punir sa fille et son gendre. Certains en connaissent la raison.

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    • Répondu par François Pincemi le 20 décembre 2008 à  23:28 :

      Pouvez vous nous éclairer sur ce point ? Merci d’avance.

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 19:14, par Pierre

    Ce qui m’étonne, ce sont les contradictions relevées dans cet article : cette "très étonnante acquisition" devient plus loin "une décision qui ne nous avait pas surpris" avant de se transformer en "pour la profession, c’est la surprise"...

    Quant à l’adjectif "pathétique" employé à propos du dernier album d’Astérix, je le trouve pour ma part plutôt sévère. Certes, cet album n’a rien à voir avec "Astérix chez les Bretons", certes Uderzo n’est plus tout jeune, mais sa dernière production vaut largement une grande partie de ce qui encombre les bacs de nos libraires !

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 21 décembre 2008 à  19:09 :

      Vous fantasmez. Il n’y a là pas l’ombre d’une contradiction.

      "très étonnante acquisition"

      Elle ne vous semble pas étonnante, cette acquisition ? Avec un Hachette qui dit : "Nous n’avons pas pu refuser". La décision est sage et logique mais le contexte est particulier : Albert Uderzo et Anne Goscinny qui décident d’offrir Albert René à Hachette, contre l’avis d’un actionnaire qui détient 40% des parts, soit une minorité de blocage.

      "une décision qui ne nous avait pas surpris"

      Bien entendu que cela ne nous avait pas surpris. Nous avions même enquêté à ce sujet en octobre dernier. Sans commentaire de la part des intéressés. Il y avait de nombreux signes avant-coureurs, et la décision de vendre à Hachette est logique dans ce contexte.

      "pour la profession, c’est la surprise"...

      Bien entendu, rares étaient les gens au courant. Ça ne filtrait pas

      En revanche, vous ne relevez pas l’interrogation que suscite cette affaire : qui va "diriger" Astérix d’un point de vue artistique ? Si Hachette était un grand éditeur de bande dessinée, on ne se poserait pas la question. Mais il ne l’est pas.

      Et puis, qui va détenir les droits si Uderzo va jusqu’au bout de sa logique. Une fondation ? Dirigée par qui ? Là et la question. L’édition n’est pas une affaire de technocrates.

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      • Répondu par Pierre le 22 décembre 2008 à  09:48 :

        je fantasme, je fantasme...hum..c’est vrai, parfois, mais pas dans le domaine de la BD...

        Pour en revenir à la question de savoir qui va "diriger" Astérix, je ne pense pas qu’elle soit fondamentale. Uderzo (comme Hergé) a choisi (comme dirait Bernard de....oui, c’est nul ! ) de faire "mourir" son héros avec lui (Dieu ou n’importe qui d’autre les bénisse, marre de ces reprises qui puent le marketing à plein nez, même s’il y a quelques réussites - et dans ce cas pourquoi ne pas les avoir réalisées dans le cadre de séries originales....sans doute parce que sans le "parrainage" d’une série mythique, la réussite n’aurait peut-être pas été au rendez-vous....).

        A la mort d’Uderzo (que je ne lui souhaite pas ! ), il ne s’agira que de gérer un fonds gelé. Toute oeuvre étant appelée à disparaître (dans 15, 50 ou 100 ans, c’est un détail..), la question de la gestion des droits me semble dérisoire...

        Je pense en revanche qu’une oeuvre peut perdurer si le lectorat se l’approprie et la transmet aux générations futures, et si les professionnels (dont vous êtes) jouent leur rôle... Il y a ainsi des artistes dont les noms sont peu ou pas connus du grand public, dont l’oeuvre évoque encore quelque chose à la vieille garde, et qui tomberont bientôt dans l’oubli poussiéreux des archives (Trubert, Cézard, Cuvelier et bien d’autres, la liste est longue..) Tintin (déjà parfois considéré comme une antiquité par certains gamins iconoclastes ! ) et Astérix mettront plus de temps que les autres, mais eux aussi seront un jour aussi attirants que le théâtre de Racine, avant de retrouver leurs collègues au cimetière des vieilles "BD oubliées" (site par ailleurs très intéressant, fait par un amateur, je crois...l’avenir est peut-être là..)

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 20:22, par momo37

    "Est-ce que, dans les années à venir, notre sympathique Gaulois va être régenté par des hommes en gris cravatés et parlant « marketing »,"

    Laissez moi compléter !

    Des hommes en gris cravatés et parlant "marketing" qui gérerons Astérix entre une affaire pétrolière et des investissements dans des usines textiles au Cambodge...

    Franchement, je me marre plus à lire les énormes clichés dopés au manichéisme sur Actuabd que l’un des derniers albums d’Astérix...

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  • La bataille d’Astérix

    20 décembre 2008 21:38, par François Pincemi

    Vu cette émission. Uderzo a refusé d’y répondre, la parole fut donnée à Mademoiselle Uderzo et à son époux. Concernant le premier litige (le licenciement pour faute grave), je rappelle en tant qu’ancien praticien du droit que c’est à l’employeur qu’incombe la fourniture de la preuve de la faute grave. Délai d’un jugement aux prudhommes : de 15 mois à dix-huit mois, plus douze mois de rab en cas d’appel.

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  • La bataille d’Astérix

    21 décembre 2008 23:49

    Lisant cette sinistre affaire je me pose une question : Ada Uderzo, femme d’Albert et mère de Sylvie est-elle encore de ce monde ? Je doute que si elle l’était (ou l’est) cette histoire ait pu déraper ainsi.

    Les auteurs de bd qui n’ont qu’un succès raisonnable n’ont qu’à se féliciter de cet état de fait, ça les met (un peu) à l’abri de déchirements familiaux pénibles.

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    • Répondu par Un qui sait le 22 décembre 2008 à  09:22 :

      Oui, Ada Uderzo est bien encore de ce monde et elle soutient totalement son mari dans cette affaire.

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      • Répondu par Mutin le 24 décembre 2008 à  01:09 :

        Je ne connais pas la cause de ce litige mais comme il paraît peu vraisemblable qu’Albert et Ada Uderzo se brouillent à leur âge avec leur fille unique, on peut légitimement supposer que c’est en fait avec leur gendre qu’ils sont brouillés.

        Leur fille a sans doute perdu son emploi, mais propriétaire de 40 % des parts d’Albert-René, elle continuera à percevoir de substantiels dividendes.

        De plus, Uderzo n’a pas "offert" ses parts à Hachette mais les a vendus très cher. Sylvie héritera un jour du pactole. Sans parler des droits d’auteur. Uderzo n’est donc pas un père indigne qui laisse sa fille et ses petits-enfants dans le besoin !

        Par ailleurs, Uderzo ne détenait pas la majorité d’Albert-René. Si Anne Goscinny n’avait pas cédé elle aussi ses parts, Hachette n’aurait pas pris le contrôle de la maison. Or, le succès de sa propre maison, Imav, le montre : son mari Aymar de Châtenet et elle sont des éditeurs avisés. S’ils ont suivi Uderzo dans sa décision de vendre, c’est qu’ils ont compris que là était leur intérêt et surtout celui de l’oeuvre de Goscinny et Uderzo. Il est bien évident qu’eux connaissent les raisons du litige qui déchire la famille Uderzo et c’est en tout connaissance de cause qu’ils ont pris le parti d’Albert.

        Quant au dernier album d’Astérix, qui font douter à certains qu’Uderzo ait conservé toute sa tête, le dessinateur s’en est longuement expliqué en son temps : il avait jusqu’à présent maintenu la ligne Goscinny (en gros, l’esprit Mad), mais cette fois-ci, il a voulu se faire plaisir en concevant un album plus proche de ses goûts personnels (un comique plus visuel).

        Le livre d’entretiens qu’il a récemment publié et les interviews qu’il a données pour la promotion de ce livre ont montré qu’il était dans une parfaite forme intellectuelle.

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  • Le ciel lui est vraiment tombé sur la tête

    25 décembre 2008 18:01, par Mauvais Esprit

    Eh bien dites donc, ça bouge ! A quand un dérivé version manga d’Astérix chez Hachette ?

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  • La bataille d’Astérix

    26 décembre 2008 09:06, par Serge

    Et bien quant à moi, je privilégie l’artiste, le créateur, plutôt que les ayant-droits. On voit ce que ça peut donner avec Tintin, et si Uderzo, pour lequel j’ai le plus grand respect et une admiration sans borne (il est à mes yeux le plus grand dessinateur de Bd avec Franquin), a pris cette décision de vendre à Hachette, en accord avec Anne Goscinny, je suis persuadé qu’il a toutes les raisons de le faire. La France est curieuse. Elle tient avec cet homme et ce héros un véritable joyau et elle n’a de cesse de le salir. C’est sans doute très bobo, mais bobo, ça ne dure qu’un temps, et Astérix, ça fait des décennies qu’il dure et ce n’est pas prêt de se terminer. Alors, du respect pour un créateur graphique de génie, svp.

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    • Répondu le 10 janvier 2009 à  00:37 :

      Le nouvel album d’Astérix paraîtra le 22 octobre 2009 et sera un recueil d’histoires courtes essentiellement inédites.

      Astérix SURVIVRA à Uderzo et je suis heureux de cette excellente nouvelle confirmée :

      Albert Uderzo, le dessinateur d’Astérix aujourd’hui âgé de 81 ans, a cédé au groupe Hachette Livre l’autorisation de poursuivre après sa disparition la série des aventures du célèbre guerrier gaulois, a-t-on appris vendredi auprès des éditions Albert-René.

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