Le Ministère de la culture engage une réflexion sur la politique nationale en faveur de la bande dessinée

29 janvier 2018 5 commentaires
  • À l’occasion de son déplacement au festival d’Angoulême, le 25 janvier, Françoise Nyssen a déclaré confier à Pierre Lungheretti, directeur général de la Cité internationale de la Bande Dessinée et de l’image, une mission de réflexion sur la politique nationale en faveur de la bande dessinée.

Avec quel objectif ? « La refondation de la politique nationale en faveur de la bande dessinée. »

Effectivement, il y a urgence. D’un côté, on nous rappelle que la bande dessinée est « une pratique culturelle majeure » représentant 10% du chiffre d’affaires de l’adition, une activité qui a connu une hausse record en 2017, mais, de l’autre, de plus en plus d’auteurs se plaignent d’une paupérisation du métier.

« Alors qu’elle a connu un nouvel essor, les politiques publiques ont manqué d’une nouvelle ambition. La vitalité et l’importance de ce secteur justifient sa reconnaissance pleine et entière dans le cadre d’une politique publique d’ensemble…  » dit le communiqué de la ministre.

La mission porterait sur une réflexion sur les politiques en faveur de la bande dessinée ; la préservation du patrimoine de ce secteur et la régulation du marché de l’art ; l’exposition et la diffusion publique de la bande dessinée dans les territoires et à Paris ; son apport à l’éducation artistique et culturelle ; la formation des auteurs, les différents secteurs de l’image où ils peuvent s’insérer, l’accompagnement de leur carrière par les différentes aides publiques...

«  La mission, qui sera menée en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, vise donc à proposer des orientations stratégiques et concrètes sur ces axes, de nature à structurer l’action des acteurs publics à l’égard de la bande dessinée.  » La remise du rapport de cette mission est attendue pour le mois de septembre 2018.

Le Ministère de la culture engage une réflexion sur la politique nationale en faveur de la bande dessinée
Lors de la soirée d’ouverture, M. Jean-François Dauré, président du Grand-Angoulême, M. Jack Lang, président de l’Institut du Monde arabe, M. Xavier Bonnefont, le maire d’Angoulême et Pierre Lungheretti, Directeur Général de la Cinté de la bande dessinée et de l’image.

Quel statut pour les auteurs ?

Celui qui porterait cette mission est ni plus ni moins que Pierre Lungheretti, le DG du CNBDI, ancien directeur de cabinet de Frédéric Mitterand, ancien adjoint au directeur général de la création artistique puis directeur régional des affaires culturelles de Poitou-Charentes.

Les propos très généraux de la ministre ne précisent pas les enjeux concrets d’une telle mission. Sans doute attend-on de Pierre Lungheretti de trouver des solutions miracles sachant la difficulté de bon nombre d’auteurs dans la situation actuelle où le dynamisme du marché est drivé par une multiplication de titres qui en réduit la rentabilité et par conséquent la rémunération des auteurs.

Des gestes ont été faits, notamment par Vincent Monadé du Centre National du Livre (CNL) qui distribue des aides à la création et conditionne ses subsides aux festivals à une rémunération des auteurs qui participent aux conférences. Mais cela a eu pour effet à Angoulême de réduire le nombre des rencontres et cela ne rémunère toujours pas les heures passées par les auteurs à signer les ouvrages. Mais, parallèlement, les cotisations retraites et la CSG ont été augmentées, ce qui affecte les plus pauvres des créateurs. Pierre Lungheretti ne pourra pas éluder cette question.

Les auteurs, devant le théâtre d’Angoulême avant la remise des prix. Des revendications de plus en plus précises.

Quel futur pour la bande dessinée ?

Par ailleurs, des signes avant-coureurs montrent que les acteurs locaux d’Angoulême commencent à prendre conscience du rôle que peut jouer cette ville dans le paysage de la bande dessinée mondiale au XXIe siècle en fonction des enjeux (mondialisation, passage au numérique, développement exponentiel d’Amazon…) qui seront les siens.

Ainsi, le président du Grand Angoulême, M. Jean-François Dauré, souligna-t-il dans son discours au moment de l’ouverture officielle du FIBD mercredi dernier qu’« Au moment où la civilisation du papier est en déclin au profit de celle de l’écran, la bande dessinée fait figure de trait d’union entre l’imprimé et le digital.  »

Jean-François Dauré, président du Grand-Angoulême.

« C’est un art qui, par sa forme, peut pleinement profiter de la révolution numérique  » dit-il, mais il ajoute : « Des mutations et des défis sont à relever, évidemment, dont le plus prioritaire, est celui d’un statut pour les auteurs dont 36% vivent sous le seuil de pauvreté. Ces avancées sociales sont nécessaires pour permettre aux artistes de pouvoir continuer à travailler et à faire émerger de nouveaux modes narratifs, de nouvelles grammaires visuelles permettant à la bande dessinée de devenir un art populaire par excellence, qui se lira sur smartphone, dans les transports en commun, sur son canapé, en réunion, en tout lieu, à tout âge, à toute heure comme a pu l’être le Manga au Japon. Nous devons être les principaux acteurs de cette révolution. »

D’où une réflexion nécessaire sur les filières professionnelles, les formations, les financements publics et privés qui permettent d’offrir de bonnes conditions à l’éclosion de « nouvelles formes artistiques augmentées par le multimédia, tout en créant les conditions pour exporter massivement nos productions à l’étranger. »
Jamais, à notre connaissance, les ambitions politiques d’Angoulême n’avaient porté si loin.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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5 Messages :
  • « La mission, qui sera menée en concertation avec l’ensemble des acteurs concernés, vise donc à proposer des orientations stratégiques et concrètes sur ces axes, de nature à structurer l’action des acteurs publics à l’égard de la bande dessinée. »

    Quel magnifique charabia, on est sauvé avec ça !

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  • Des rapports il y en a des TAS ! Il y a eu celui au plus récent commandé par Fleur Pellerin, Azoulay peut-être pas sur, vu qu’elle n’a servit à rien pendant une année ... Rapport de plus inutile, qui va se retrouver comme de nombreux rapports dans tous les domaines régaliens de l’Etat ... dans un placard archive du ministère de la culture. Pourquoi un ministre de la culture irait prendre un risque ?!

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    • Répondu le 1er février à  09:58 :

      « Pourquoi un ministre de la culture irait prendre un risque ?! »
      Surtout si elle est également éditeur (et de BDs).

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  • Malentendu
    3 février 11:12, par Pradaldi

    Je crois qu’il y a un vrais malentendu, les auteurs de BD sont maintenus dans une précarité insupportable mais c’est le cas de tout les auteurs et illustrateurs dans toute les branches de l’édition.
    Par exemple en édition jeunesse les droits d’auteurs sont en moyenne la moitié de ceux en BD !
    En laissant penser que le problème ne concerne que la BD le ministère divise la profession et minimise l’étendue des dégâts.

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    • Répondu par Olivier le 5 février à  01:06 :

      Je ne suis que lecteur mais je suis d’accord : je ne comprends pas cette focalisation sur la BD...
      La fin de l’article laisse entendre la connexion avec le numérique et des potentialités d’exportation : on parle grosse industrie quoi !
      La réflexion globale doit être double : le secteur rentable doit d’abord payer ses auteurs et tous autres collaborateurs y compris salariés, ensuite seulement les actionnaires. Le secteur non rentable doit être soutenu.
      Le projet de l’Avenir en commun pour financer la protection sociale des auteurs (de tous les auteurs) est à retenir : prélever une taxe sur les ouvrages tombés dans le domaine public et la verser aux caisses de sécurité sociale. C’est une idée de Victor Hugo !

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