Lastman : déjà plus de 800 pages d’aventure !

16 avril 2014 1 commentaire
  • Un an après le lancement de cette série aux allures de manga mais pourtant bien française, faisons le bilan des quatre premiers tomes de ce défi délirant.

"Lastman part sur les bases d’un shonen classique, nous a expliqué Bastien Vivès, Adrian est un petit garçon vivant avec sa maman, et il désire devenir le plus grand des combattants. Tout cela est rapidement désamorcé par l’arrivée de Richard : il se fout des traditions et ne joue que sur la force brute. Il veut mettre une bonne droite, prendre la coupe, baiser la princesse, et mettre les bouts !"

"La rencontre de ces deux univers très différents va entraîner beaucoup de péripéties, continue-t-il de nous introduire. Adrian croyait connaître sa mère, mais en réalité, elle lui a caché énormément de choses, et il va ainsi se découvrir une famille au-delà de son univers connu. Nous allons donc faire connaissance avec ce monde au travers des yeux de ce gamin."

Lastman : déjà plus de 800 pages d'aventure !
Les deux premiers tomes se déroulent majoritairement dans une ambiance d’Heroïc-Fantasy

Le combat comme un art, la séduction telle une arme

En effet, le premier tome se focalise sur le personne d’Adrian, 8 ans, qui désire participer au grand tournoi annuel parrainé par le roi. Mais il faut être deux pour s’inscrire, et Adrian s’allie à un grand gaillard, Richard, que personne n’a jamais vu en ville. Pleine de méfiance, Marianne, la mère d’Adrian, donne son accord du bout des lèvres. Le récit va se focaliser sur ce trio, (mère - fils - étranger), et les relations qui vont se créer entre eux.

"Notre volonté était de porter un regard décalé sur le milieu du shonen, continue Michaël Sanlaville. Ce recul d’entrée de jeu permet de privilégier la relation entre les personnes, qui va devenir le fil rouge au fur et à mesure des albums." "Nous complétons cela avec de l’humour, un côté sexy et de l’aventure", rajoute Vivès.

Le langage jeune et la surprise font partie intégrante de Lastman
Après s’être cantonnée dans le rôle d’une belle potiche au caractère marqué, Marianne prend le dessus dans un troisième tome ébouriffant.

Effectivement, si les deux associés improbables que sont ce gamin naïf et ce combattant lourdaud réussissent à se hisser au plus haut niveau de la compétition, Richard prend la fuite à la fin du tournoi, non sans embarquer des trésors qui ne lui appartiennent pas. Marianne et son fil Adrian doivent donc quitter la petite ville moyenâgeuse où ils vivaient heureux, franchir une étrange et redoutable frontière, pour retrouver derrière le désert une civilisation semblable à la nôtre, mais corrompue par l’argent et subjuguée par la violence.

L’univers d’Adrian bascule. Il a brusquement quitté son environnement habituel avec sa mère Marianne dont il pensait tout connaître. Il a découvert une femme métamorphosée, farouche, et maîtrisant une moto, un incroyable engin dont il ne soupçonnait pas l’existence. Mais plus déstabilisant, la douce Marianne sait se battre ! Et elle est d’une force peu commune ! Sans temps mort, ils progressent tous deux dans cet univers bien éloigné de leur douce vallée, et tentent de comprendre les motivations de Richard. Pour ce faire, ils doivent participer à un autre tournoi de lutte, mais celui-ci est télévisé, et tous les coups semblent permis.

En référence aux mangas, les premières pages de chaque tome sont en couleurs.

Alors que les premières pages du T1 étaient réalisées par Vivès seul, son dessin était encore dans la continuité de Polina et des Melons de la Colère qu’il avait réalisés précédemment. L’arrivée de Sanlaville (ils avaient déjà réalisé Hollywood Jan ensemble) a permis d’abattre plus de planches, mais surtout de faire naître un climat d’émulation.

"Lorsque tu mets deux dessinateurs sur le même projet, on se met à monter en puissance. J’ai vu cela en réalisant Pour l’Empire avec Merwan, mais c’est aussi la force qu’on tire de l’expérience de l’animation. Akira, tu ne peux pas le faire tout seul ! Mais il fallait une grosse structure pour soutenir ce type de projet (qui comprend toujours un risque), et l’investissement de Casterman nous a permis de mettre cela à jour, ce qui est une première en France. Pour moi, le travail de Didier Borg, notre éditeur, ne se limite pas à approuver les planches. C’est aussi le type qui va nous dire « Ne t’occupe pas de ce problème, je m’en charge ! » Pour moi, c’est très important de pouvoir se reposer sur lui."

Au sortir de la douce et heureuse vallée, Adrian & Marianne tombent sur des hordes de pillards sans scrupules. On passe de Dragon Ball à Ken le Survivant
Les réactions parfois explosives de certains personnages apportent beaucoup de punch au récit.

"Pour Lastman, même si nous nous revendiquons aussi des ateliers de l’école de Marcinelle (les différents auteurs qui travaillaient sur un album de Spirou & Fantasio), on entend beaucoup parler de manga à la française, insiste Michaël Sanlaville. Mais la nuance est importante. Effectivement, on travaille à trois dans notre atelier comme les mangakas. Mais au Japon, il a un maître, et des assistants qui réalisent les décors et les bords des cases, le tout dans un flux unidirectionnel. De notre côté, on travaille sur le même niveau, mais en ping-pong incessant. Nous n’avons aucun problème d’égo. On peut tout dire sur le travail des autres, car nous travaillons ensemble pour le bien du projet commun. Je n’avais jamais ressenti une telle confiance !"

Balak, Vivès & Sanlaville : le trio d’enfer, prêt à en découdre pour votre plaisir (et le leur) !
Photo : CL Detournay

Une série métamorphe

Une des réussites de Lastman tient dans la surprise constante qu’elle entretient. Si le cadre initial semble nous placer dans de l’Heroïc-Fantasy léger, l’aspect médiéval tombe dès le deuxième tome avec l’apparition de motos. Le troisième opus opère un renversement en nous plongeant dans un monde post-apocalyptique, version Mad Max assumé. Le quatrième album nous ramène dans un monde moderne, qui flirte entre contemporain et légèrement anticipatif, où certains codes sociaux sont poussés à l’extrême.

On pourrait croire que la série manque de fil conducteur et ne trouve pas son rythme en sautant d’une influence à l’autre : que du contraire ! Les trois personnages principaux installés solidement dès le premier tome continuent de diriger l’orchestre. On les suit, souvent interpellés par leurs rencontres, mais toujours dans un mélange d’action, de tension et de décontraction qui pousse à l’admiration. Puis, le combat semble le meilleur moyen d’expression : dans les trois « mondes » traversés respectivement, cet art intime le respect, rend la justice et apporte la renommée.

Dans la ville postapocalyptique qui accueille les fuyards dans le tome 3, la lutte semble le seul moyen de rendre la justice : un jugement de Dieu détourné

Cette glorification de l’affrontement n’est pourtant pas synonyme d’abrutissement : certes, Lastman rend hommage aux multiples séries et animés qui utilisèrent ce système de compétition comme fil rouge, mais la série franco-belge développe également un ensemble de thématiques au-delà du dépassement de soi : la confiance/amour entre les deux personnages adultes, la volonté de s’intégrer à une société ou d’être en rupture avec celle-ci, les conséquences de la renommée et du pouvoir, sans oublier la remise en question perpétuelle de la relation (connaît-on vraiment l’autre ?).

En plus de ces thématiques universelles, l’alternance d’univers va de pair avec la surprise constante qui est entretenue au fil des 800 pages actuelles : derrière une façade savamment construite dans les deux premiers tomes, chaque personnage évolue à son rythme en faisant preuve de nouvelles qualités, ou en dévoilant une part importante de son passé. Cela renforce l’aspect addictif de la série : non seulement on rit et on se passionne pour les aventures de ces personnages, mais chaque nouvelle séquence apporte son lot de nouveautés, autant dans la découverte du cadre que dans la personnalité des héros eux-mêmes. De quoi tenir en haleine le plus exigeant des lecteurs.

Femme et enfant n’ont jamais participé au tournoi de la FFFC
Ancienne et nouvelle conquêtes de Richard Aldana s’affrontent dans le tome 4 : le corps à corps peut s’engager !

Des gros seins, et un magazine qui les glorifie

« C’est bien beau votre thèse sur les thématiques sous-jacentes de Lastman », me direz-vous peut-être, « Mais j’ai feuilleté quelques albums, et j’y ai surtout découvert des combats avec des guerriers ultra-musclés et des femmes aux poitrines si opulentes qu’elle risque la paraplégie à chaque mouvement brusque ! »

Ah oui, les fans cérébraux du Goût du Chlore et de Polina ne retrouveront sans doute pas directement la sensibilité qu’il appréciait (mais qui est pourtant bien présente). Il ne faut oublier que Bastien Vivès désire avant tout se faire plaisir, comme il a pu le mettre en scène dans ses [guides-art13465] ou Les Melons de la Colère. Balak & Sanlaville sont également auteurs de bande dessinée mais aussi story-boarders et spécialiste de l’animation numérique et de l’audiovisuel. À trois, ils désirent s’amuser avec les univers qui les ont fait grandir, mais aussi passionner le lecteur. Il faut donc s’affranchir de ces préjugés pour entrer de plain-pied dans l’univers de Lastman.

Se préparant pour le combat de la FFFC, Marianne montre d’incroyables dispositions

Balak nous a livré quelques confidences concernant la réalisation de ce doux délire : "Nous travaillons tous les trois sur toutes les étapes, mais globalement, je travaille le scénario avec Bastien, puis je réalise le storyboard, que Bastien et Michaël dessine, le tout par tranche de vingt pages, comme un épisode de série télé. Grosso modo, Bastien et Michaël se partagent les pages entre eux deux, selon le type de dessin à réaliser. Bastien est préposé à la trame générale : la cohérence du récit et la direction qu’on doit maintenir. Alors, je développe les détails, certaines personnalités, et Bastien rebondit alors sur mes idées. C’est en mouvement perpétuel, ce qui s’avère être extrêmement stimulant."

Ce ton de décontraction est d’ailleurs bien assumé dans les pages-même des albums. Sans être omniprésent, un langage jeune et un ton incisif casse délicieusement la construction huilée du récit. Certes, l’habitude en bande dessinée est d’utiliser un langage plus posé que celui de la vie réelle, et c’est d’ailleurs majoritairement le cas dans Lastman, mais certaines expressions rappellent que les auteurs sont jeunes et ne se prennent pas au sérieux. Le lecteur en profite avec d’autant plus de décontraction. La série assume son aspect léger en proposant une série d’autocollants dans chaque album, destinés à customiser chaque exemplaire, ou à décorer n’importe quelle partie de votre habitation.

Si la ville du tome 4 semble plus pacifique que la précédente, le danger est toujours tapi derrière chaque coin sombre

"L’aspect des autocollants permet de s’approprier le livre, explique Balak, Mais rappelle également les albums Panini et les échanges de carte à l’école. Nous désirons nous amuser sur tous les éléments possibles : le livre bien entendu, mais également la promotion, le making of, les éléments complémentaires, etc. On veut trouver des idées originales et qui apportent de réelles valeurs ajoutées. La prépublication des chapitres de vingt pages sur Delitoon suit le même schéma : elle nous permet de travailler nos séquences avec des cliffhangers, ce qui construit le livre tout en faisant parler de la série. On fait ce qu’on a toujours voulu réaliser et à tous les niveaux."

On retrouve un concentré d’humour et une autodérision de bon ton dans les petits compléments de fin d’albums, en écho aux petits dossiers que les mangakas réalisent à la fin de leur propre production. En plus d’hommages réalisés par des auteurs invités, les Balak, Sanlaville & Vivès y dévoilent les coulisses de leur création en se mettant en scène dans un esprit loufoque.

Le magazine Sexy Sirène ne se prend pas au sérieux. Et cela fonctionne !

C’est en faisant preuve de la même dérision que ce gang d’auteurs a fait appel à des complices (Ohm, Tranktat, Bacci, etc.) pour les aider à réaliser un premier numéro de Sexy Sirène. Ce magazine sert de fil conducteur lors des troisième et quatrième tomes, en présentant un nouveau personnage important, la chanteuse pop Tomie Katana, en mettant en avant les combats de ce nouvel univers, et en réalisant une fausse-interview d’un autre personnage qui s’impose en leader dans ce quatrième tome, le président de FFFC (Fight Fist Funeral Cup).

On retrouve donc dans le premier numéro de ce magazine improbable une vision décalée de l’univers de Lastman : de vraies infos intéressantes sur l’univers de la série, noyées dans une ensemble de blagues potaches, de femmes dénudées mais toujours dignes, de fausses pubs, de faux courriers des lecteurs, de faux éditos et rédactionnels, mais avec une vraie bande dessinée mettant les propres auteurs en scène. Ce pur concentré de délire atteint son objectif : faire rire sans aucun complexe, tout en donnant de la matière à la série. On en vient à espérer un second numéro, mais prenons garde à ne pas abuser des bonnes choses !

Adrian semble posséder des qualités physiques et de récupération hors du commun. Quel autre secret cache-t-il ?

Et la suite ?

"Comme on travaille avec trois tomes d’avance par rapport à l’impression, explique Bastien Vivès, On peut donc revenir en arrière pour corriger un élément qui nous coince sur les pages qu’on réalise au moment même. Nous comptons réaliser un minimum de douze tomes, à savoir quatre années de travail. À peine le temps d’une coupe du monde !"

En définitive, Balak, Sanlaville & Vivès réalisent avec Lastman une excellente série tout public : ils assument leurs influences manga tout en redynamisant l’ensemble via des codes franco-belges. Cette série addictive joue sur la surprise sans cesse renouvelée, et profite de son rythme de parution très rapide pour fidéliser son lectorat. À consommer sans aucune modération, mais gare à l’envie d’exiger la suite sans attendre !

Quel passé cache Richard Aldana ?

(par Charles-Louis Detournay)

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Lastman, tomes 1, 2, 3 & 4 - Par Balak, Sanlaville & Vivès - KSTR

Lire notre article introductif de la série

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Bastien Vivès sur ActuaBD, ce sont des albums de bande dessinée :
- L’Amour
- La Guerre
- La Grande Odalisque (avec Ruppert et Mulot)
- La Famille
- Les Melons de la colère
- Pour l’empire
( avec Merwan Chabane & Sandra Desmazières)
- Amitié étroite
- Dans mes yeux
- La boucherie
- Polina
- Le goût du chlore
- Elles
dans un article consacré à la création du label KSTR

Et des interviews :
- « Je préfère les histoires que je raconte à la vraie vie » (mars 2012)
- "Grâce à la caméra subjective, j’ai pu me concentrer exclusivement sur la fille que je voulais dessiner" (mars 2009)
- « Je voulais expliquer comment on tombe amoureux » (août 2008)

Lire également l’interview de Didier Borg, éditeur de Lastman : "Il faut d’abord être juste dans l’histoire que l’on porte et dans la manière dont on la transporte en numérique ou sur papier."

 
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