La relance de Pilote annonce-t-elle le retour des grands éditeurs BD dans la presse ?

22 juin 2003 1 commentaire
  • Lundi 16 juin, dans un hôtel particulier de la rue d'Hauteville dans le 10e arrondissement de Paris, le tout-Paris de la BD se presse autour du buffet. L'instant est solennel : toute la famille Dargaud est réunie autour d'un revenant : le «Journal Pilote» créé en 1959 par une équipe cornaquée par René Goscinny.

Claude de Saint-Vincent, PDG de Dargaud, prend la parole et, après un hommage aux pères fondateurs Albert Uderzo, René Goscinny et Guy Vidal, il raconte que l’idée lui a été suggérée par Philippe Ostermann, son directeur éditorial. Venus à la fête, quelques-uns des grands-anciens du journal : Gotlib, Claire Brétécher, Jean-Claude Mézières, Pierre Christin, Jean Giraud / Moebius, Philippe Druillet, Michel Blanc-Dumont, Jean Solé, F’murrr, Lauzier, Lacroix, Cestac, Thévenet et j’en passe. Quelques héritiers : Anne Goscinny, Philippe Charlier. La nouvelle garde : Sfar, Trondheim, Larcenet, l’excellent Riad Sattouf, David B. Des amis venus rendre hommage à cette fine équipe parmi lesquels Yvan Delporte détonne (comme d’habitude) et étonne l’assistance en arrivant en chaise roulante, lui qui faisait il n’y a pas si longtemps des bonds de Schtroumpf dans les concerts… Du coup, on se rappelait que Fred n’était pas des nôtres non plus, également pour des raisons de santé.

La relance de Pilote annonce-t-elle le retour des grands éditeurs BD dans la presse ?
Pilote, le retour
"Pilote, le journal qui s’amuse à revenir" dit la pub. Momentanément ?

Un titre révolutionnaire pour un franc symbolique

Il faut se souvenir de l’importance du Journal Pilote dans l’histoire de la BD pour appréhender pleinement le mélange de paradoxes que constituait cette rencontre. Pilote a été créé par Goscinny, Uderzo et Charlier, sous la rédaction en chef de François Clauteaux le 1er juin 1959. Ce sont des indépendants alliés à des auteurs considérés comme des moutons noirs par la profession (Goscinny ayant tenté de créer une coordination d’auteurs pour défendre ses droits s’était brutalement fait virer de la World Press, suivi par Charlier et Uderzo démissionnaires). Lancé par la radio RTL partenaire, créé sur le modèle du magazine américain Mad, ce journal invente la BD adulte en France. Jusque-là, la BD était un média destiné aux enfants, fortement dominée par les éditeurs belges Dupuis, Casterman, et Le Lombard. Pour la création française, c’est la marque d’un renouveau. Tous les grands auteurs actuels sont pour la plupart issus de ce sérail. Hélas, après quelques mois d’exploitation, l’entreprise est au bord de la faillite. Elle est alors rachetée pour un franc symbolique par Dargaud. Un franc pour Astérix, Tanguy et Laverdure, Achille Talon, Barbe Rouge… Dargaud et Goscinny sauront porter Pilote au sommet. Mais, à partir de 1968, les jeunes auteurs qui ont grandi dans cette pépinière décident de se laisser porter par leurs semelles de vent. C’est la création de l’ Echo des Savanes , puis de Fluide Glacial et de Métal Hurlant, tous lancés par des transfuges de Pilote. Exsangue, le journal s’arrête en 1986.

un renouveau de la presse BD en kiosque ?

Il n’est pas le seul : en crise, la presse BD, un temps dynamique ( (A Suivre) s’était ajouté à cette équipée des années 70) s’éteint peu à peu : Pilote, Tintin, A Suivre figureront sur la liste des disparus, à côté d’autres supports éphémères. Les nouveaux propriétaires du groupe Dargaud / Lombard ne croient pas à la presse. Seul Dupuis (à côté de deux titres adultes : L’Echo des savanes et Fluide Glacial ) persiste avec son hebdomadaire, acceptant de vivre des moments difficiles, misant sur le long terme. Glénat maintient avec Vécu un statu quo prudent. Et puis l’histoire s’inverse : Bo Doï fait la preuve qu’un mensuel de BD indépendant peut subsister plusieurs années de suite. Delcourt le rejoint dans cette analyse, créant le house organ Pavillon Rouge. Dargaud développe La Lettre de Dargaud pour en faire un média à part entière. Canal BD obéit à cette même préoccupation pour représenter les librairies spécialisées. Dans les kiosques, grâce au renouveau de Sémic et à l’arrivée de Panini/Marvel, les titres comics se multiplient comme champignons sous la pluie. De 12, l’offre passe à près de 40 titres ! Les Mangas ( Dragon Ball chez Glénat) diversifient le pannel et des opérateurs exclusivement comics comme Sémic lancent des titres ( Calliope par exemple) qui grignotent sur le franco-belge. Casterman revient au créneau avec un nouveau titre, Bang ! , une sorte de version commerciale du magazine du CNBDI 9ème Art. Il se dit que chez Marvel, on verra arriver bientôt un nouveau titre qui broutera directement dans le gras pâturage franco-belge. De toutes parts bruissent des projets de lancements de titres.

Nouvelle donne

Dès lors, l’équipe de Bo-Doï est en droit de s’inquiéter. Comment rester indépendant au milieu de toutes ces créations adossées à des éditeurs ? La question est brûlante. Fluide Glacial a récemment changé de rédacteur en chef sans qu’on soit convaincu que cela redresse un titre en déclin sensible. L’Echo ne fait pas davantage d’étincelles. Tous ces nouveaux titres pourront-ils profiter du retour des jeunes lecteurs en kiosque à la faveur du boom des mangas d’abord, des comics ensuite portés par le succès de leurs exploitations cinématographiques ? Intrigué, Dargaud lance Pilote, un peu pour voir. Claude de Saint-Vincent affirme que c’est un coup sans lendemain. Et il ouvre les paris : « D’aucuns me disent que je ferai 20.000 de ventes nettes. Je pense que je vendrai 80% de mon tirage qui est de 150.000 exemplaires. ». S’il réussit son défi, Pilote révolutionnera, une fois de plus, la BD française.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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1 Message :
  • Le probleme c’est que je ne vois pas Pilote exister comme periodique sous la forme de ce one-shot grandement constitue de reedition de vieux matos que tout le monde a deja.

    Et quand on dit que la presse BD se porte bien on plaisante j’imagine. La plupart des opuscules actuellement sur la marche ne sont guere plus que des flyers publicitaires des editeurs. Payants qui plus est.
    Si BoDoi etait independant ca se saurait.

    JC Lebourdais

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