Le festival BDBOUM, c’est aussi des albums pour la jeunesse.

6 novembre 2017 0 commentaire
  • En parallèle à l'organisation du festival de Blois, BDBoum poursuit une activité éditoriale singulière en lien direct avec les préoccupations pédagogiques et citoyennes de l'association.

Parmi ces ouvrages résultent des stages qui témoignent toujours de vraies préoccupations sociales. Certains sont plus particulièrement destinés au jeune public. Arthur ou la vie de château coédité avec Des ronds dans l’O aborde le thème du handicap. Rencontre avec les auteurs de ce nouvel album.

Le festival BDBOUM, c'est aussi des albums pour la jeunesse.Bastien Griot, vous êtes le scénariste de ce nouvel album, pouvez-vous nous présenter cette nouvelle production ?

Arthur ou la vie de château s’inscrit dans une collection dont le premier volume, publié il y a cinq ans, Gaspard ou le phylactère magique proposait déjà une approche pédagogique de la bande dessinée, auquel j’avais participé avec Alain Dary, Mickaël Roux et Dawid.
Puis, un autre album est né avec une problématique sociale principalement consacrée à l’illettrisme, Papa ne sait pas (édité chez Glénat) financé par la Caisse d’Epargne. Le financement a été reconduit pour un nouvel album jeunesse, toujours avec un thème social. La Caisse d’Epargne a proposé de travailler autour du handicap. Fort d’un partenariat établi depuis de longue date entre bdBoum et le CDASE, (Centre d’accompagnement d’Aide et de Soins d’Education), hébergement médicalisé pour enfants handicapés, nous avons proposé une histoire avec une approche centrée sur le handicap. Bruno Genini (directeur de bdBoum) a sollicité Henoch qui travaillait alors au sein de l’atelier Mokett (groupe accueilli et hébergé par l’association dans les locaux de la Maison de la BD), moi-même j’étais volontaire pour ce projet.

Pourquoi avoir choisi de parler plus particulièrement de la trisomie ?

Comment vulgariser une problématique sociale auprès du jeune public ? C’est une volonté qui s’était déjà imposée avec Papa ne sait pas et qui s’est confirmée avec Arthur !
La trisomie est juste un moyen d’entrer dans le handicap, l’idée est d’évoquer le quotidien d’un enfant en situation de handicap qui revient dans sa famille après une semaine passée dans un Institut spécialisé, un I.M.E. L’objectif reste d’aborder le handicap d’une manière générale bien plus que de centrer sur la trisomie ou une déficience particulière… mais plutôt d’explorer le quotidien d’un enfant handicapé, montrer sa vie familiale, le retour dans un établissement comme un I.M.E., par exemple.

© Bastien Griot, Henoch Nsangata, éditions Des ronds dans l’O

L’imaginaire apparaît très vite comme une sorte de refuge pour Arthur. Est-ce souvent le cas pour ces enfants ?

Ce n’est pas particulièrement une de leurs caractéristiques. Au départ Arthur devait être autiste, c’est Jean Charles (Educateur dans l’Institut qui sert de cadre à l’histoire) qui a insisté sur cette infirmité, cela lui paraissait plus facile à traiter d’un point de vue graphique. De ce fait, le lecteur pourrait tout de suite reconnaître le handicap du personnage. Physiquement et graphiquement c’était plus percutant !

Arthur est un personnage fait de bric et de broc, il est fait d’enfant que j’ai pu croiser notamment au cours de mes ateliers en établissement ou de rencontres... Notamment l’un d’entre eux, qui adorait les comics, il faisait une véritable fixation sur Batman. Avec Henoch Nsangata, on a tout de suite pensé qu’il ne fallait pas passer à côté ! J’ai aussi rencontré un autiste Asperger, un fou furieux de Picsou qui dessinait de manière incroyable. Arthur finalement est né de tout cela, de tous ces jeunes avec qui j’ai passé beaucoup de temps en atelier. J’ai aussi également pu suivre un petit garçon dans la classe de ma fille. Il s’exprimait beaucoup par la force, pas par la violence mais par une puissance physique ! Un moyen pour lui d’exister. Au final Arthur c’est un peu puzzle de tout ça !

C’est tout de même un sujet difficile, y a t-il des choses que vous vous êtes interdit ou qui vous ont posé problème ?

De toute façon, l’orientation d’écriture devait véhiculer un message positif, comme dans les autres livres, comme Papa ne sait pas (Glénat) par exemple. On est sur une écriture jeunesse, dans une veine du style « oui ». Comment dire ? Ce handicap, ça ne l’empêche pas de vivre et il peut même devenir ton ami.
Il y a une scène où il se fait réprimander assez fermement par sa mère qui se met en colère assez violemment. L’éditrice s’interrogeait sur la manière de traiter ça. Mais justement, pour nous il ne fallait pas occulter ces difficultés. Ce n’est pas parce que c’est un enfant handicapé qu’il ne faut pas lui expliquer les choses ! A un moment donné, il faut bien le recadrer. On voulait aussi montrer le lien très fort qui existe entre le petit et le grand frère, un lien qui passe notamment par le dessin.

Et graphiquement, n’y avait-il pas un risque de forcer le trait ?

Henoch Nsangata : C’est un peu le piège ! Pour un album jeunesse, je devais rester simple et efficace. Pour moi l’important c’est d’accentuer les expressions, les moments clefs de l’histoire, mais aussi de bien caractériser chaque personnage. Jouer avec les visages, les expressions. Effectivement ce n’est pas du tout dans mon registre habituel. Après avoir rencontré ces enfants et avoir passé une journée avec eux, j’ai du réinterpréter tout ce que j’avais vu là là-bas mais.

Quel est votre parcours ?
J’ai d’abord fait une licence dans l’animation à Nantes où j’ai passé 3 ans, avant de revenir sur Blois où j’ai fait l’essentiel de ma scolarité, j’ai travaillé aussi sur Paris. A Nantes, certains profs m’avaient conseillé de passer d’abord par l’animation pour revenir à la BD ensuite.

Graphiquement, l’album fait référence à l’animation

Oui, c’est mon passage par l’atelier Mokett, hébergé par la maison de la BD, que je suis tombé sur ce projet. J’ai gardé un bon souvenir de ce travail avec l’Institut Médico Educatif. Comme beaucoup, je ne connaissais pas ce milieu, j’y ai découvert des personnages avec leur personnalité, leur caractère et c’est ce qui les rend attachants. Je me souviens en particulier, d’une petite fille qui ne parlait pas, elle n’était pas muette mais l’essentiel de son expression passait par le visage, les sourires. Un visage très expressif ! Il n’y a pas de profil type comme dans la société, dite normale ! Si on regarde Arthur ; c’est un enfant handicapé mais au final pas si différent que ça des autres. C’est ce que nous voulions montrer !

Le lien entre les personnages c’est d’abord, l’imaginaire, le dessin, la BD… une parabole avec le personnage de Batman...

Oui bien sûr, il y a un peu de moi dans cet album ! Même si je n’en ai pas eu immédiatement conscience ! C’est au cours de rencontres avec les lecteurs que je m’en suis vraiment aperçu. Dans certaines planches j’ai retranscrit certains dessins imaginés par le petit frère, une manière « d’entrer dans la tête » du petit frère.

Comment un album portant ce type de sujet est-il accueilli ?

Bien que décalé par rapport à mon style habituel, mes amis, mes lecteurs ont apprécié cet aspect de mon travail.
Avant Arthur, ma patte d’origine c’était plutôt un style manga, je voulais faire le lien entre un dessin jeunesse et un style manga avec le souci d’être accessible au plus grand nombre.
Le rapport avec le public jeunesse m’a vraiment intéressé, je ne m’attendais pas à ce type d’échange et d’accueil. Je trouve ça intéressant, ça permet de créer un lien avec ce que je fais dans les ateliers.

Et vous Bastien, avez-vous d’autres projets ?

Sur la clinique de la Chesnaie, une clinique psychiatrique en milieu ouvert, un projet plus destiné aux adultes, il y a aussi la réédition de Gaspard et le phylactère magique, peut être quelque chose autour du troisième âge...

Jean-Charles Enriquez, vous travaillez dans l’établissement, comment s’est établi la communication avec les personnels, les élèves ?
L’idée de départ date car il existe un partenariat avec bdBoum notamment pour la réalisation des expos qui est assurée par des élèves de cet établissement. C’est donc une population qu’on connaît bien, ce sont des jeunes qui ont un imaginaire riche. Après une immersion avec Henoch, ils ont pu repérer les différents moments institutionnels, pédagogiques ou conviviaux. Réaliser une BD sur le handicap et les jeunes de l’établissement est une vieille idée, Sébastien y avait fait pas mal d’interventions et donc connaissait déjà bien ce milieu.

Les profs sont inspirés de personnages réels, on devine bien les traits caractères de chacun ; physiquement, on ne les reconnaît pas forcément mais l’esprit, l’ambiance, le contexte sont fidèlement retranscrits et bien compris. Sans pour autant négliger les aspects relationnels, voire conflictuels. Les trisomiques par exemple, sont physiquement marqués,de ce fait, ils sont parfois perçus par les autres de manière un peu particulière d’où des relations souvent difficiles entre les jeunes. C’est l’un des aspect particulièrement bien pointés dans l’album.
La déficience est issu de différents facteurs, proportionnellement les cas de handicap marqués physiquement reste tout de même assez faible !

Comment cet album a-t-il été reçu sur place ?

Très positivement par l’ensemble du personnel, la qualité du récit contribue largement à une forme de reconnaissance. Le handicap est rarement évoqué sous l’angle de la déficience intellectuelle, on parle plus souvent de handicap physique ou de dys, en clair de handicap socialement plus facilement reconnu, en quelque sorte. C’est aussi une manière de parler de l’établissement, le château de la BD c’est celui de leur quotidien !

Et les élèves ?
On envisage une manifestation autour du livre ; plusieurs parents ont déjà vu l’album. C’est important pour les familles ; cette reconnaissance pourrait être un outil pour travailler autrement.

Depuis longtemps il y a une sensibilisation à la BD dans l’établissement, et puis le partenariat avec bdBoum a généré des expos, des échanges et un don d’albums. L’implication des jeunes dans le festival est très importante ; il est prévu des rencontres avec les auteurs. Il y a déjà eu quelque chose de ce genre notamment à partir d’un précédent album réalisé par Bernard Grandjean, une idylle entre deux handicapés mentaux travaillant dans un C.A.T. (Centre d’Aide par le Travail) Bernard était intervenu dans le cadre de sa résidence d’auteur, une initiative très appréciée par les familles

Signalons également la sortie de Gaspard et le phylactère magique d’Alain Dary , Mickaël Roux et Dawid, album réédité chez Mosquito qui décrit de manière attractive et ludique comment s’y prendre pour réaliser une BD. Une BD pédagogique destiné à faire connaître et populariser le medium auprès des plus jeunes, un des objectifs de l’équipe de bdBoum.

© Bastien Griot, Henoch Nsangata, éditions Des ronds dans l’O

(par Patrice Gentilhomme)

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