Le "Fire" d’Amazon et les comics : nouvel enjeu de la guerre du livre numérique aux États-Unis.

14 octobre 2011 18 commentaires
  • Si jusqu'à présent le développement de la BD numérique s'est fait en dehors des grands circuits de distribution faute d'un lecteur adapté, la sortie du "Fire", la nouvelle tablette couleurs et multimédia d'Amazon, de même que l'accord passé entre celle-ci et DC Comics mettent le feu aux poudres.

Car la BD est devenue le nouvel enjeu dans la guerre du livre numérique que se livrent les géants de la distribution et de l’édition aux États-Unis. L’éditeur de Superman apporte en effet 100 titres majeurs de son catalogue à la bibliothèque de ce nouveau support de lecture.

Boycott

À peine l’accord entre Amazon et DC Comics est-il annoncé que Barnes & Nobles, la première chaîne américaine de librairie vient d’annoncer qu’elle retirait de ses rayons la sélection de bandes dessinées que DC Comics offre en version numérique en exclusivité pendant quatre mois sur le Fire d’Amazon à compter du 15 novembre.

La sélection comprend des ouvrages en grande partie jamais offerts sous forme numérique dont Watchmen, Batman : Arkham City et d’autres titres vedettes du second éditeur de bandes dessinées en Amérique du nord.

Pour Barnes & Nobles, ne pas être en mesure de proposer à ses clients ces titres dans leur version numérique, serait briser la promesse qui leur est faite d’offrir un choix de tous les livres disponibles sur le marché, en tout temps et dans tous ses points de ventes incluant sa propre tablette, le Nook. En conséquence l’entreprise a procédé au retrait des titres en question tant que durera l’exclusivité.

Autre point de l’entente qui risque de faire des vagues : les titres de la sélection sont offerts à 9,99 $ quand la version papier se détaille, dans le cas de Watchmen, à 17,99 $, autrement dit une réduction de presque 50%.

Le "Fire" d'Amazon et les comics : nouvel enjeu de la guerre du livre numérique aux États-Unis.
100 Graphic Novels de DC Comics sont disponibles sur le "Fire" d’Amazon en exclusivité pendant quatre mois.
DR. (c) DC Comics

Stratégie et tactiques

Ce n’est pas la première fois qu’Amazon propose un livre numérique à 9,99 $. Lorsque l’entreprise lançait la première version du Kindle en novembre 2007 et développait le nouveau marché du livre numérique, elle avait imposé ce prix pour les nouveaux romans contre l’avis des grands éditeurs américains qui y voyaient une menace directe à la vente de leurs exemplaires en papier. Cette partie constitue encore aujourd’hui plus de 85% de son chiffre d’affaire.

En réponse à ces prix qu’ils jugeaient beaucoup trop bas, les grands éditeurs américains avaient mis en place le principe d’agence qui leur permettait de fixer eux-mêmes le prix au détail, le distributeur recevant un pourcentage des ventes (autour de 30%). Ce système s’appliqua à la plateforme iTune au moment de la sortie du iPad en janvier 2010. Sur cette nouvelle plateforme et sur l’application iBook d’Apple, les livres numériques n’étaient plus affichés à 9,99 $ mais plutôt entre 12,99$ et 14,99$, un tarif proche du prix de l’édition papier.

Toujours en janvier 2010, les éditeurs américains forcèrent Amazon à adopter ce nouveau système de rémunération. Le détaillant finit par capituler devant la menace, en cas de refus, de recevoir les titres plusieurs mois après leur lancement. À ce jour, seuls les six plus grands éditeurs américains utilisent le modèle d’agence, les autres continuant de vendre selon le principe du prix de gros (wholesale pricing model).

Jim Lee, dessinateur et éditeur de DC Comics présentant le "Fire" d’Amazon
Photo DR - DC Comics

À l’issue des quatre mois d’exclusivité, il est peu probable que DC Comics adopte à son tour le modèle d’agence d’autant que depuis le mois d’août, les recours collectifs se multiplient incriminant Apple et les grands éditeurs américains pour collusion et pratique anticoncurrentielle visant à maintenir le prix du livre numérique artificiellement élevé. Il est envisageable que l’éditeur entérine une différence de prix entre la version numérique et la version papier dans l’espoir d’aller y chercher un nouveau lectorat.

La Green Lantern donnera-t-elle du pouvoir à Amazon ?
(C) DC Comics

La tablette multimédia d’Amazon était attendue depuis la sortie du iPad d’Apple. Jusqu’à présent, le géant de Seattle s’était concentré sur la fabrication de lecteurs dont les principales fonctions étaient la lecture de texte en noir et blanc et l’approvisionnement en livres numériques via son site Internet.

Mais avec le iPad, l’iTune et le modèle d’agence, Apple a remis en cause l’hégémonie d’Amazon sur le livre numérique. Avec le Fire, Amazon n’affronte pas le iPad directement mais tente plutôt d’ouvrir un nouveau front sur ce marché très concurrentiel en offrant un produit de type tablette par ses fonctions (courrier électronique, navigation internet, lecture multimédia) mais au prix et au format d’un lecteur électronique (respectivement 199$ US et 7 pouces de hauteur). Si le iPad était devenu au fil des mois la tablette de référence pour les amateurs de bande dessinée numérique, le Fire risque de changer les choses grâce à son prix attractif d’abord, mais aussi et surtout par sa stratégie de distribution.

Amazon se positionne très clairement sur le marché de la bande dessinée numérique et veut comme par le passé imposer ses prix au reste du marché. DC Comics a accepté de jouer le jeu pour une période de quatre mois rompant avec le dogme du prix unique. Quelle sera sa politique à l’issue de cette période ? Que feront Marvel et les autres éditeurs de bande dessinée américains ? Laisseront-ils Amazon instaurer un prix plus bas pour la bande dessinée numérique ? Toutes les options sont ouvertes et le succès ou l’échec du comics numérique auprès du public joueront un rôle déterminant dans la suite des événements.

(par Mathias Kind)

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18 Messages :
  • Voilà longtemps que je n’avais pas lu sur ActuaBD un article manifestement aussi complet, aussi bien rédigé et aussi limpide. Compliments au rédacteur !

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  • Je ne comprends pas bien pourquoi la réduction de 50% sur le prix du la version numérique devrait "faire des vagues"...

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    • Répondu par Matthieu V le 14 octobre 2011 à  10:31 :

      Faites vous-meme la comparaison du prix d’un livre électronique et un livre en papier sur Amazon, vous serez etonné : c’est quasiment la meme chose ! Une réduction de 50% donne clairement avantage au format electronique. Exit donc le format papier... c’est clairement une grosse vague, voir meme un tsunami.

      Question idiote : quel est le type d’écran du Kindle Fire ? Je suppose que ca n’est pas le meme systeme que les autres Kindle qui fonctionnent a l’encre électronique (noir et blanc, reposant pour les yeux) ?

      Pour ma part, meme si le raz de marée va etre difficile a arreter et j’apprecie l’avantage énorme de ne plus avoir a faire de la place dans ma bibliotheque a chaque nouvel achat, je me méfie toujours de ces systemes qui ne donnent pas de copies en dur. D’un cote parceque ma bibliotheque sera stockée ailleurs, sur un serveur plus ou moins sécurisé sujet a panne, de l’autre parceque mon livre en dur ne consomme plus d’energie une fois imprimmé.

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      • Répondu par Gino le 14 octobre 2011 à  14:24 :

        "Faites vous-meme la comparaison du prix d’un livre électronique et un livre en papier sur Amazon, vous serez etonné : c’est quasiment la meme chose !"

        En France, oui. Aux US, ou de toute façon le prix unique n’existe pas, la version électronique est clairement moins chère. Et comment peut-il en être autrement ? Pas d’impression, de distribution etc...
        Evidemment que les livres électronique doivent être vendus au mininum 50 % moins cher que les versions papiers. Tout comme le poche est moins cher que le grand format. Ce qui n’aboutira pas forcément à ce "exit le format papier" auquel vous concluez et que beaucoup prédisent, par méconnaissance, sans doute. La radio a-t-elle disparu à l’arrivée du cinéma ? Le cinéma à l’arrivée de la télévision ?

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        • Répondu le 14 octobre 2011 à  22:43 :

          Le cinéma à l’arrivée de la télévision

          Dans la plupart des pays oui, le cinéma national a disparu avec l’arrivée de la télé, comme en Italie.

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          • Répondu le 15 octobre 2011 à  13:36 :

            Quel raccourci. Le cinéma Italien a disparu à l’aube des années 80. La télé était déjà là depuis un bail, non ?

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            • Répondu le 15 octobre 2011 à  16:44 :

              Le cinéma Italien a disparu à l’aube des années 80. La télé était déjà là depuis un bail, non ?

              Non, la télé est arrivée dans les foyers à partir de 1970 comme en France, le cinéma a disparu en 10 ans. En France les aides de l’avance sur recette, les taxes sur tous les films (américains en particulier) et les obligations des chaines télé ont fait la pérénité du cinéma français.

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              • Répondu par Sergio SALMA le 15 octobre 2011 à  19:01 :

                Très intéressant de constater qu’en parlant de l’apparition de liseuses on en vient à reparler de certains faits survenus dans ces domaines des loisirs et des arts de divertissement(s) ( oui je sais pas que divertissement ). Tout à fait marrant de voir la vision franco-française à propos du cinéma. Disparition du cinéma italien ?! Et allez donc ! Et de quel cinéma français parlez-vous ? Si ce sont les films faits avec les aides de l’état et celles des chaînes de télé, sachez que le cinéma est la dernière de leur préoccupation. Canal a pu un peu au début penser cinéma mais elle est vite revenue à fabriquer des programmes pour le petit écran( qui redevient de plus en plus grand d’ailleurs). j’ai vu dernièrement 3 ou 4 films italiens qui me font penser que ce cinéma existe encore bel et bien. Et s’il n’a plus la cote ou bien encore si le nombre des succès italiens qui nous parviennent sur le marché francophone est insignifiant ça ne veut pas dire qu’il ne se tourne pas de films en Italie. Qu’il ait changé de structure et de but, c’est un fait. mais Garrone, Sorrentino, Moretti et quelques autres font des films . Je sais pas pour 2010 mais il y a 2 ou 3 ans, la part des succès des films italiens en Italie était importante. On imagine toujours que si un cinéma n’est pas importé , il n’existe pas. Ce que nous nommons le cinéma français (et qu’on considère donc comme incontournable) n’est vu qu’en France, en Belgique francophone , en Suisse et au Québec. les exportations et traductions sont dans 90% des cas inexistantes et des énormes succès français n’existent pas ailleurs. Idem en Italie.Les films peuvent être prévendus et donc amortis grâce aux chaînes de télévision étrangères et non pas par l’exportation dans les cinémas du monde. Pour l’Italie, on a décidé que la génération des 30 glorieuses était la seule intéressante et on a fait mourir le cinéma italien avec Fellini tout ça parce qu’il existait des coproductions et un phénomène européen lié à la géopolitique. Il s’est tourné en Italie des camions de navets des années 50 aux années 80 mais on a décidé d’en retirer le nec. Oui les Scola, Risi , Comencini furent des grands auteurs mais ils cohabitaient avec des idioties sans nom. Un peu plus de subtilité dans le jugement permettrait de ne pas faire de rapprochements (abusifs d’ailleurs) avec ce qui se passe dans l’édition de la bande dessinée en 2011. L’économie mondiale est touchée, tout craque de partout à cause entre autres de spéculations honteuses et d’une gabegie infernale, et le petit milieu de la bande dessinée attribue à la percée technologique un effondrement de ses ventes ! Il y a une série de facteurs qui interviennent dans ce qui constitue la mutation perpétuelle d’un média. On assiste pour l’instant à la montée en puissance de ces liseuses ( gadgets séduisants) ; quand le"parc" sera complet on verra ce qui se passera et ce qui se sera passé. Personnellement je ne crois pas à un remplacement de l’un par l’autre. Si c’est arrivé en musique ou en cinéma il faut y voir à mon avis une concomitance technique, technologique . Je m’explique . Le livre a un aspect physique( je parle BD mais pas que) . On vient y chercher la substance mais aussi le contact physique, la beauté, osons , la sensualité( en tout cas le sensitif ). Le passage d’un aspect papier à un aspect écran est une perte. Bien sûr une image sur écran passe super bien. Eclatantes couleurs etc.... mais le plaisir de la lecture c’est la page elle-même. C’est l’oeil qui passe sur les cases, les séquences etc... Un gamin à mon avis trouve là lui aussi un plaisir physique. Même si une partie de ces nouvelles générations va pouvoir se passer de ça probablement. En musique, si le passage au numérique a été évident c’est parce que celle-ci est immatérielle depuis toujours. Nous avions donc des supports complètement idiots( cassettes, disques, CD...) . Même si elle a fait s’écrouler toute une économie, ne faut-il pas voir là l’évidence-même ? Au cinéma, depuis que le petit écran existe , celui-ci a été "l’ennemi" déclaré. Hors, à part quelques films incontournables sur grand écran, à quoi sert en définitive d’aller voir des milliers de films en salle puisque la substance n’est pas appropriée ? Un bon film , bien dialogué, bien joué, perso, j’ai pas besoin d’aller le voir sur une toile de 30 mètres carrés. Pour certains films d’accord, peut-êtrei. Ce que je veux dire c’est que la télévision dans un premier temps a servi de mesure. Et là aussi, constatation cruelle, il vaut mieux voir la plupart des films sur un écran de 100 cm que de payer un ticket pour des images démesurées. La grand-messe , la convivialité, ne m’en parlez pas. La VOD et les DVD ont fait donc un parcours tout à fait naturel. Ce sont les majors ou toute une industrie qui peuvent se plaindre mais en définitive, je trouve que l’on a maintenant une façon adéquate et les moyens de "consommer" le cinéma. L’écran d’ordinateur par sa puissance et avec le bon débit + le satellite etc...nous donne de magnifiques images . Le cinéma a donc dû s’adapter pour contrer cet appétit du public. Schizophrénie omniprésente parce que si on regarde qui fait quoi, Sony (c’est un exemple) a envahi les écrans, elle est pourtant productrice de films, elle a inventé le walkman, fabrique des télés, des ordinateurs . Je trouve tout aussi étonnant la formidable coïncidence qui rappelle d’ailleurs combien est courte la mémoire. Tout le monde s’effraie de voir qu’Amazon ou Google ont des velléités d’éditeur. C’est vrai ça inquiète. Pourtant pour reprendre 2 exemples célèbres, Dupuis et Casterman sont au départ des imprimeurs.

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                • Répondu le 15 octobre 2011 à  20:44 :

                  C’est quoi ce fétichisme par rapport à l’objet-livre ? En quoi le plaisir de lecture, de l’oeil sur la case, va-t-il changer avec le numérique ?
                  C’est le même rapport idiot que certains collectionneurs ont pour les albums cartonnés. Ils collectionnent des objets (surtout pas de coins pliés), pas des oeuvres.
                  Et en quoi les supports CD ou Vynils sont-ils plus idiots que des livres ? C’est un moyen de faire écouter au plus grand nombre des oeuvres avec les technologies dont on dispose. Le livre également, le e-book aussi.
                  Dans ces débats, je crois qu’on confond vraiment tout.
                  Et cette espèce de nostalgie auto-fabriquée pour le livre (qui, je le rappelle, n’est pas mort) m’inquiète. On dirait que les gens font une prédiction qu’ils vont finir par faire réaliser. Le livre va mourir, le livre va mourir, bouh.
                  Et qu’on ne vienne surtout pas parler de l’odeur du papier. Quand un dessinateur dessine une planche, il ne la prend pas en compte plus qu’un musicien ne prend en compte le support (Cd ou vinyle) sur lequel sa chanson sera gravée...

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                  • Répondu le 15 octobre 2011 à  22:50 :

                    Et qu’on ne vienne surtout pas parler de l’odeur du papier. Quand un dessinateur dessine une planche, il ne la prend pas en compte plus qu’un musicien ne prend en compte le support (Cd ou vinyle) sur lequel sa chanson sera gravée...

                    Détrompez-vous, quand on dessine on tient compte du support, de sa taille , du papier (glacé ou pas, granuleux ou lisse, ce qui donne une odeur différente, encres écolo ou pas , ce qui change l’odeur aussi), de la couleur suivant que le papier "boit" ou pas (en presse en particulier),si les pages passent dans un magazine d’abord etc...

                    Même les auteurs travaillant à l’ordi impriment leurs pages pour les lire et les donner à lire dans le support de destination.

                    Et les chanteurs tiennent compte des support également, JJ Goldman en studio enregistrait son morceau terminé sur une cassette qu’il allait écouter sur l’autoradio de sa voiture, sachant que la plupart des gens écoutaient la musique de cette façon.

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                • Répondu le 15 octobre 2011 à  21:40 :

                  Vous êtes totalement à côté de la plaque, on parle de cinéma national, pas d’exportation. Beaucoup de pays qui avaient un cinéma national (qui en France fait plus d’entrées que le cinéma importé) n’en ont plus ou très peu. Dans la plupart des pays du monde c’est le cinéma américain (calibré pour l’exportation) qui tient le haut de l’affiche.

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                  • Répondu par Sergio SALMA le 16 octobre 2011 à  00:21 :

                    Mais non, vous ne m’avez pas compris. Je lis plus haut "le cinéma italien a disparu"...et moi je vois en Italie depuis 10 ans et plus que les films qui font le plus d’entrées en Italie peuvent être italiens. Bien sûr noyés dans les blockbusters US. En Allemagne pareil . Le box office en Espagne c’est évidemment les succès US qui sont distribués dans le monde entier mais il y a des productions espagnoles qui rivalisent ( même si elles ne s’exportent pas). Y a pas que Almodovar. Idem en Grande -Bretagne où on pense qu’il n’y a que Loach et Leigh. Alors, je ne suis pas aveugle, le monde entier va voir les mêmes films. Mais là où je suis pas d’accord c’est quand on prétend que ce phénomène est nouveau. Puis surtout la France entretient avec le cinéma un rapport unique au monde. D’où une résistance culturelle forte. Dans la plupart des pays scandinaves ou anglo-saxons , on n’a pas de scrupules à consommer américain, en Angleterre par exemple, il n’y a pas ce complexe culturel ( la langue sans doute ). Et si vous pensez que dans les années 50 ou 60 le cinéma américain n’était pas déjà le plus important c’est que vous tenez absolument à une vision schématique. En Italie quand on parle des années 60 si florissantes et symboliquement très fortes, les plus grands succès de ces années-là étaient aussi américains. Même si le nombre de films produits était bien plus élevé et le nombre de spectateurs énorme, ça ne veut pas pour autant dire que le cinéma a périclité( le vrai cinéma) ; en revanche le nombre de films italiens exportés a bien chuté. Autre raison, il y avait un nombre impressionnant de films qui étaient des coproductions franco-italiennes. ça veut ( à mon avis) dire que le cinoche de quartier avec un public populaire et des films basiques et rigolos est passé du support cinéma au support tout simplement plus adéquat : la télévision. Les stars italiennes tentaient toutes un passage vers Hollywood. Pas le contraire. Vous pensez qu’on allait voir la terrasse de Scola dans les années 70 en Italie !? On allait voir la tour infernale et Jaws comme toute le monde. Et il ne s’agit pas de calibrage comme vous semblez le penser. Il s’agit d’un langage qu’ils ont créé et qu’ils maîtrisent. On se rend compte de la puissance des cinémas asiatiques que depuis qu’on les importe alors qu’ ils ont toujours été très présents localement. Un auteur coréen qu’on découvre en Europe a 100 films à son actif . En Allemagne , le phénomène est très différent encore. La part de marché des films locaux n’est pas très importante depuis les années 70 parce que le glissement vers la télévision s’est fait bien plus intelligemment que dans le reste du monde. la puissance du média télévision n’a pas effrayé les cinéastes. Fassbinder, Edgar Reitz ont filmé des chefs-d’oeuvre pour la télévision parce que le marché, le public et l’argent étaient là. Ils se sont justement permis de ne pas faire du sous cinéma US comme Besson pour citer la caricature ultime. Le marché allemand depuis longtemps ( toujours à cause de la langue) a pu se développer bien plus "richement" qu’en France. la marché allemand comprend la Suisse, l’Autriche , toutes les frontières ; ce marché s’est affranchi d’un certain cinéma US (qu’ils ont aussi consommé) parce que le public réceptif était 2 fois plus important que le marché francophone. La plupart des gens que je fréquente pensent que les Japonais se sont mis à la bande dessinée dans les années 80 ! C’est contre ce genre de stéréotypes que je voulais donner mon avis. Evidemment que la télévision où l’on consomme le cinéma ( la plupart des chefs-d’oeuvre du 7è art on les a vus à la télé) a joué un rôle dans la baisse de fréquentations. Mais alors comment expliquer qu’en France il y ait deux fois plus de tickets vendus en 2010 qu’en 1990 ? Pourtant ordinateurs et télévisions sont désormais dans tous les foyers. Et il me semble que la proportion des films français n’a pas beaucoup varié depuis les années 30. Il s’agit là d’équilibrage permanent. Et assez dérisoire dans le fond puisqu’il s’agit du même objet. Les films qui font le plus d’audience en télévision depuis 40 ans ce sont les films qui ont fait le plus d’entrées au cinéma.

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    • Répondu par Frencho-id le 14 octobre 2011 à  11:54 :

      Je ne comprends pas bien pourquoi la réduction de 50% sur le prix du la version numérique devrait "faire des vagues"...

      Les auteurs, eux, voient très bien.

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      • Répondu le 15 octobre 2011 à  13:35 :

        Ha bon ? Je n’en suis pas sûr. Certains peut-être. D’autres y voient un moyen de publication différent et intéressant... si les éditeurs jouent le jeu.

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    • Répondu le 15 octobre 2011 à  13:42 :

      Pour résumer tous les commentaires que je lis, donc, l’arrivée des lecteurs de e-books et de tablettes va entraîner la fin des livres papier et complètement les remplacer. Vous pensez réellement ça ? C’est inéluctable ?
      Et quand bien même ? Le mode de publication peut changer tant qu’il continue de se produire des oeuvres, non ?

      Personnellement, je n’y crois pas du tout. Mais je me demande tout de même ce que ceux qui prédisent l’apocalypse proposent : qu’on empêche la sortie des tablettes ? Que les éditeurs ne proposent rien dessus (au risque que des offres illégales se développent à vitesse grand V) ? Qu’on mette la tête sous le sable en attendant que ça passe ?

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      • Répondu par Matthieu V le 16 octobre 2011 à  22:23 :

        Il y a tout une série de commentaires suite au "exit le livre papier" que j’ai utilisé, trop extrême certainement. Cependant, mettez vous à la place de celui qui achète ce e-book : il est radicalement moins cher que la version papier, a un tel point que l’achat de la tablette devient très rapidement rentable. Que fait-il ? Il y aura une évolution inéductable. Le livre papier risque fort de devenir obsolète rapidement, de devenir un objet de luxe désuet au même titre que ces vieux livres sur papier velum... ça a déjà commencé avec pas mal de magazines.

        Pour répondre à Gino, qui a été le premier à réagir à mon message, je ne basais pas mon commentaire sur la différence de prix entre e-book et livre papier aux USA mais sur les franchises française, britannique et allemande d’Amazon que je fréquente pour des raisons familiales et professionnelles. Si la différence de prix entre e-book et support papier s’accentue, beaucoup de mes collègues et amis ont exprimé leur envie de passer au Kindle.

        Finalement, je voudrais rappeler ce malaise que j’ai envers un tel lecteur : il consomme continuellement, et le stockage de ma bibliothèque est sujet à un droit de regard voir une panne de serveur. A ce sujet, je voudrais vous rappeler ce qui s’est passé quand Amazon a propose "1984" de Georges Orwell en version pratiquement gratuite : beaucoup de gens ont acheté ce classique, Amazon s’est rendu compte qu’il y avait encore des droits d’auteurs a payer, Amazon a arrêté l’offre et a retiré ce livre des Kindles de ses clients (faites une recherche "Amazon 1984 recall" si vous voulez vérifier). Vous imaginez vous un libraire entrer par effraction chez vous et reprendre un livre qu’il n’avait pas le droit de vous vendre ?

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        • Répondu le 17 octobre 2011 à  09:28 :

          Là, je suis entièrement d’accord. Le système de vente avec DRM d’Amazon est débile. Mais si les éditeurs Français ne proposent rien en face de crédible et capable de répondre aux attentes, on n’aura pas le choix. L’analyse me paraît correcte, dans ce sens.

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  • L’exemple de Barnes & Nobles (800 librairies aux Etats-Unis) va être suivi par la chaine Books-A-Million (200 librairies aux Etats-Unis). Il sera intéressant de voir ce qu’il adviendra après les quatre mois de ce bras de fer. Les titres retirés des librairies sont bizarrement parmi les meilleurs de l’éditeur DC (grosses ventes et excellent accueil critique, sans parler des nombreuses nominations obtenues). Ces libraires veulent sans doute exprimer à DC leur mécontentement, mais ils oublient qu’en retirant ces titres prestigieux de leurs rayons, ils vont inciter les clients désireux de les lire à se les procurer sur amazon, en papier ou en numérique.

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