"Le Règne" de Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun s’expose au Centre Belge de la Bande Dessinée

4 novembre 2017 0 commentaire
  • La nouvelle série de Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun nous plonge dans un futur sombre où l'Homme a complètement disparu. Les nouveaux habitants de la Terre sont des animaux humanoïdes qui n'en mènent pas large, vu l'état de la planète que nous leur avons légué.

Cette excellente série dont nous vous recommandons chaudement la lecture, est l’objet d’une expo au CBBD qui se tient jusqu’au 20 novembre. À cette occasion, nous avons rencontré le scénariste Sylvain Runberg, qui nous parle de sa dernière création.

"Le Règne" de Sylvain Runberg et Olivier Boiscommun s'expose au Centre Belge de la Bande Dessinée
Le Règne T.1 : La Saison des démons
Sylvain Runberg & Olivier Boiscommun (c) Le Lombard

La première impression lorsqu’on lit votre nouvelle série, Le Règne, que vous menez avec le dessinateur Olivier Boiscommun, c’est que l’on pense au roman de Pierre Boulle, la Planète des Singes. Était-ce une influence ?

Sylvain Runberg : Oui, au sens ou au-delà du roman, le film avec Charlton Heston de la Planète des Singes est l’un des premiers films de science-fiction que j’ai vu. Je l’ai vu lorsque j’étais enfant et c’est quelque chose qui m’avait vraiment marqué. Au départ, je n’ai pas écrit Le Règne à cause de La Planète des Singes, mais c’est vrai qu’il y a une petite influence. Il y a d’ailleurs une scène dans le premier tome qui est clairement une référence à La Planète des Singes. On voit les personnages s’éloigner d’une cité en ruines, et on se rend compte que l’une des ruines représente les restes de la tour Eiffel. C’est évidemment un clin d’œil appuyé, un hommage à la dernière scène du film des années soixante.

Dans Le Règne, nous suivons une troupe d’animaux humanoïdes menée par une bande de mercenaires dont le chef est Isaac, un tigre blanc à l’allure distinguée. Comment avez-vous créé vos personnages ?

Au départ, j’avais dans l’idée de créer un monde peuplé d’animaux anthropomorphes. Nous sommes donc dans un futur très éloigné. C’est aussi un conte de science-fiction écologique, dans le sens où nous avons des animaux qui ont évolué et qui sont maintenant doués de parole, qui ont créé de nouvelles cultures et de nouvelles civilisations. Dans ce monde, on trouve encore des vestiges de notre civilisation mais en réalité, si une telle évolution des animaux actuels se produisait, ce serait sur des millions et des millions d’années et on ne retrouverait plus aucune trace de l’existence de la race humaine. Ce point-là est assumé en tant que conte de science-fiction écologique.

Lorsque j’ai commencé ma collaboration avec Olivier Boiscommun, j’avais déjà créé une galerie de personnages inspirés d’animaux réels, que je lui ai proposé. Mais il avait, bien sûr, son mot à dire. Par exemple pour le personnage d’Isaac, j’avais imaginé au départ un lion, mais lui a préféré en faire un tigre blanc. C’est vrai que le lion anthropomorphe est un personnage déjà vu, tandis que le tigre blanc est plus rare et apporte un peu d’originalité. Ensuite, il me demandait parfois de lui soumettre une liste d’animaux afin de nourrir son inspiration, et lui m’en proposait d’autres. C’était vraiment une collaboration en ce qui concerne l’aspect physique des personnages. De mon côté, je m’occupais surtout de développer l’aspect psychologique de leurs personnalités.

Le Règne T.2 : Le Maître du Shrine
Sylvain Runberg & Olivier Boiscommun (c) Le Lombard

Dans le Règne, on découvre un monde chamboulé par les catastrophes climatiques. De plus, l’intrigue du tome 2 se déroule presque essentiellement dans une centrale nucléaire. Vous avez présenté votre série comme un conte Sci-Fi écolo. Doit-on en conclure que ce monde est né suite aux dégâts que l’homme a infligé à la planète ?

Tout est lié effectivement. De manière globale, si les humains ont disparu, ils ont par contre laissé en héritage un dérèglement climatique permanent dont souffre tous ces peuples. La planète est ravagée par des ouragans permanents et des orages saisonniers très violents, qui obligent tous ces peuples à être des fugitifs. Ils recherchent en permanence un lieu, un abri qui les protègera de toutes ces catastrophes naturelles. C’est le quotidien, notamment, des trois personnages principaux que l’on voit évoluer dans Le Règne. Ils sont tous à la recherche du Shrine, qui est le seul endroit capable de résister à toutes catastrophes climatiques. Le petit clin d’œil ironique c’est que le Shrine est en fait une ancienne centrale nucléaire. Une tribu de religieux s’est emparé du Shrine et profite de cette situation pour rançonner tous les autres groupes qui voudraient entrer dans le Shrine, sachant que de toute façon il n’y a pas assez de place pour tout le monde. Cette situation est une manière pour moi de lier ce monde au notre, où nous sommes responsables des dégâts écologiques et dont nous ne mesurons pas encore bien toutes les conséquences pour l’avenir.

Quelques clichés de l’expo qui se tient actuellement au CBBD
Photo (c) Christian Missia Dio
Photo (c) Christian Missia Dio
Photo (c) Christian Missia Dio
Photo (c) Christian Missia Dio

Une chose frappante dans Le Règne c’est que la douceur du trait d’Olivier Boiscommun tranche avec la cruauté du monde dans lequel se déroule l’intrigue. Pourquoi l’avez-vous choisi pour illustrer cette série ?

Comme c’est ma première série animalière, je ne voulais pas m’aventurer tout seul dans ce genre d’histoires. Il y a une scène dans Le Livre de Sam, durant laquelle un personnage se transforme en loup-garou. J’avais trouvé ça très réussi et comme Olivier propose un dessin très doux mais avec beaucoup d’expressivité dans les personnages, je me suis dit qu’il serait le dessinateur parfait pour Le Règne. C’est vrai que ma proposition l’a surpris, mais il a fait des tests qui se sont révélés concluants. D’ailleurs cela se voit dans l’album, ses personnages sont très expressifs et cela accentue effectivement le côté âpre de l’univers et de ce qui s’y passe. Le trait doux d’Olivier permet aussi aux lecteurs de se confronter à cette dureté car un dessin trop réaliste aurait peut-être été trop violent. Le but quand-même est de permettre aux lecteurs de s’immerger dans l’univers que nous leur proposons et non de créer un mur.

La fin du tome 2 montre le groupe prendre la direction de l’Afrique. Pourquoi l’Afrique ? Vouliez-vous faire une sorte de retour aux sources aux origines de l’homme ?

Le choix de l’Afrique, c’est parce que c’est un continent dont on parle peu souvent dans les BD franco-belges. C’est pourtant un continent qui a tellement de ressources, tellement de richesses que j’avais envie de l’aborder dans ma BD comme étant un environnement qui susciterait l’espoir.

(par Christian MISSIA DIO)

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En médaillon : Sylvain Runberg
Photos : Christian Missia Dio

Expo “Le Règne. Tome 2 : Le Maître du Shrine”
Jusqu’au 20 novembre
CENTRE BELGE DE LA BANDE DESSINEE

20, rue des Sables
1000 Bruxelles
Belgique
Téléphone : +32 (0)2 219 19 80
Fax : +32 (0)2 219 23 76
E-mail : visit@cbbd.be
Permanence téléphonique du mardi au vendredi de 10h à 18h.

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