Le Café des colonies - Par Quella-Guyot et Morice - Editions Petit à petit

5 janvier 2011 0 commentaire
  • Avec cet album, es éditions Petit à petit signent une belle adaptation d'une nouvelle de Maupassant. Une manière élégante et subtile de pointer les ravages d'un racisme très ordinaire.

Depuis quelques années, le monde de la BD s’investit activement dans des adaptations de littérature classique, de grands textes littéraires voire de films célèbres. Le succès de ce qui fait figure aujourd’hui de genre à part entière a donné le meilleur comme le pire ! Si la plupart des éditeurs disposent aujourd’hui d’une collection spécifique, l’honnêteté oblige à reconnaître qu’ils étaient peu nombreux au départ de cette aventure éditoriale... Parmi eux, les éditions Petit à Petit.

Cet éditeur propose une collection d’albums soignés reprenant des textes pas forcément connus mais toujours dignes d’intérêt.

Avec Le Café des colonies, c’est une approche originale du racisme quotidien et ordinaire qui nous est proposée à travers l’adaptation d’une nouvelle de Guy de Maupassant.

C’est l’impossible idylle entre une jeune femme noire et un homme issu du terroir normand qui nous sert de toile de fond à cette histoire. L’action se déroule dans la région du Havre où un jeune soldat tombe amoureux de la serveuse noire du Café des colonies. Désireux de s’épouser, les deux amoureux vont se trouver confrontés aux préjugés les plus rudes, les plus stupides de leur époque ("C’est quand même pas très rassurant, tous ces nègres" ; "c’est dommage qu’elle soit si noire !"...). Ceux-ci seront traduits par les proches des deux amants notamment les parents du jeune homme. Les propos, préjugés et idées reçues, en raison de l’ancienneté du texte de référence, sont ici exprimés sans vergogne, sans honte et contribuent à l’issue de cette histoire simple mais profondément réaliste.

Si le récit original est dû au célèbre écrivain du XIXe siècle, tout le talent de l’infatigable Didier Quella Guyot assure à cette histoire une belle fluidité et une lecture agréable. Le rédacteur du site l@bd n’en est pas à son coup d’essai. Auteur de nombreux scénarios originaux, il a déjà eu l’occasion d’approcher le genre notamment à travers d’autres adaptations aux éditions Proust.

Le jeune dessinateur Sébastien Morice s’acquitte fort bien de l’illustration de la nouvelle par une belle maîtrise des couleurs qui sert admirablement un graphisme fluide et élégant. L’ambiance de la ruralité de cette fin de XIXe siècle est reproduit avec une belle efficacité.

Un album dont l’actualité nous est hélas rappelée trop souvent à travers certains discours ou faits divers. A lire en complément de la Vénus noire d’Abdellatif et Pennelle parue récemment chez Emmanuel Proust.

(par Patrice Gentilhomme)

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