"Le Photographe" par Emmanuel Guibert, Didier Lefèvre et Frédéric Lemercier - Editions Dupuis

30 novembre 2003 0 commentaire
  • Nominé au Prix de la Critique, {Le Photographe} est une des publications les plus excitantes de ces derniers temps. D'abord parce qu'elle associe le talentueux dessinateur des {Olives noires} et de {La Fille du Professeur} avec Didier Lefèvre, un photographe ayant fait un reportage pour Médecins Sans Frontières en Afghanistan, en 1986, soit bien avant le 11 novembre. Il en résulte un fabuleux dialogue sur le regard qui fera date dans l'histoire de la BD francophone.

Depuis le 11 septembre, l’Afghanistan est au centre de nos préoccupations contemporaines. Avant, il n’était qu’un coin perdu du monde que se disputaient l’URSS et l’Amérique. Médecins Sans Frontières y envoya des équipes pour secourir une population civile victime des sourdes manoeuvres entre grandes puissances. On sait qu’elles firent le nid au fondamentalisme fanatique d’un Ben Laden. Quelques Français firent le chemin de Kaboul, parcourant les chemins escarpés des montagnes, sous les tirs croisés des Soviétiques et des troupes nationalistes afghanes, passant col après col, dans le glacis complexe de cette marche asiatique de l’Orient.

Le jeune photographe Didier Lefèvre vit pour la première fois cette aventure parmi les baroudeurs de MSF. Son point de vue est celui qui passe à travers la focale de son objectif, mais aussi celui d’un néophyte qui découvre un monde insoupçonnable, démuni jusqu’à l’inimaginable, vivant sous la protection d’Allah, un monde rude, dangereux et d’une incroyable beauté.

Le mariage entre la photographie et la BD est consommé depuis longue date. Du roman-photo aux expériences de Bazooka, l’influence de la photo sur la BD est incontestable. Mais ici, c’est différent. Ce sont les photos elles-mêmes qui intègrent le récit. La photographie est l’art de l’instant. La BD est l’art de la séquence. La photographie décrit, la BD raconte. L’esthétique photographique est une démarche avant tout graphique, la BD est une littérature. Mais ces deux arts se comprennent. Le dialogue entre l’auteur de BD et le photographe restitue le silence qui s’insinue entre les images. Car là est le miracle : chaque image volée au fil de l’aventure a une histoire. Passionnante, secrète. Une fois révélée par le récit, l’image devient enfin comme la couche d’un film photographique : sensible.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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