La légende du héros chasseur d’aigles : classique absolu du wuxia

12 mars 2018 0 commentaire
  • Roman best-seller chinois, « La légende du héros chasseur d’aigles », grande fresque dans la pure tradition des récits de cape et d’épée, nous arrive dans une adaptation en bande dessinée de grande qualité : un évènement à ne pas manquer mais constituant également un investissement non négligeable !
La légende du héros chasseur d'aigles : classique absolu du wuxia

En effet l’adaptation manhua (bande dessinée chinoise) de La légende du héros chasseur d’aigles chez Urban China se composera de dix-neuf tomes de 400 pages, au format A4, à 20 euros, contre 38 tomes dans l’édition originale ! Autant dire qu’il s’agit d’un projet ambitieux et risqué pour l’éditeur, mais ce dernier peut compter sur le caractère exceptionnel de l’œuvre ainsi que sur ses qualités graphiques.

Publié entre 1957 et 1959, le roman d’origine écrit par Jin Yong, suivi de deux séquelles, a connu à sa sortie un immense succès qui ne s’est jamais démenti, donnant lieu à de très nombreux films et adaptations TV (la dernière date de 2017). L’histoire et ses personnages ont durablement marqué la culture populaire chinoise, devenant des références incontournables du wuxia, le pendant chinois des récits de cape et d’épée.

Pour les néophytes, le film Tigre et Dragon d’Ang Lee constitue un parfait exemple de wuxia : une histoire se déroulant en chine ancienne, mettant en scène des « chevaliers » experts en arts martiaux, bons ou mauvais, prenant souvent part à des événements historiques célèbres.

Jin Yong est parfois comparé à Alexandre Dumas du fait de ses romans extrêmement populaires, mêlant faits historiques et personnages imaginaires, qui se sont confondus au fil du temps avec la réalité historique des événements qu’ils utilisent.

© Urban China

Le XIIe siècle. La Chine se trouve coupée en deux : au sud règne la dynastie des Song, vue comme légitime dans le récit, tandis que la dynastie des Jin gouverne le nord et se présente comme un pouvoir corrompu et oppressant. Enfin au nord de la Chine vivent les peuples Mongols, soumis à cette époque aux Jin.

L’histoire débute chez les Song, avec deux amis frères jurés, c’est-à-dire frères de cœur, un statut qui lie deux individus après un rituel consacré. Leurs épouses respectives enceintes, ils vivent paisiblement jusqu’à un soir où un maître taoïste passe sur leurs terres, poursuivis par des assassins Jin.

Ils décident de lui offrir l’hospitalité mais ce geste entraîne leur perte : accusés de trahison par un officier véreux à la solde des Jin, les deux hommes meurent tandis que leurs femmes survivent en empruntant deux chemins différents : l’une chez les Jin, l’autre chez les Mongols.

Guo Jing, élevé chez les Mongols, devient le héros de l’œuvre : c’est lui que le récit suit depuis son enfance, tandis que Yang Kang qui grandit chez les Jin prend le rôle d’antagoniste principal. C’est là la seconde tragédie fondatrice de l’œuvre : les fils des deux meilleurs amis ne seront pas frères jurés comme leurs pères, mais ennemis jurés.

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Récit initiatique de type wuxia, le début propose un long prologue, d’abord sur les pères des deux personnages principaux, puis sur les futurs maîtres des deux garçons. Il faudra donc un peu de patience avant d’arriver à Guo Jing, élevé chez les Mongols. Ce dernier va d’abord gagner les bonnes grâces du chef de sa tribu à travers un premier arc narratif, avant que ses origines lui soient clairement révélées et qu’il parte en Chine, à la fois comme agent des Mongols et pour venger son père.

Selon la tradition du genre les arts martiaux tiennent une place centrale dans l’histoire : Guo Jing est formé à leur pratique par des maîtres de renom, tout comme Yang Kang, et la plupart des personnages rencontrés lors de ses aventures sont soit des seigneurs ou des princes, soit des experts en arts martiaux travaillant pour les premiers, ou simplement des errants, voire des criminels ou des assassins.

© Urban China

Le récit se trouve ainsi parsemé de très nombreux combats hors du commun et d’apprentissages en tout genre, à grand coup de noms de technique à rallonge et de confréries diverses et variées. Si vous êtes allergiques au Kung Fu vous risquerez donc de rapidement saturer, mais si vous êtes amateurs le plaisir sera immense tant l’ensemble apparaît comme un modèle du genre. D’ailleurs certains groupes de chevaliers de l’œuvre sont devenus des classiques repris comme modèles dans plusieurs œuvres modernes.

Et du côté du graphisme Li Zhiqing fait des merveilles : en effet que serait un récit d’arts martiaux sans un dessin à la hauteur ? Le trait de Li Zhiqing est vigoureux et clair, ses découpages puissants et fluides, constituant un argument supplémentaire au caractère essentiel du titre.

Guo Jing est un héros au grand cœur, un peu naïf, loin de posséder un talent inné pour les arts martiaux : son apprentissage se révèle difficile, chaque palier passé prend la forme d’une épreuve et lorsqu’il descend en Chine, s’il possède un bon niveau, il reste encore loin de celui des plus grands génies de son âge.

© Urban China

À ce titre mentionnons le personnage de Huang Rong, jeune fille insolente, au passé mystérieux, que Guo Jing rencontre à son arrivée en Chine. Lorsque leur route se croise Huang Rong voit en notre jeune héros une proie facile à arnaquer avant de finalement se trouver désarmée face à son bon cœur et de devenir son alliée.

Huang Rong apparaît rapidement comme une génie des arts martiaux, capable de maîtriser presque n’importe quelle technique. Le quatrième tome propose à cet effet un très long passage où elle affronte différents grands maîtres, les ridiculisant les uns après les autres de différentes façons.

Titre dans la plus grande tradition du genre, avec ses intrigues politiques, de vengeance et d’arts martiaux, avec sa galerie de personnages qui s’agrandit sans cesse, sans oublier les tragédies et les secrets familiaux, les règles stricts régissant la relation maitre et disciple, ainsi que les mariages arrangés entre famille, alors que le cœur des intéressés va à d’autres…Bref tout se trouve réuni et extrêmement bien conçu dans cette grande fresque.

Une œuvre hautement recommandée, passionnante, au début sans doute un peu longuet, mais qui une fois lancé s’avère d’une extraordinaire richesse. Avec quatre tomes sortis, et le cinquième prévu pour avril, il n’y a aucune raison d’hésiter, c’est même le moment idéal pour donner sa chance à ce grand classique.

© Urban China

(par Guillaume Boutet)

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La légende du héros chasseur d’aigles T1 à T4. Par Li Zhiqing (dessinateur) & Jin Yong (auteur original). Traduction Soline Le Saux & Mathilde Colo. Urban China. Sortie le 22 septembre 2017, le 6 octobre 2017, le 10 novembre 2017 & le 12 janvier 2018. 416 pages, 329 pages, 336 pages & 340 pages. 19,95 euros.

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