La troublante épiphanie de Ludovic Debeurme

8 décembre 2017 0 commentaire
  • Par son étrangeté, son anticipation poétique aux accents écologiques, Epiphania marque cette fin d’année et s’inscrit naturellement dans la sélection d’Angoulême où Ludovic Debeurme est un habitué. Une bande dessinée de saison ?

« Épiphanie ». Ce substantif est associé au moment de Noël puisqu’il signifie littéralement « qui apparaît  » et est associé au moment où Jésus apparaît aux Rois mages sous la forme d’une étoile qui les mène jusqu’à Lui.

C’est aussi une étoile –ou plus exactement une ou plusieurs météorites- qui déclenche le tsunami qui emporte David et Jeanne, en stage dans un « Training Camp » pour essayer de renouer avec le désir d’un couple dissipé, notamment à cause des nombreux cauchemars de David, une sorte de Hipster perdu dans sa musique, qui imagine sa compagne en train d’enfanter un monstre...

La troublante épiphanie de Ludovic Debeurme

David perd Jeanne dans la catastrophe qui s’accompagne d’étranges apparitions : des enfants « poussent » littéralement dans les jardins… Ils ont l’apparence humaine mais certains détails les rattachent au monde animal : ce sont ce que les humains appelleront bientôt les « mixbodies ».

David va en adopter un, le considérer comme son fils et porter tout son amour à cet enfant qu’il élève dans le souvenir de sa compagne disparue. Mais certains éléments de la société ne tardent pas à rejeter ces êtres différents et cependant tellement semblables, devenus peu à peu des boucs émissaires.

Nomimé à Angoulême 2018

On voit bien tout ce que cette symbolique charrie d’éléments contemporains : la crise des migrants, le désastre écologique qui s’annonce, l’aliénation mentale des individus dans un système consumériste qui tourne à vide… Avec son imagerie naïve, ses couleurs étranges, sa narration tendue toute en finesse et ses sentiments à fleur de peau, Ludovic Debeurme une fois de plus nous interpelle.

Nous sommes dans une famille de récit où prospèrent de grands artistes comme Charles Burns ou Dan Clowes auxquels Ludovic Debeurme peut se comparer sans rougir. Le jeune talent distingué naguère par le Prix René Goscinny (2005) et habitué des prix d’Angoulême (il a eu le Prix Révélation en 2004 pour Ludologie et un Essentiel pour Lucille en 2007) en est à sa quatrième nomination au palmarès du festival angoumoisin. Ce nouvel album confirme qu’elle n’est pas usurpée.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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On peut retrouver Ludovic Debeurme et Fanny Michaelis en concert ce samedi à Paris au Centre FGO-Barbara avec une exposition de ses dessins. LE SITE DE L’ÉVÉNEMENT

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