La Tragédie de L’Association – Acte I

9 février 2011 62 commentaires
  • Vendredi dernier une « picole de soutien » à L'Association s'est tenue dans un haut lieu de la bande dessinée et de l’illustration parisienne, la librairie Le Monte-en-L’Air. La maison d’édition éditrice de « Persepolis », lieu d’éclosion de la « Nouvelle bande dessinée » des années 1990-2000, est en pleine turbulence et essuie depuis près de deux semaines une grève très remarquée de ses salariés. État de lieux.

Il n’est pas facile pour un média comme le nôtre de rendre un point de vue objectif de la situation de L’Association. Car Jean-Christophe Menu, son éditeur, « pinkliste » les journalistes [1]. Le Lider Maximo de l’édition indépendante s’adresse généralement au ventre mou de l’information, en particulier à ceux qui connaissent mal la BD ou qui, d’une manière générale, lui sont à la botte. Pas étonnant qu’il les méprise. Pour les autres, c’est au choix : vitupérations et insultes ou silence et langue de bois.

Or, en ce moment, nous avons quelques raisons de parler de lui. L’Association est en grève, alors que la bande dessinée alternative essuie l’une des plus graves crises de sa jeune histoire.

Certains salariés ont accepté de nous parler, malgré notre « mauvaise réputation » soigneusement entretenue par quelques thuriféraires bigots.

Nous avons pu notamment récolter de l’info sur le site d’un « comité de soutien » dont les salariés précisent bien qu’il n’est en aucun cas leur émanation. Un site qui milite néanmoins «  pour ceux qui souhaitent soutenir les salariés de l’Association en grève et offrir un avenir démocratique et collectif à une structure précieuse pour la bande dessinée de création. »

Cette liste de soutien comptait début février 2011 plus de 1300 signataires.

La Tragédie de L'Association – Acte I
Vendredi 4 février. Pot de soutien aux salariés de l’Association à la librairie Le Monte-en-L’Air à Paris.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Une Success Story

Fondée en mai 1990 par David B., Mattt Konture, Patrice Killoffer, Jean-Christophe Menu, Mokeït , Lewis Trondheim et Stanislas, L’Association est, comme son nom l’indique une association de Loi 1901 [2].

Dans le marasme de la fin des années 1980 et du début des années 1990, une situation liée essentiellement à la succession des grands groupes d’édition (Le Lombard avait changé de main en 1984, Dargaud en 1988, entamant un processus de concentration qui aboutit à l’absorption de Dupuis en 2004) et à la crise de croissance des nouveaux challengers (Humanoïdes Associés, Fluide Glacial, Glénat, Soleil, Delcourt…), ces jeunes auteurs avaient trouvé, pour se publier, la voie de l’autoédition.

Le secret de leur réussite ? D’abord avoir pu créer, grâce à un nombre suffisant et stable d’adhérents, les conditions économiques de la publication d’œuvres sortant des sentiers battus – le plus souvent des travaux expérimentaux aux marges de l’illustration, mettant l’auteur au centre de la démarche éditoriale.

L’autre raison de leur succès est que L’Association a réussi à incarner, au moment où le marché en avait besoin, une forme éditoriale lancée par Will Eisner et dont le succès était devenu une norme mondiale grâce au Maus d’Art Spiegelman : Le Graphic Novel.

Enfin, elle concrétisait les espoirs d’une génération de graphistes, de plus en plus nombreux, sortis des écoles d’art et/ou de bande dessinée qui aspiraient à une création transdisciplinaire (bande dessinée, illustration, peinture, graphisme, animation...) que les maisons traditionnelles de bande dessinée ne pouvaient pas, à l’époque, prendre en compte.

Au groupe des fondateurs se joignirent un certain nombre d’auteurs qui allaient par la suite connaître un retentissant succès : Joann Sfar, Emmanuel Guibert ou Marjane Satrapi.

Lider Maximo

À la manœuvre, Jean-Christophe Menu s’affirma comme l’individualité la plus à même de prendre en charge la structure, d’en devenir le principal éditeur. « Le blond à rayures », comme le surnomment aujourd’hui ses employés, est un excellent maquettiste et une grande gueule, l’un des rares à pouvoir prendre la pose du théoricien hâbleur.

Entre 1992 et 2000, L’Association enchaîna une suite d’ouvrages marquants d’où émergent les personnalités remarquables de David B, Lewis Trondheim, Joann Sfar, ou Emmanuel Guibert. Ces auteurs essaimèrent bientôt chez d’autres éditeurs, constituant la colonne vertébrale de la collection Poisson Pilote chez Dargaud, alimentant la collection Aire Libre chez Dupuis, structurant en partie le catalogue Delcourt, ou encore de nouveaux éditeurs labellisés « jeunesse » comme Bréal, influençant l’aventure éditoriale de Capsule cosmique chez Milan.

Leur succès rayonne sur le label associatif qui apparaît comme le creuset de la « nouvelle bande dessinée française. »

L’Association n’est ni le meilleur éditeur d’autobiographie (Ego Comme X l’incarne bien mieux avec le remarquable Journal de Fabrice Neaud), ni le lieu le plus intéressant de l’avant-garde (Frémok ou Atrabile s’y illustrent avec davantage de radicalité), ni même celui qui produit les plus beaux livres (Frémok ou Cornélius peuvent également prétendre au titre), mais ses individualités font la différence : Sfar, Satrapi, Trondheim, Guibert,… séduisent les médias. C’est l’embellie pour le label associatif.

Le tournant des années 2000

2000 marque un tournant important pour L’Association qui crée avec d’autres éditeurs ( Ego comme X, Rackham… [3] ) tout en restant néanmoins le principal moteur, son propre outil de diffusion-distribution, le Comptoir des Indépendants. La direction est confiée à Latino Imparato, transfuge de chez Vertige Graphic, par ailleurs propriétaire des éditions Rackham créées par Alain David. Ce diffuseur se donne comme mission de porter l’oriflamme de « l’autre bande dessinée. »

Début janvier 2000, le Festival d’Angoulême consacrait à Menu et ses ouailles une scintillante rétrospective à l’occasion de leur 10e anniversaire, juste consécration d’une génération d’auteurs qui squattait le podium des récompenses angoumoisines ces dernières années. Et comme une bonne nouvelle ne vient jamais seule, cette année voit la publication de ce qui deviendra son best-seller absolu : Persepolis de Marjane Satrapi.

Pendant cinq ans, l’astre de L’Association sera au zénith et les médias leur feront la fête. Les ventes de Persepolis passent le cap du million en 2006, et d’autres titres prestigieux atteignent des records de vente : L’Ascension du Haut-Mal de David B, Pascin de Joann Sfar, La Guerre d’Alan d’Emmanuel Guibert ,… d’autres se contentant de marquer l’imagination des amateurs : Comix 2000, 676 apparitions de Killoffer, Quimby the Mouse de Chris Ware et quelques rééditions de Jean-Claude Forest, Touïs et Frydman, ou Gébé...

Cloportes et Cie

En 2005 cependant, le vent tourne. Ivre de ce succès, Jean-Christophe Menu s’intronise souverain-pontife de la nouvelle bande dessinée et publie le pamphlet Plate-bandes, où il s’attribue l’essentiel des vertus de sa structure éditoriale et lui désigne une flopée d’ennemis, dont le label Futuropolis récemment relancé par Soleil dans le cadre d’une joint-venture avec Gallimard, certains critiques (dont votre serviteur qui s’en montre ravi) étant traités de « cloporte » voire de « porc »

L’Association quitte dès lors la rubrique « succès » pour rejoindre la fange de la polémique. Les grands auteurs de la maison parmi lesquels presque la totalité des fondateurs comme David B et Trondheim ou un créateur-phare comme Joann Sfar, prennent la tangente et n’apportent plus de nouveauté au catalogue. Lequel, géré de manière autocratique par Jean-Christophe Menu, s’enfonce de plus en plus dans une audace de papier mâché, le succès de Persepolis cachant la forêt des ventes insuffisantes.

Les cadeaux faits aux adhérents cessent à partir de 2006 mettant un terme à une stratégie intelligente qui consistait à s’adosser à un « club de lecteurs » tandis que fin 2011, ainsi que nous l’avons raconté, Le Comptoir des Indépendants, dans lequel, on s’en souvient, L’Association avait pris part ferme purement et tout simplement ses portes.

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Jean-Christophe Menu dédicaçant à Bastia en avril 2010.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Grève à Angoulême

On connaît la dernière péripétie : À la suite d’un processus de licenciement, une grève des sept employés de l’éditeur s’est traduite par une politique du stand vide au dernier Festival d’Angoulême… Un comité de soutien, « Longue vie à l’Association », fédérant des dons pour payer avocat et frais de procédure, s’est même constitué pour tenter de faire valoir leurs droits.

C’est que l’organisation de L’Association semblait déjà partir à vau-l’eau depuis de nombreux mois. Selon nos informations, aucune assemblée générale n’aurait eu lieu depuis cinq ans. La présidente de l’association, Patricia Perdrizet, longtemps absente aux yeux du personnel, n’aurait réapparu que récemment. Depuis deux ans, le management serait confié à un bureau de conseil extérieur à la société. Quant à la trésorière officielle, Laetitia Zuccarelli, elle ne serait que de paille, selon son propre aveu recueilli vendredi dernier, n’ayant vu, selon son témoignage, « aucun compte » de l’entreprise. Jean-Christophe Menu n’aurait pas même à la date d’aujourd’hui, si l’on en croit le témoignage de ses employés, un statut de gérant de la société.

«  Il faut rappeler que le bureau actuel n’a jamais été désigné dans les règles, qu’il s’agit jusqu’ici d’un bureau de prête-noms » dit un communiqué des salariés.

Rocambolesque

C’est sans doute devant les risques encourus par cette situation –tant d’un point de vue commercial que pénal- que les responsables de L’Association ont tenté de se réunir dans des conditions rocambolesques si l’on en croit un communiqué des salariés adressé aux adhérents et aux auteurs :
« Il faut néanmoins revenir sur les événements de ce week-end, et plus précisément sur le samedi 22 janvier. Une vingtaine de personnes, soit tous les salariés, quelques auteurs, adhérents et la trésorière de L’Association, ont dû intervenir pour interrompre une assemblée générale extraordinaire tenue secrètement, en toute illégalité. Y étaient présents JC Menu, la présidente et la secrétaire du bureau, quatre personnes présentées comme membres d’honneur de L’Association et l’avocat du bureau. »

Leur intention est précise, modifier les statuts de l’Association dans un sens qui leur serait favorable : « Après diverses tergiversations teintées de mépris, les personnes en présence nous ont finalement avoué à demi-mot tenir une assemblée générale extraordinaire, vraisemblablement planifiée du jour au lendemain (juste avant la réunion que les salariés organisaient à 15h le jour même, afin d’exposer la situation aux auteurs qui le souhaitaient), afin d’y modifier les statuts de L’Association, et ce, sans convoquer un seul adhérent (ce qui est contraire à l’article 13 des statuts ci-joints), mais avec une poignée de prétendus membres d’honneur, dont certains d’entre eux ne figurent pas sur la liste en notre possession. »

Un témoin

Un adhérent témoin, Pascal Pierrey, nous décrit cette scène qui fait suite à une incroyable cavalcade pour rejoindre le lieu de la réunion changé en dernière minute et placée chez un avocat à l’autre bout de Paris [4] : « L’atmosphère est tendue. Patricia [Perdrizet.NDLR] est crispée dans une posture rigoriste, assez effrayante pour moi qui ne l’avais encore jamais rencontrée. Menu est affalé, visage renfrogné, mains crispées. Robial est souriant, mais semble ailleurs. Le dialogue va être facile… Joann Sfar demande si nous sommes en présence d’une AG et précise, qu’en tel cas, ses décisions ne seront pas valides puisque tous les membres n’ont pas été convoqués par lettre recommandée. Patricia fait quelques remarques laissant penser que tous les membres n’auraient pas la même légitimité puisqu’elle a vu passer dernièrement de nombreuses demandes d’adhésion qu’elle estime suspectes car sans doute partisanes des salariés de l’Association. Ambiance… »

Après une confusion sans nom sur le statut et la présence de chacun, les salariés décrivent la situation : « Tour à tour, ils expliquent les difficultés d’être encadré par quelqu’un qui ne prend plus plaisir à travailler, qui est rarement présent et dont les décisions ne sont pas comprises car pas ou peu expliquées. La gestion de la « crise » par le bureau est unanimement critiquée. Deux mois après l’annonce des licenciements, les justifications chiffrées qui doivent clairement les justifier se font toujours attendre... La date de l’AG également... Des solutions alternatives aux licenciements ont pourtant été proposées par les salariés mais laissées sans réponse. Les salariés expliquent qu’ils n’ont que très peu de réaction de la part du bureau ou de Menu depuis qu’ils se sont mis en grève. »

L’ancien éditeur de Futuropolis, Étienne Robial tente de calmer le jeu et conjure les employés de ne pas offrir au public « un stand de l’Association avec des tables vides et des panneaux « employés en grève » au festival d’Angoulême ». La présidente annonce un « gel des licenciements », Menu sort de sa torpeur pour exprimer sa peur que l’Association meure et s’en retourne réfléchir à sa thèse. Finalement la convocation d’une Assemblée Générale est décidée courant février.

Après un reproche fait à David B par la présidente qui l’accuse d’avoir démissionné mais de vouloir continuer à peser sur la gestion de l’Association, Sfar prend sa défense : lui comme Trondheim ont laissé leurs ouvrages dans cette structure, c’est qu’ils y tiennent.

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JC Menu à Angoulême 2011
Photo : Arnaud Claes

Pierrey raconte : « Il [Pacôme Thiellement, écrivain, journaliste et réalisateur, contributeur à L’Éprouvette] se lève, s’écarte de la table, tourne en rond devant la fenêtre, pivote enfin vers Menu. « Tu dois leur parler, Jean-Christophe. Mais parle, parle donc ! » Les écoutilles restent bien fermées. Rapidement, l’AG tourne court pour nous, tout a été dit, rien n’a été expliqué. Nous devons partir, l’assemblée où seront présents les auteurs doit bientôt commencer... »

Voilà où nous en sommes.

Dictatures...

Sur son blog, Joann Sfar n’hésite pas : « Ben Ali, Gbagbo, Menu, sale temps pour les dictatures ! »

Et de conclure : « Comme beaucoup d’auteurs, je regarde de très près ce qui se passe en ce moment à l’Association et je rêve que cette structure survive aux tempêtes présentes, se dote (à nouveau) d’un directoire plus démocratique, et sauve les emplois, les livres, et réapprenne à se parler ailleurs que dans des cabinets d’avocats ou chez des liquidateurs d’entreprises. Ne croyez pas les corbeaux qui vont vous répéter que l’Association a une économie moribonde, c’est faux. Si elle réussit à surmonter les volontés suicidaires et autocratiques de sa direction, je suis persuadé que l’Association a de beaux jours devant elle. »

Fin du premier acte de la tragédie.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Lire l’Acte II

[1Le terme "pinklister", antonyme de "blacklister, est de JC Menu lui-même dans Plate-bandes : c’est ainsi qu’il désigne l’acte de faire le tri entre les journalistes qui lui sont favorables et ceux qui lui sont défavorables.

[2A.S.B.L en Belgique. Un "groupe sans gain" disent les médecins.

[3Cornélius n’a pas participé à la création du Comptoir des Indépendants. Jean-Louis Gauthey était même défavorable à cette initiative. Cornélius a fini cependant par le rejoindre trois ans après sa création à la suite de difficultés avec Anthracite, son diffuseur de l’époque. Il l’avait toutefois quitté récemment pour rejoindre la diffusion-distribution Harmonia Mundi.

[4Ce témoignage nous a été attesté comme fidèle aux faits par plusieurs témoins.

 
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62 Messages :
  • La tragédie de L’Association – Acte I
    9 février 2011 08:24, par 43

    Mattt Konture, avec 3 T, merci.

    Répondre à ce message

  • Ce n’est pas Sfar qui a dit ’tu dois leur parler Jean-Christophe...’ - relisez !

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    • Répondu par ActuaBD le 9 février 2011 à  09:34 :

      Vous avez raison, c’est corrigé. Merci.

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  • La tragédie de L’Association – Acte I
    9 février 2011 09:33, par Paulo

    Pour les nécrologies, on attend généralement que le cadavre soit froid.
    Enfin comme d’habitude tout un tas de réappropriation par la réécriture des faits.

    On a tout d’abord une crise de la bande dessinée alternative : est-ce à dire que seule la bande dessinée alternative connaît la crise ? ou que l’Association résume à elle seule la bande dessinée alternative ? et que la bande dessinée mainstream se porte comme un charme elle ?

    On connaît votre souci de différencier les graphistes des raconteurs (http://www.mundo-bd.fr/?p=1397) et vous semblez penser qu’une qualité de l’Association était de trouver un équilibre entre le graphic novel et des travaux plus graphiques.
    Cependant les différentes collections de l’Association montrent qu’elle n’investit pas un format (et encore moins celui du graphic novel), Eperluette ou Patte de mouche sont-elles des graphic novels ?
    De plus, les premiers livres de l’Association étaient "classiques" dans le sens où ils racontaient avant tout une histoire (même Le cheval blême ne vous en déplaise).

    Par ailleurs le statut associatif a été un soucis à partir du moment où les associés se sont mis à publier les livres des autres, et le caractère fantôme ou de paille du bureau existe depuis bien des années. C’est certainement une erreur mais ce n’est pas une dérive autocratique de Menu.

    Comme toujours, vous n’écrivez qu’à partir de votre point de vue, trop partial pour un journaliste.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 9 février 2011 à  09:50 :

      Vous vous exprime dans l’émotion, et c’est bien normal.

      Pour les nécrologies, on attend généralement que le cadavre soit froid.

      Vous considérez donc L’Association comme un cadavre. Assumez-en la responsabilité. Quant à nous, je vous renvoie à notre titre : « Acte I ».

      On a tout d’abord une crise de la bande dessinée alternative : est-ce à dire que seule la bande dessinée alternative connaît la crise ? ou que l’Association résume à elle seule la bande dessinée alternative ? et que la bande dessinée mainstream se porte comme un charme elle ?

      La BD mainstream montre des signes inquiétants mais, nous avons sondé de nombreux libraires, la crise n’est pas dans le marché qui se tasse mais qui n’est pas en déclin. Partout, on resserre les boulons pour que l’attelage tienne, il y a des remises en cause profondes, de vraies angoisses (par rapport au numérique notamment), mais grosso modo le marché tient (jusqu’à présent).

      Vous refusez de voir que l’offre des éditeurs alternatifs a cru de façon exponentielle ces dernières années. Je vous renvoie à mon article où je parle de "vitalité de l’édition alternative" :"... elle a augmenté de 104 unités cette année soit pas moins de 12% de progression contre moins de 2% et seulement 19 titres pour ce que le Secrétaire général de l’ACBD appelle « les gros éditeurs », les mangas et les comics croissant dans des proportions très mesurées. Alors oui, l’édition alternative souffre... d’une concurrence qu’elle génère elle-même !"

      On connaît votre souci de différencier les graphistes des raconteurs (http://www.mundo-bd.fr/?p=1397) et vous semblez penser qu’une qualité de l’Association était de trouver un équilibre entre le graphic novel et des travaux plus graphiques. Cependant les différentes collections de l’Association montrent qu’elle n’investit pas un format (et encore moins celui du graphic novel), Eperluette ou Patte de mouche sont-elles des graphic novels ? De plus, les premiers livres de l’Association étaient "classiques" dans le sens où ils racontaient avant tout une histoire (même Le cheval blême ne vous en déplaise).

      Vous mélangez tout. Je parle ici, en ce qui concerne les GN, d’un fait marquant du marché, pas d’une généralité sur le catalogue de l’Association. Il est clair que le succès du GN a ouvert la voie en librairie générale. Le Comptoir a bien su en profiter.

      Par ailleurs le statut associatif a été un soucis à partir du moment où les associés se sont mis à publier les livres des autres, et le caractère fantôme ou de paille du bureau existe depuis bien des années. C’est certainement une erreur mais ce n’est pas une dérive autocratique de Menu.

      Vous ne nous apprenez rien et vous semblez nier que Menu a fait le vide autour de lui, ce qui est de notoriété publique.

      Comme toujours, vous n’écrivez qu’à partir de votre point de vue, trop partial pour un journaliste.

      Votre vision du journalisme est affligeante.

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    • Répondu par f*Parme le 9 février 2011 à  10:39 :

      Je ne suis pas d’accord avec vous, Paulo. Tout ce qu’expose Didier dans son article est fondé et bien articulé.

      Il y aurait juste à développer les raisons du départ de David, Lewis, Joann et bien d’autres...
      Jean-Christophe Menu s’est accroché à l’Asso parce que moins reconnu comme auteur que la plupart des fondateurs. La situation actuelle est la conséquence d’une blessure narcissique.
      C’est absurde. La plupart de ses anciens camarades n’attendent qu’une seule chose, que Jean-Christophe comprenne qu’il ne sont pas ses ennemis.

      f*

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      • Répondu le 9 février 2011 à  12:36 :

        Non, ce n’est pas une blessure narcissique. C’est autre chose. N’est pas psychanalyste qui veut. Et Joann n’a pas quitté l’Asso. il n’est qu’un auteur parmi d’autres, libre d’aller publier ailleurs... On attend un véritable historien. Mais ce n’est qu’une question d’années... Ça viendra en temps et en heure.

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        • Répondu par f*Parme le 9 février 2011 à  13:45 :

          Alors quoi d’autre ? Pas la peine d’historien et de psychanalyste, le temps ne changera rien et ne dévoilera rien de plus.
          Vous voudriez un historien... Quel genre d’historien ? Un Michelet qui reconstruirait l’Histoire pour la rendre tellement plus romantique ? Il n’y a aucun mystère, aucun mythe dans cette aventure.

          Oui, OK, Joann n’était pas membre fondateur mais à un moment, il est allé publier ailleurs des livres qui auraient été très bien à l’Asso et ça a été le cas pour d’autres auteurs aussi.

          Que voulez-vous me faire croire, que Jean-Christophe est un génie mystérieux, incompris et difficile à saisir, un artiste maudit ? N’importe quoi. C’est un type qui a du talent, mais qui a un égo sur-dimensionné, qui veut régner sans partage et qui devrait cesser de boire parce qu’il va se foutre en l’air et que c’est stupide. Il est incapable de voir que les autres l’aiment. C’est terrible. À cette soirée picole, tous les gens avec qui j’ai discuté (et qu’ils le connaissent forcément mieux que moi) ne disaient pas de mal de lui, vraiment pas, ils étaient juste triste qu’il soit devenu sourd et aveugle.

          f*

          Répondre à ce message

          • Répondu par 43 le 9 février 2011 à  14:14 :

            Et oui Fabrice (on se connait ?), c’est pour ça que je milite pour intégrer à l’Asso une personne capable de bosser, avec les salariés, les fondateurs (dont on aurait bien besoin en ce moment) ET JC Menu ! Personne ne veut pendre JC il faut juste trouver une personne capable de refaire le lien. Ca a existé par le passé (Salut Céline et salut Anne) Alleï, on finira bien par trouver.

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            • Répondu par f*Parme le 9 février 2011 à  14:28 :

              Faudrait passer une annonce d’emploi : L’Association cherche médiateur.

              f*

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              • Répondu par 43 le 9 février 2011 à  15:03 :

                Mais non... On piochera parmi les gens compétents et volontaires qui se trouvaient à la picole de soutient. Ca en fait quelques-uns déjà.

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                • Répondu par f*Parme le 9 février 2011 à  15:28 :

                  Mais non... il faut quelqu’un de neutre. Qui n’était ni à la picole de soutien ni à la picole de Menu tout seul. Sinon, ça va pas le faire. On ne peut pas être juge et partie.

                  f*

                  Répondre à ce message

                  • Répondu par Oncle Francois le 9 février 2011 à  20:28 :

                    Voila une parole pleine de bon sens, Monsieur Parme Mon amical souvenir à vous-même et à votre ami Laurent, amateur de croisière et d’écureuil !

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                    • Répondu par 43 le 9 février 2011 à  21:04 :

                      Pas d’accord les gars ! A la picole il n’ y avait pas que des "anti-Menu" (il y en a d’ailleurs très peu) et chez la picole Menu il n’ a pas que des "anti-salariés". Je reste persuadé qu’on peut encore trouver un terrain d’entente même si on soutient un des deux protagonistes.

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                      • Répondu par f*Parme le 9 février 2011 à  22:31 :

                        Je n’ai pas dit qu’il n’y avait que des anti-Menu à la picole de soutien. J’ai dit le contraire. Relisez...
                        Ensuite, pour arriver à réconcilier tout le monde, un INTERMÉDIAIRE NEUTRE serait dans l’intérêt de tous, non ?

                        f*

                        Répondre à ce message

                        • Répondu par 43 le 10 février 2011 à  08:07 :

                          OK !
                          On boit un coup quelque part ? Ou on attend l’assemblée générale ?
                          N°43

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                          • Répondu par f*Parme le 10 février 2011 à  10:00 :

                            Guy Vidal me disait de me méfier de l’alcoolisme mondain dans lequel il est si facile de sombrer... Dommage qu’il ne soit plus là, il aurait fait un super médiateur.

                            f*

                            Répondre à ce message

                            • Répondu le 10 février 2011 à  17:31 :

                              Et il savait de quoi il parlait le pauvre, il est mort de ça, de ça et de la cigarette.

                              Répondre à ce message

  • La tragédie de L’Association – Acte I
    9 février 2011 14:03, par Sebastien Naeco

    Il me semble qu’il faut bien distinguer les problèmes considérables de gestion du personnel et de relations avec les auteurs, de gestion du catalogue et de l’activité commerciale, et des statuts bancals de la structure elle-même. Chaque question mériterait un développement séparé je pense, pour y voir plus clair encore. Ceci dit, je ne peux que me montrer solidaire de salariés qui ne savent même pas pourquoi on les vire et qui accessoirement sont incertains sur les fondés de pouvoir susceptibles de prendre cette décision. Sacré micmac et merci de nous en donner des éclaircissements !

    Répondre à ce message

    • Répondu par Pascal mc Guich le 9 février 2011 à  22:32 :

      Oui, sacré mic-mac.
      Et c’est toujours extrêmement blessant d’être viré sous de faux prétextes ou sans raison vraie alors que l’ont s’est investis à fond.
      Donc, par principe je soutiens les salariés, même si la situation de responsable n’est jamais facile, quoique en général on l’a plus ou moins voulu et accepté...
      Mais quel gâchis ! Comment peux t-on se mettre dans une telle merde ?

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      • Répondu par Stéphane Créty le 10 février 2011 à  11:11 :

        cette affaire laisse un gout amer, et une grande tristesse.

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  • La tragédie de L’Association – Acte I
    9 février 2011 22:38, par Pascal mc Guich

    Merci Didier pour cet éclairage...
    Ta partialité ne m’a ps sauté aux yeux, mais c’est sur que l’on peut aussi voir les choses d’une façon différentes.
    La gestion de l’association était-elle aussi démocratique qu’elle prétendait l’être dans un lointain passé ?

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  • "la bande dessinée alternative essuie l’une des plus graves crises de sa jeune histoire". C’est oublier que dans les annees 1975, "L’Echo des savanes", "métal hurlant" ,"tousse bourin", "mormoil" et j’en passe étaient déjà (bien que n’étant pas de la nouvelle(?) bd) étaient déjà de la bande dessinée alternative... :)

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    • Répondu par ishimou le 10 février 2011 à  11:29 :

      On refait en moins bien ce qui a déjà été fait il y a longtemps.
      Et krazy kat c’est pas de l’alternatif ça ? publié entre 1913 et 1945.
      L’édition indépendante à semé une belle pagaille, aujourd’hui certains de ses acteurs font dans le canular, le grand bluff de Lowenthal. Désolé mon gars, Patrick Sébastien l’a déjà fait.
      Si certain pouvait comprendre que la bd est un média abouti et qu’il faut publier de la qualité.

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      • Répondu par xavier löwenthal le 10 février 2011 à  14:34 :

        hahahahahahaha !
        mais, ishimou, Momon est précisément une RÉPONSE à votre propos sur le "média abouti" et le fait que les publications de qualité NE SE VENDENT PAS, ne sont pas comprises par les médias et souvent rejetées par les libraires, tout simplement. les médias cherchent des lieux-communs entre les "goûts" des journalistes et ceux du lectorat/audimat et ce ne sera jamais du Ilan Manouach. il n’y a pas lieu de s’en plaindre je crois. c’est ainsi que c’est structuré.

        quant à la gestion d’un machin aussi hybride qu’un groupe d’artistes-éditeur et aux reproches adressés à menu... en art, la démocratie n’a jamais rien donné, que du mauvais journalisme. (je sais, didier, j’ai une vision désastreuse du journalisme) par conséquent, les dérives "autocratiques" ou simplement "autoritaires" sont fatales, inhérentes à l’objet-même qui le fonde.

        l’association connait surtout une crise de communication et une rupture de confiance des salariés envers son capitaine. c’est toujours un bon éditeur.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 février 2011 à  14:59 :

          quant à la gestion d’un machin aussi hybride qu’un groupe d’artistes-éditeur et aux reproches adressés à menu... en art, la démocratie n’a jamais rien donné, que du mauvais journalisme.

          Bravo, Lôwenthal, "vive la dictature" en somme. Joann Sfar n’exagérait donc pas : Ben Ali et Löwenthal, même combat ? Dès que vous avez un petit pouvoir d’éditeur, la démocratie n’existerait donc plus. Malheureusement pour vous, dans toute activité humaine, elle est partout, la démocratie. Une société doit rendre compte à ses actionnaires, à ses employés, et une association à ses membres.

          Mon cher Löwenthal, il n’y a pas que ta vision du journalisme qui est désastreuse.

          l’association connait surtout une crise de communication et une rupture de confiance des salariés envers son capitaine. c’est toujours un bon éditeur.

          Certes, ce n’est pas nous qui dirons le contraire.

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          • Répondu par xavier lowenthal le 10 février 2011 à  15:10 :

            quand je dis "en art, la démocratie n’a jamais rien donné" je ne parle que d’art.
            on ne fait pas un oeuvre au suffrage, où elle sera navrante et consensuelle.
            et on sait que le plébiscite n’a jamais été un critère esthétique.

            (en politique, j’en aurais beaucoup à dire, mais je l’ai déjà fait longuement sur www.manifestement.be. la démocratie est un idéal, un but à poursuivre, dont on s’est beaucoup éloigné. et là je ne parle pas d’art.)

            après, oui, menu se trouve dans la position d’un chef d’entreprise (d’une entreprise qui n’existerait pas sans lui) et il doit par conséquent assumer cette responsabilité.

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            • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 février 2011 à  16:46 :

              quand je dis "en art, la démocratie n’a jamais rien donné" je ne parle que d’art. on ne fait pas un oeuvre au suffrage, où elle sera navrante et consensuelle. et on sait que le plébiscite n’a jamais été un critère esthétique.

              Ah oui, c’est drôle. Quand une maison d’édition édite des œuvres d’art (disons cela comme cela), elle a le droit d’être autocratique, d’enfreindre les règles élémentaires de la vie en société, et je ne parle même pas ici de politesse.

              C’est peut-être cela le problème : cette confusion entretenue entre une démarche artistique quasi de droit divin et la démarche marchande. On la pensait pourtant réglée depuis Aristote... Du coup, quand un employé ou un membre de l’association fait valoir ses droits, il y a blasphème n’est-ce pas ? Sais-tu que le délit de blasphème n’existe plus en France depuis 1881 (si je me souviens bien) ?

              En ce qui me concerne, je crois au "suffrage universel de la culture" (Pascal Ory) qu’est le succès.

              (en politique, j’en aurais beaucoup à dire, mais je l’ai déjà fait longuement sur www.manifestement.be. la démocratie est un idéal, un but à poursuivre, dont on s’est beaucoup éloigné. et là je ne parle pas d’art.)

              Ah c’est beau la conscience politique, surtout quand elle n’existe pas... quand on crée, si je comprends bien ?

              après, oui, menu se trouve dans la position d’un chef d’entreprise (d’une entreprise qui n’existerait pas sans lui) et il doit par conséquent assumer cette responsabilité.

              Eh oui, chef d’entreprise, c’est aussi un talent.

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              • Répondu par xavier löwenthal le 10 février 2011 à  17:11 :

                Ah oui, c’est drôle. Quand une maison d’édition édite des œuvres d’art (disons cela comme cela), elle a le droit d’être autocratique, d’enfreindre les règles élémentaires de la vie en société, et je ne parle même pas ici de politesse.

                C’est peut-être cela le problème : cette confusion entretenue entre une démarche artistique quasi de droit divin et la démarche marchande. On la pensait pourtant réglée depuis Aristote... Du coup, quand un employé ou un membre de l’association fait valoir ses droits, il y a blasphème n’est-ce pas ? Sais-tu que le délit de blasphème n’existe plus en France depuis 1881 (si je me souviens bien) ?

                faire oeuvre n’implique nullement de déroger aux règles de la vie ensemble.

                les choix qu’on opère, à l’oeuvre, ne sont pas le fruit d’un processus démocratique et c’est bien normal.

                les choix qu’on opère au sein d’une entreprise, eux, sont le fruit de discussions, de négociations, et selon des statuts acceptés par tous. pas totalement démocratique, non. mais avec des règles admises qui doivent être respectées.

                (et les choix qu’on opère au sein d’une société démocratique devraient être le fruit de discussions et de participations démocratiques, dans les chambres constituées notamment.)

                c’est pour quoi la gestion d’un théâtre ou d’une maison d’édition n’est pas chose aisée. à la fois entreprise et oeuvre. les choix éditoriaux ou de programmation ne relèvent pas directement de la gestion d’entreprise.

                et non, je ne crois pas, vraiment pas, que le plébiscite puise être un critère esthétique. et je ne peux pas croire que tu le croies. ça ne signifie pas qu’il n’y ait pas de grande oeuvre populaire. jusque que cela n’a rien à voir.

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                • Répondu par xavier lowenthal le 10 février 2011 à  17:45 :

                  je m’autocite

                  et non, je ne crois pas, vraiment pas, que le plébiscite puise être un critère esthétique. et je ne peux pas croire que tu le croies. ça ne signifie pas qu’il n’y ait pas de grande oeuvre populaire. jusque que cela n’a rien à voir.

                  j’ajoute que ce critère serait utilitariste : une quantification de l’effet et de la force d’une oeuvre au nombre de ses adeptes... à ce compte, il n’y a que le football. et c’est très bien, le football. ne dis pas que j’ai dis du mal du football !

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                • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 10 février 2011 à  18:40 :

                  les choix qu’on opère, à l’oeuvre, ne sont pas le fruit d’un processus démocratique et c’est bien normal.

                  Allons, allons, on parle d’édition ici. Même s’il y a des choix, même si l’on peut faire le plus bel objet possible, l’éditeur est sous la contrainte du marché pour fixer le format, le mode d’impression et de reliure car cela a un impact sur le prix, par exemple. Je concède que l’avis des commerciaux doit moins peser à l’Assoce que chez Média.

                  Donc, il y a sollicitation du public, une forme de suffrage qui, dans le cas de Persepolis, bien éloigné des idéaux affichés de "l’autre bande dessinée", a pris la forme d’un plébiscite. Est-ce pour autant une œuvre médiocre ? Non.

                  Et puis, le foot est véritablement et définitement un art.

                  les choix qu’on opère au sein d’une entreprise, eux, sont le fruit de discussions, de négociations, et selon des statuts acceptés par tous. pas totalement démocratique, non. mais avec des règles admises qui doivent être respectées.

                  Désolé, un chef d’entreprise doit rendre compte : à son actionnaire, à son banquier, à son équipe, à ses clients... Il ne peut gouverner seul, même si c’est un actionnaire majoritaire : les lois (fruits de la démocratie) sont là pour le lui rappeler.

                  les choix éditoriaux ou de programmation ne relèvent pas directement de la gestion d’entreprise.

                  Peut-être que la 5e Couche est gérée comme cela, mais c’est irresponsable.

                  et non, je ne crois pas, vraiment pas, que le plébiscite puise être un critère esthétique.

                  Je ne le crois pas, ce n’est pas ce que je dis. J’ai toujours cru à la créativité de l’éditeur (que tant d’auteurs tentent de nier). Tu semble oublier qu’il y a des œuvres collectives (le cinéma est un très bon exemple).

                  Ce que je dis, c’est que ce ne sont pas les bigots des chapelles et les hâbleurs de salons qui sont les meilleurs juges. Goscinny a longtemps été méprisé à cause de son succès, y compris par ses pairs.

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                  • Répondu le 10 février 2011 à  20:47 :

                    Attention : parler d’« œuvre collective » au cinéma, c’est un terrain glissant.

                    Répondre à ce message

                    • Répondu par f*Parme le 11 février 2011 à  09:44 :

                      Par essence, une œuvre de cinéma est collective. À moins de tout faire soi-même : scénariste, réalisateur, directeur de la photographie, décorateur, acteur... Je n’ai pas le souvenir d’un film pareil. À moins peut-être un film de vacances en super 8 de tonton Jojo devant lequel tout le monde s’est ennuyé.
                      Les œuvres de la Nouvelle Vague sont des œuvres collectives, même s’il est écrit dessus "un film de".
                      Rien de glissant là-dedans si ce n’est un esprit français qui va puiser sa source chez Beaumarchais.
                      Le cinéma d’auteur est un art collectif ou l’auteur a le final-cut.
                      La BD d’auteur est un art solitaire ou l’auteur est complet, trop souvent un peu écrivain, trop souvent un peu dessinateur... Rarement virtuose et excellent dans tous les domaines.

                      Il y a des éditeurs et des producteurs créatifs qui contribuent vraiment à faire émerger l’œuvre d’un auteur, lui donner sa maturité. Ce sont des gens qui ne vous donnent pas d’ordres, mais des conseils, ils posent des questions qui vous obligent à vous en poser d’autres. Ensuite, à vous de trouver votre voie. Ils sont aussi rares que les artistes brillants et ils ne sont pas nécessairement dans les maisons qui produisent de la BD alternative. Ce qui ne veut pas dire que les éditeurs de BD alternatives sont tous des nuls, bien au contraire.

                      D’autre part, je veux bien croire que le foot soit un art puisque la BD est un sport d’endurance.

                      f*

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                      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 février 2011 à  09:51 :

                        Je pense que cet intervenant attirait l’attention sur la qualification juridique de ce vocable qui recouvre une signification spécifique.

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                        • Répondu par f*Parme le 11 février 2011 à  11:25 :

                          Oui ! Mais Beaumarchais y est pour beaucoup dans notre philosophie du droit d’auteur et des règles qui en découlent.

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                  • Répondu par xavier lowenthal le 11 février 2011 à  00:12 :

                    Désolé, un chef d’entreprise doit rendre compte : à son actionnaire, à son banquier, à son équipe, à ses clients... Il ne peut gouverner seul, même si c’est un actionnaire majoritaire : les lois (fruits de la démocratie) sont là pour le lui rappeler.

                    les choix éditoriaux ou de programmation ne relèvent pas directement de la gestion d’entreprise.
                    Peut-être que la 5e Couche est gérée comme cela, mais c’est irresponsable.

                    eh bien tu vois, à la 5e Couche, on a vraiment des responsabilités très limitées, et on le disait justement à Menu : nous, on n’aura jamais ces problèmes-là : on n’a jamais eu les moyens de payer personne... (bon, les auteurs un peu, si, et en retard ; et puis les imprimeurs). (et même pas nous, non.)

                    il n’empêche que les choix artistiques ne doivent pas être démocratiques, quand bien même il faut garder le navire à flot, payer les imprimeurs. d’actionnaires nous n’avons point, non plus que de prêteur (le cnl, un tout petit peu).

                    et les lois, nous devons bien les respecter.
                    si nous avions eu à faire face à un persepolis à 1 000 000 d’exemplaires, nous serions devant les mêmes difficultés, c’est probable. ceci pour nuancer tout cela.

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                    • Répondu par Cyrille JEAN le 11 février 2011 à  12:29 :

                      De toute façon il ne faut pas exagérer ! D’une part on est tous d’accord, je pense, pour admettre qu’une œuvre de bande-dessinée est personnelle (oublions un moment les difficultés de faire tenir dans la catégorie d’une unique subjectivité plusieurs acteurs -scénariste,dessinateur,encreur parfois ou encore coloriste - et aussi les œuvres sur commande encore que ...) et par conséquent elle résulte de motivation qui n’ont rien à voir avec quelque chose d’extérieur à cette personne ou à ce groupe et donc n’a rien à voir avec la démocratie. État et société civile sont deux choses distinctes, vous citiez Aristote, on peut citer Hegel.
                      D’autre part, l’argumentaire de M. Pasamonik à propos du marché est étrange, vraiment, et pourtant je ne suis pas crypto-marxiste ! Mais enfin depuis combien de temps la démocratie et la loi du marché c’est la même chose ? C’est un peu faire l’apologie rapide du libéralisme américain. La loi de l’offre et de la demande n’a rien à voir avec un quelconque système politique, et si un œuvre cartonne, elle peut être dite soit à succès soit populaire, mais en aucun cas démocratique ! De plus, être responsable de ses actes (c’est à dire devoir rendre des comptes) n’a, là non plus, aucun rapport avec la démocratie, un seigneur féodal était responsable envers son suzerain ; et pourtant c’était pas l’Athènes de Périclès. Les Conseils d’administration fonctionne peut être avec un principe de majorité, mais ce n’est pas du tout la même chose que la démocratie ! Majorité et démocratie ne sont pas la même chose, sinon il n’y aurait que les actionnaires du CAC 40 qui pourrait voter.
                      Par contre, à l’opposé, je suis d’accord avec M. Pasamonik contre l’idée qu’une œuvre de qualité doit se construire contre l’opinion publique, et que par conséquent, ceux qui font avancer le schmilblik. La figure du poète maudit à la vie dure, peut être parce qu’elle permet de rassurer les auteurs qui travaille sans rencontrer de succès (et je ne m’en réjouis pas du tout, hein, là n’est pas la question). Un brin d’histoire suffit à montrer que les neuf dixièmes des artistes des siècles passés que l’on considère comme marquants ont connu un succès critique, institutionnel ou commercial en leur temps ! Et si les impressionnistes ont beau dos, les romantiques était peut être maudis mais certainement pas sans succès !
                      Donc oui, une œuvre est subjective, et n’est le produit que d’une vision (qui peut être plus ou moins celle d’une équipe), elle n’a donc que faire de la démocratie. Non, loi du marché et démocratie n’ont rien à voir. Mais hélas, la disjonction nécessaire entre qualité/renouveau esthétique et oubli/négligence du public est douteux, même si c’est peut être plus vrai depuis le XIXème - du fait d’une consommation populaire et de masse de la culture. (encore que supposé qu’un bourgeois mécène et bienséant est plus de gout que le vulgus populus me parait douteux).

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                      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 février 2011 à  14:15 :

                        La loi de l’offre et de la demande n’a rien à voir avec un quelconque système politique, et si un œuvre cartonne, elle peut être dite soit à succès soit populaire, mais en aucun cas démocratique !

                        Je souscris à votre objection, Schumpeter a suffisamment souligné la contradiction entre la démocratie et le marché, et c’est l’argument qu’il utilise pour démonter Marx, ce "piètre économiste" estime-t-il.

                        Cela dit, le plébiscite d’une œuvre est réel et assimilable à une élection, à condition bien sûr qu’il ne soit pas fabriqué par un marketing de type "carpet bombing ou par une contrainte idéologique (cf Le petit livre rouge ou le bréviaire dans certains régimes religieux).

                        De plus, être responsable de ses actes (c’est à dire devoir rendre des comptes) n’a, là non plus, aucun rapport avec la démocratie, un seigneur féodal était responsable envers son suzerain ; et pourtant c’était pas l’Athènes de Périclès. Les Conseils d’administration fonctionne peut être avec un principe de majorité, mais ce n’est pas du tout la même chose que la démocratie ! Majorité et démocratie ne sont pas la même chose, sinon il n’y aurait que les actionnaires du CAC 40 qui pourrait voter.

                        Vous avez raison dans l’absolu. Mais pour qu’une démocratie fonctionne, il faut des citoyens responsables de leurs actes et je le redis, les lois sont là pour rappeler que le collectif prévaut sur l’individu dans le cadre de l’organisation démocratique.

                        la disjonction nécessaire entre qualité/renouveau esthétique et oubli/négligence du public est douteux, même si c’est peut être plus vrai depuis le XIXème - du fait d’une consommation populaire et de masse de la culture. (encore que supposé qu’un bourgeois mécène et bienséant est plus de gout que le vulgus populus me parait douteux).

                        Là aussi, les frontières bougent. Herr Seele parle quant à lui de "surréalisme de masse" considérant que le renouveau esthétique passe par un contrôle des moyens de communication les plus populaires. Il n’a pas comme les Socratiques une méfiance de la Doxa, il en joue, au contraire. Est-ce que cela passe par une révolte (ou une révolution) ? Peut-être. Doit-on changer le monde avant de changer la vie, la question posée par Sartre à la suite de Marx et Rimbaud reste d’actualité.

                        (C’est parfois bien les forums. Impossible de parler de cela dans un article).

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                    • Répondu par Sergio Salma le 11 février 2011 à  13:31 :

                      J’aime beaucoup vos opinions et la façon de les exprimer Monsieur Lowenthal. je perçois aussi d’ailleurs les malentendus que l’écrit suscite, c’est inévitable.
                      Pour ma part et suivant ma petite expérience , je noterais une différence notable dans le vocabulaire. Quand Didier Pasamonik parle d’édition je crois que vous lui opposez simplement une autre idée de l’édition. Vous vous excluez par votre mode de fonctionnement du système économique, vous l’acceptez et le proposez aux auteurs qui travaillent avec vous. Il ne s’agit pas d’une activité économique mais d’une volonté de publier des oeuvres qui sont essentielles sans entrer dans d’autres considérations. Je trouve quand même qu’il est un peu dommage que des auteurs doivent travailler( rien ne les y oblige bien sûr) pour rien ou presque afin que vous(éditeur) puissiez exister. Le monde de l’édition selon Pasamonik est autre (et je le rejoins sur ce point) , il s’agit de l’association ponctuelle à plus ou moins long terme d’auteurs et d’éditeurs qui ont envie que tout le monde puisse en vivre. ça change profondément la donne.

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                      • Répondu le 11 février 2011 à  14:14 :

                        Les éditeurs en vivent, les auteurs ...essayent, Mr Salma

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                        • Répondu par Sergio Salma le 11 février 2011 à  14:58 :

                          La discussion est en partie théorique. Vous opposez les gros éditeurs cher anonyme aux auteurs débutants encore une fois . Il y a des dizaines de structures éditoriales qui survivent aussi et des auteurs qui en vivent correctement. Ce qui arrive à l’Association est emblématique puisqu’elle est représente un peu plusieurs tendances, l’éditeur-auteur, l’éditeur alternatif, le succès populaire, des œuvres très pointues , des auteurs-stars , des auteurs débutants ... D’autant plus difficile à gérer dans les turbulences. Sans généraliser on n’imagine pas une structure quelle qu’elle soit et dans n’importe quelle branche vivre 20, 30, 50 ans sans vivre de grosses mutations.

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                          • Répondu par xavier lowenthal le 11 février 2011 à  17:08 :

                            merci de cette précision.
                            en effet, cher anonyme, nombreux sont les éditeurs qui n’en vivent pas.

                            seuls les grosses maisons sont capables de générer le cash-flow nécessaire à la rémunération de leurs éditeurs, directeurs, graphistes, attachés de presse, directeurs commerciaux, manutentionnaires, secrétaires, auteurs... c’est qu’il en faut beaucoup, beaucoup, du cash-flow, pour payer tout ça et les infrastructures.

                            les petits éditeurs en france payent quelques permanents grâce aux aides régionales (puisque monsieur sarkosy a d’un trait de plume supprimé les emplois-jeunes qu’ils employaient jadis). les ventes payent (en partie) la fabrication, la manutention et les droits d’auteur et c’est tout.

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                      • Répondu par xavier lowenthal le 11 février 2011 à  16:43 :

                        bien entendu, nous aimerions en vivre.
                        mais les concessions que cela exige, nous ne sommes pas du tout prêts à les faire. nous préférons faire le deuil d’un revenu d’ailleurs pas forcément légitime, puisque ce que nous offrons ne correspond à aucune espèce de demande.

                        c’est un deuil fait depuis longtemps.

                        on vit d’autres choses. d’autres choses toujours en rapport, mais indirectement, avec ces choix assumés.

                        plus haut je parlais de "mauvais journalisme". aujourd’hui, le "bon journalisme" est de plus en plus bénévole. cela n’a rien de réjouissant. c’est un fait. je ne crois pas que les collaborateurs d’actuabd soient rémunérés. ce n’est pas un souhait de ses éditeurs non plus.

                        pour en revenir à la "démocratie" (qui va bien mal dans mon pays, mais en france aussi ça pue, je crois. (dans mon triste pays, on pleure aujourd’hui à chaudes larmes une élue nationaliste, antisémite, révisionniste et raciste dont on salue le courage dans sa lutte contre le cancer et pour une flandre flamande)), une "oeuvre démocratique", c’est aussi une oeuvre qu’on met à la portée de tout le monde. pas en la vulgarisant (ce qui est une des nobles tâches de la critique) mais en la diffusant.

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                        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 11 février 2011 à  17:29 :

                          nous offrons ne correspond à aucune espèce de demande.

                          Bien sûr que si, vous vous foutez du monde quand vous dites cela.

                          plus haut je parlais de "mauvais journalisme". aujourd’hui, le "bon journalisme" est de plus en plus bénévole. cela n’a rien de réjouissant. c’est un fait. je ne crois pas que les collaborateurs d’actuabd soient rémunérés. ce n’est pas un souhait de ses éditeurs non plus.

                          Foutaises encore. La qualité du journalisme n’a rien à voir avec les moyens, c’est juste une question de volonté. L’internet est une façon très économique de faire de l’information. Comparez la situation d’aujourd’hui avec l’époque des fanzines. La culture BD est bien plus étendue qu’avant, et cela, c’est notamment grâce à l’Internet.

                          Les collaborateurs d’ActuaBD sont certes bénévoles, mais cela n’est pas gratuit.

                          une "oeuvre démocratique", c’est aussi une oeuvre qu’on met à la portée de tout le monde. pas en la vulgarisant (ce qui est une des nobles tâches de la critique) mais en la diffusant.

                          Bien sûr, vous faites-là un acte citoyen.

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                          • Répondu par xavier lowenthal le 11 février 2011 à  18:19 :

                            ah non, je ne me fous de personne. qu’il se trouve des gens pour aimer et rechercher le genre de choses que nous éditons, je l’espère bien ! mais nous ne sommes pas dans un processus de production avec une cible définie. pas du tout. on produit et diffuse quelque chose qui nous plaît et qu’on trouve fort ou important et on cherche la cible après. marketinguement parlant (si j’ose dire) c’est du délire.

                            bien sûr qu’actuabd, ce n’est pas gratuit. bien sûr qu’il n’y a pas a priori de lien entre le fait d’être rémunéré et la qualité du travail. mais c’est que la presse payante qui rémunère -mal- ses journalistes/pigistes est soumise, elle, a des contraintes et des pressions qui peuvent gâter ses contenus. donc, foutaises, non. j’ai passé une étape du raisonnement, c’est vrai.

                            tu peux rester au "tu", tu sais. ;-)

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                            • Répondu par Schtroumpf Grincheux le 11 février 2011 à  19:47 :

                              Et puis, le foot est véritablement et définitement un art.

                              Ah Ah Ah ! C’est une plaisanterie, hein, rassurez-moi, c’est une plaisanterie ? Vous n’êtes pas sérieux quand vous écrivez ça ?!?

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                            • Répondu par Cyrille JEAN le 12 février 2011 à  01:01 :

                              Il faudrait vraiment que vous fassiez un article sur l’économie de l’édition bd, ça travaille beaucoup les auteurs qui commentent dans d’autres articles avec hargne le rôle des éditeurs - les libraires en prennent aussi pour leur grade, ce qui doit être un peu triste pour eux je pense - et en sus, ça intéresse pas mal de lecteurs ... si je comprends bien, les éditeurs de 5C sont bénévoles (et ils ne sont pas les seuls) et en face on a l’hydre du type média participations admettons. Donc d’un côté les actionnaires qui exigent un simple retour sur investissement sans qu’il soit question d’esthétique, d’où les stratégies marketing qu’on pourrait qualifier de hard-core (M.pasamonik dit "Carpet bomb" si je me souviens bien l’étrange expression) du genre les déclinaisons d’un univers, le porno gras, ou les bd corporatives, encore que les blondes n’en soit pas vraiment une, de corporation). De l’autre, des passionnés qui font dans la diffusion "alternative", par conséquent autant dans les choix éditoriaux que dans le modèle économique non capitaliste.
                              1) Mais, M.Lowenthal, n’y a t’il pas des intermédiaires concevables ou existants entre ces deux modèles économiques ? Delcourt est une grosse maison je crois, mais elle n’est pas encore capitaliste (si on le prend dans un strict sens - peu orthodoxe j’en conviens - de présence d’actionnaires). Du coup, monsieur Delcourt ne fait-il pas les deux ? Il n’a pas d’impératif de rentabilité aussi puissant que Dupuis mais il doit nourrir tous ces employés (et lui même plus ou moins grassement, je ne sais). Il pourrait par exemple choisir une année de ne pas être bénéficiaire, et comme il n’a pas de bénéfice à fournir à des actionnaires, cela suffirait à faire tenir la boutiques. D’un autre côté, on a une maison comme Mosquito, aussi petite que la vôtre je pense (je ne sais pas vraiment, disons sur la même échelle environ) mais il n’y a pas de bénévole dans leur boîte, les éditeurs sont payés eux aussi, et en vivent. Ai-je raison dans ma description en disant que votre dichotomie était un peu trop elliptique ou non ? Peut-être y a t’il une différence drastique entre vous et d’autres petits éditeurs mais que je n’ai pas su saisir ?
                              2) L’autre question serait celle du seuil, qui revient un peu à ce que disait Sergio Salma. N’est ce pas la taille des maisons d’édition qui en font changer la donne ... je m’explique : suivant le même processus que presque toute la production de biens, les éditeurs de bandes dessinées, en grossissant deviennent de plus en plus juteux, et pour s’étendre encore doivent obtenir des liquidités, puis accueillir des actionnaires etc ... la différence entre les modèles économiques de toutes les maisons d’édition ne vient-elle pas de leur taille respective (grossièrement ; plus on est gros, plus on brasse de fric, et plus on veut des retours sur investissements.
                              3) Si on considère (je ne critique pas du tout hein, moi j’en sais rien, mais comme tout le monde hurle, les nerfs à fleur de peau, c’est pas très clair) comme vous semblez le faire (encore que pas tout à fait, puisque vous pensez, vous, si j’ai bien compris, qu’il n’y a simplement pas de rapport entre qualité et succès - "ça n’a simplement rien à voir"), que succès et qualité esthétique sont plus ou moins opposés, ne peut-on pas envisager une stratégie double, d’un côté une édition que vous jugeriez faible, mais qui marcherait bien - et de l’autre une édition exigente, selon vos propres convictions esthétiques et qui perdrait statistiquement de l’argent, ce qui permettrait de rentrer dans les clous, de nourir à peu près tout le monde, et d’éditer au moins en partie ce que vous souhaitez ? (je suis bien conscient que ça ne peut pas marcher dans le type actionnarial puisque il faudra toujours plus de bénéfices pour l’actionnaire, mais disons dans un genre de boite comme Delcourt) ? Je pose la question, parce que dans le monde de l’édition littéraire je l’ai explicitement entendu dire .... en gros, j’édite Marc Lévy ou la collection Harlequin pour pouvoir éditer Roubaud ou la nouvelle collection de Chinois ancien aux Belles Lettres (le cas est purement fictif, je précise).

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                              • Répondu par ishimou le 12 février 2011 à  21:34 :

                                L’asbl Smart à réalisée une étude économique en forme d’état des lieux de la profession en Belgique.

                                C’est ici,
                                http://infofr.smartbe.be/IMG/pdf/BD_illustration.pdf

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                                • Répondu par Cyrille JEAN le 13 février 2011 à  01:47 :

                                  merci beaucoup ...le rapport est vraiment intéressant, bien qu’indigeste, comme tout bon rapport. Je n’ai pas encore tout lu, mais compris pas mal de truc (notamment l’histoire du droit de prêt en bibliothèque qui est vraiment intéressant). Mais le monde de la bd est petit ...l’une des auteurs du rapport est aussi une journaliste d’actuabd !

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  • La tragédie de L’Association – Acte I
    12 février 2011 11:04, par Didier Pasamonik (L’Agence BD)

    Il faudrait vraiment que vous fassiez un article sur l’économie de l’édition bd, ça travaille beaucoup les auteurs qui commentent dans d’autres articles avec hargne le rôle des éditeurs - les libraires en prennent aussi pour leur grade, ce qui doit être un peu triste pour eux je pense - et en sus, ça intéresse pas mal de lecteurs ...

    Si vous voulez, je peux commencer m’y mettre, bien que cela se résume le plus souvent à un problème de taille critique, mais aussi d’intensité capitalistique, comme vous le supposez justement.

    si je comprends bien, les éditeurs de 5C sont bénévoles (et ils ne sont pas les seuls) et en face on a l’hydre du type média participations admettons. Donc d’un côté les actionnaires qui exigent un simple retour sur investissement sans qu’il soit question d’esthétique,

    Ce serait si simple. Mais non. Nous, chez ActuaBD, nous récusons cette façon de voir. D’abord parce que Soleil, Dargaud, Glénat ou Bamboo sont capables de publier des ouvrages aussi créatifs et fins que ceux des éditeurs indépendants, mais avec plus de moyens -ce qui revient à dire que les auteurs peuvent espérer gagner plus que chez un petit éditeur.

    La première raison de la migration des "bons’ auteurs de l’Association vers d’autres éditeurs n’est pas "idéologique" ou "artistique". Mais parce qu’ils ont, comme chacun, une famille à nourrir.

    L’autre raison est qu’un auteur commercial a bien le droit de faire une œuvre alternative, comme Giraud faisant du Moebius ou Franquin faisant Les Idées noires, mais que l’inverse est vrai aussi, comme Trondheim faisant du Donjon.
    L’auteur doit pouvoir faire ce qu’il veut sans qu’il soit enfermé dans une chapelle. Telle est notre opinion.

    D’un autre côté, on a une maison comme Mosquito, aussi petite que la vôtre je pense (je ne sais pas vraiment, disons sur la même échelle environ) mais il n’y a pas de bénévole dans leur boîte, les éditeurs sont payés eux aussi, et en vivent.

    Mosquito est une édition associative, comme L’Association.

    Si on considère (je ne critique pas du tout hein, moi j’en sais rien, mais comme tout le monde hurle, les nerfs à fleur de peau, c’est pas très clair) comme vous semblez le faire (encore que pas tout à fait, puisque vous pensez, vous, si j’ai bien compris, qu’il n’y a simplement pas de rapport entre qualité et succès - "ça n’a simplement rien à voir"),

    Oui, cela n’a rien à voir. Si on connaissait la recette du succès, ce serait si facile. Mais la plus grosse des campagnes de pub n’a jamais fait vendre un livre dont le public ne veut pas.On peut cependant freiner ou amplifier des tendances par une bonne pratique du métier.

    Donc un auteur qui ne vend pas n’a certainement pas à se poser de question sur son talent mais davantage sur son public afin de trouver la bonne équation qui lui permette de vivre sans avoir à se renier. Cette équation pouvant être l’autoédition, comme L’Association. Qu’un génie comme Goossens vende modestement comparé à Binet importe peu, du moment qu’il arrive à en vivre.

    Je pose la question, parce que dans le monde de l’édition littéraire je l’ai explicitement entendu dire .... en gros, j’édite Marc Lévy ou la collection Harlequin pour pouvoir éditer Roubaud ou la nouvelle collection de Chinois ancien aux Belles Lettres (le cas est purement fictif, je précise).

    Dans tous vos questionnements, vous oubliez un paramètre important : le statut de l’auteur.

    Il est malmené en ce moment, à cause de la mondialisation (concurrence des auteurs étrangers sur le marché domestique, concurrence des mangas, etc.), à cause de la multiplicité des acteurs présents sur le marché (250 éditeurs et, en raison des écoles de BD, hausse régulière des nouveaux auteurs de talent) qui ne se traduit pas par une rémunération en hausse, mutation des supports de diffusion (numérique, mais pas seulement :Il y a 30 ans, cela a été le déclin de la presse et la disparition des Petits Formats), nécessité aujourd’hui d’être multi-supports (arts plastiques, Internet, jeu vidéo, dessin animé...), inclusion de la vente d’originaux dans son modèle économique, etc.

    Tout ceci modifie son statut et justifie notamment la création d’un syndicat afin de codifier les pratiques et de préserver son intégrité économique.

    Il faudrait aussi que l’on parle des points de vente, malmenés eux-aussi et face à de grandes interrogations.

    Voilà pourquoi les gens hurlent.

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    • Répondu par xavier lowenthal le 12 février 2011 à  12:18 :

      je répondrai plus tard (je dois filer) mais je suis (en gros) d’accord avec didier sur ce coup-là.

      (juste, se tirailler entre des publications commerciales et d’autres artistiques, une petite structure ne le peut pas (et ne le veut pas non plus)).

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    • Répondu par ishimou le 12 février 2011 à  22:27 :

      Nous manquons totalement de protectionnisme, aux États-Unis par exemple, la BD européenne n’est pas venue saccager le marché des dessinateurs américains.
      En Europe, on déroule des tapis rouges, on rend des hommages et on fait des expos aux mangakas, "ces dessinateurs industriels" ( je cite Jodorowski).
      La réalité c’est qu’il est impossible ou quasiment impossible pour un européen de produire un manga destiné au Japon ou d’aller s’y installer pour y faire une carrière de mangaka.
      D’autres viennent sur notre marché, mais nous on ne peut aller sur le leur, comme disait Max Havelaar "ce n’est pas très équitable tout ça".
      Je souhaiterais m’adresser à Xavier Lowenthal, Le Patrick Sébastien de l’édition alternative, pour lui dire que j’apprécie beaucoup sa discussion et que son constat d’échec est sans appel. Il fallait beaucoup de courage pour admettre que vous êtes en moins bonne santé financière que bien des fanzines sans prétention.
      Cher Xavier, fort de cet aveu, soulagé en quelque sorte, il est peut-être temps de passer la main comme on dit, d’arrêter avec d’autres le grand saccage de la BD. Il faut vous le dire dans quel sabir ? Tout le monde n’est pas Blutch, ni Breccia,ni Pratt...
      Et si votre canular (forestjoke) c’était votre chant du cygne ? Vous partez en pleine gloire... Vous devenez éternel.

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      • Répondu par Cyrille JEAN le 13 février 2011 à  01:00 :

        Oulà, je ne cautionne pas du tout, miam, on dirait du poujadisme culturel, ou alors ça a un petit côté agrarien couleur sépia 1900 (genre si la bd franco-belge ne parvient pas à exporter c’est à cause des autres ... et pas des franco-belge :p (il faut voir aussi ce qui est traduit au japon : rien, sauf les quelques efforts qu’à fait Boilet !, et il dit lui même que Sfar a été bien accueilli))... Peut-on retourner au modèle économique qui s’offre dans la bd ? Outre les trois questions posées au dessus auxquelles M. Pasamonik a déjà partiellement répondu - il semble que l’élément principal pour expliquer les différentes formes économique de l’édition soit la taille de l’éditeur -, j’aimerai alors savoir quelle est la différence dans les petits éditeurs, entre ce qui est un éditeur dit associatif (mosquito et l’association) et un éditeur plus "normal" tel que semble l’être la 5C (encore que le bénévolat des éditeurs n’en fasse pas une norme non plus). Y a t’il encore d’autre modèle économique expérimentaux dans la bd ? Je pense qu’il y a un malaise chez les auteurs, et que les éditeurs communiquent mal sur leur travail. Or tout le monde sait que malaise + méconnaissance = énervement et donc propos approximatifs et beaucoup de bêtises dites - le post au dessus l’illustre suffisamment par exemple.

        Et messieurs, merci pour temps que vous daignez passez à répondre aux interventions.

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        • Répondu par ishimou le 13 février 2011 à  14:20 :

          Je vous félicite pour votre liberté d’expression, vous pouvez critiquer mon ironie, mais vous n’avez pas le droit de dire que ce que je dis est bête. On bavarde beaucoup, on extrapole au fil des commentaires, mais il faut parfois dire les choses telles qu’elles sont, au risque d’être assimilé à Poujade (dont vous ignorez tout à mon avis), ça fait partie d’un marronnier d’arguments pauvres, ils y en a d’autres, ça passera.
          Je ne suis pas sur que vous connaissiez très bien le domaine dont vous parlez, vous manquez d’expertise.
          Je pense que le média est abouti, qu’il faut le nourrir de bonnes histoires et de bons dessins, les audaces artistiques doivent se peser et se mesurer, la liberté sans contrainte amène à la facilité, pas d’art sans rigueur.
          J’échange tout bézian contre dix de vos artistes et tout Blutch et tout Prado et tout Tardi et tout Chaland et le superbe Maus, dans ma bibliothèque, rien qu’une élite, c’est vrai que tout ça, c’était avant, mais ce n’est pas de la faute des lecteurs si c’était mieux !
          Alors aujourd’hui je demande à ces auteurs indépendants qui ont bénéficié pendant des années, d’une publicité, du soutien de la presse et qui font preuve d’un certain courage ( je pense à Lowenthal par exemple) en faisant l’aveu d’un échec artistique et commercial, de céder la place.
          Que s’ouvrent d’autres pistes, plus créatives et moins idéologiques.

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          • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 février 2011 à  14:35 :

            > vous n’avez pas le droit de dire que ce que je dis est bête.

            Et pourquoi non ? Tout ce que vous dites n’est pas Évangile, loin de là !

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            • Répondu par ishimou le 13 février 2011 à  15:59 :

              Si je parlais comme l’évangile c’est sur que je dirais beaucoup de choses fausses... Mais bon, je vous ai compris.
              J’affirme ce qui est affirmable, j’essaye d’être un acteur et un observateur attentif, objectif, et j’assume un certain conservatisme à l’égard des arts graphiques en général, de l’illustration de la BD et du dessin de presse.
              Je suis toujours curieux de la nouveauté et même en recherche de celle-ci, grâce au net, je satisfais encore plus cette curiosité quasi maladive, ces dernières années, j’ai découvert une armée de talents, j’en cite juste un, exceptionnel, Carter Goodrich, pas de blog, pas de site hélas,vous pouvez voir son travail sur le net, il apparaît comme designer characters pour des superproductions,mais préférez son boulot d’illu, il faut un peu chercher. Je l’ai découvert en couverture du New-Yorker et grâce au formidable travail de découvreuse de Françoise Mouly.,Je rêve que nos journalistes et critiques BD suivent un jour cette voie. Question presse francophone je parle des journaux comme Libération, La Libre ou le Soir en Belgique, les dégâts sont considérables, le Libé spécial Angoulême était triste à pleurer, un Killofer à l’ordi, méconnaissable, un Schuiten banal et raide, un david B déjà vu et revu, enfin bref, ennuyeux à en crever. Dernièrement chez nous, La Libre invite quelques membres de l’équipe de l’employé du moi à part Bulu, un peu valable sur le plan de l’image grâce au vectoriel, tout le reste était à foutre au panier on ne parle même pas de la pertinence des propos et des idées sur l’actualité, car sorti de ses habitudes masturbatoires, le nombriliste n’a rien à dire d’intéressant, pour plus de deux personnes.
              Mais je vous le répète, monsieur Pasamonik, je vous ai compris.

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              • Répondu par xavier lowenthal le 14 février 2011 à  21:50 :

                m. ishimou, je ne vous connais pas, mais j’apprécie votre style péremptoire. killoffer et bulu. oui, bien sûr. j’applaudis. la libre des "employé" était très bien je trouve. et mouly, bien sûr. bon, rien de nouveau, certes.
                pour un conservateur, vous fouinez bien. vous êtes un peu aigri dans le style, c’est tout. mais c’est important, le style. négligé trop souvent.

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          • Répondu par xavier lowenthal le 13 février 2011 à  15:32 :

            je ne fais l’aveu d’aucun échec.

            on a toujours ramé financièrement, été sur la corde raide. dès lors qu’on est alternatif, c’est bien normal. ceci pour le volet financier. on survit, on est toujours là. on n’est pas à l’abris d’une faillite, mais qui l’est ?

            artistiquement, je ne vois pas où vous voyez un échec. au contraire, nous pouvons être fiers de tout ce que nous avons créé et diffusé. kupperman, lorenzi, manouach, musturi, levaux, etc., etc.

            quant à la relève, vous devez être un brin myope. il se passe des choses, plein de choses, dues à de plus jeunes que nous. george, clafoutis, employé du moi...

            et quant à la réinvention du média, pris dans ce tournant, cette tourmente, elle aura lieu, et sûrement, elle ne sera pas le fait de vieux quadras dans nos genres.

            par ailleurs, je ne vois pas pourquoi nous arrêterions de faire des livres puisque tel est notre bon plaisir. je ne crois pas que nous nuisions, ce faisant. j’ose croire même le contraire.

            à jean : nous ne sommes pas vraiment un éditeur "normal", mais purement associatif nous aussi.

            cependant, la grève est finie, à l’association.

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            • Répondu par Oncle Francois le 13 février 2011 à  20:37 :

              Monsieur Lowenthal, je crois me souvenir qu’un libraire m’a un jour offert votre catalogue (celui qui ressemble à celui d’IKEA ?). Quand on regarde de prés les livres, tout est effectivement superbe, d’un point de vue graphique (niveau étudiants de dernière année d’école d’art !). Mais reste malgré tout assez ennuyeux à lire.

              Il semble que vous ayez voulu utiliser le buzz pour vous faire de la pub, pourquoi pas ? L’artifice est honnète. Personnellement, vos livres ne me gènent pas, ils ont évidemment le droit d’exister, les achèteront ceux qui s’intéressent aux arts plastiques. Maintenant le jour où vous publierez une histoire palpitante, les acheteurs se précipiteront, c’est certain ! Le beau seul est parfois ennuyeux, froid et hermétique. Au service d’une vraie trame narrative, il devient fascinant.

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      • Répondu par Chawarma le 13 février 2011 à  13:22 :

        J’espère bien qu’un jour Angoulême filera le grand prix a un dessinateur industriel du genre Urasawa ou du même acabit...

        Evidemment, pauvre Jodo, quand il voit comment est goupillé un truc comme 20th Century Boys, ça doit lui filer des suées le malheureux...

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