Le feuilleton intégral d’Hergé, déjà un classique !

3 janvier 2018 0 commentaire
  • Si vous n'avez pas l'occasion de vous rendre au Musée Hergé pour admirer la maquette authentique de la Licorne, ce nouveau tome du "Feuilleton intégral" vous permettra de découvrir bien des secrets concernant le contexte de sa création, l'une des périodes les plus sombres de l'auteur de Tintin.

Comme évoqué précédemment, l’ouvrage paru il y a quelques semaines (Tous les Secrets de la Licorne) revient en détails sur le diptyque Le Secret de la Licorne / Le Trésor de Rackham le Rouge, l’une des aventures les plus célèbres de Tintin. Les lecteurs qui souhaitent prolonger leur lecture peuvent encore admirer cette semaine la maquette authentique de la Licorne présentée au Musée Hergé. Et cette maquette a une histoire... Et quelle histoire !

En 1942, pour les besoins de son récit en cours d’exécution, Hergé s’inspire des plans d’un vaisseau de la Marine de guerre française du XVIIe siècle. Ces plans permettent à l’auteur de représenter avec plus de précision le vaisseau aux débuts du Secret de la Licorne.

Mais le récit progressant, Hergé se heurte rapidement à des difficultés de représentation. Au milieu de l’année 1942, l’auteur accède finalement à la demande de son ami Gérard Liger-Belair (un ancien compagnon connu chez les scouts) de réaliser une maquette en trois dimensions de ce bateau ancien. Trois mâts, cinquante canons, 55 centimètres de la poupe à la proue, des voiles de lin, le vaisseau du Chevalier François de Hadoque trône bientôt fièrement dans le bureau de l’auteur jusqu’en 1960, année durant laquelle Hergé offre cette magnifique maquette à son vétérinaire, en reconnaissance des bons soins prodigués à ses chats !..

Le feuilleton intégral d'Hergé, déjà un classique !

Vendue aux enchères des années plus tard, elle est acquise par un collectionneur belge qui la prête donc au Musée Hergé jusqu’au 7 janvier 2018. De quoi vous décider à faire un rapide crochet jusqu’à Louvain-La-Neuve et son Musée Tintin ? C’est un peu court mais vous voilà avec un objectif pour le week-end prochain !

Le Feuilleton intégral : retour dans le passé

Pour tous ceux qui n’auraient pas l’occasion d’effectuer le voyage, le dernier tome du Feuilleton intégral est une compensation idéale.

Pour rappel, ce Feuilleton intégral propose en douze tomes les versions originales des œuvres d’Hergé publiées dans les différents organes de presse : Le Petit Vingtième, Cœurs vaillants, Le Soir, Le Journal Tintin, etc. On retrouve les aventures de Tintin dans leurs premières versions, que l’on peut comparer avec les versions des albums publiées par la suite, pour Tintin mais aussi pour Quick et Flupke, Jo, Zette et Jocko), etc.

Les tomes ne sont pas publiés dans l’ordre chronologique. Ainsi, après le septième recueil qui couvre les années de 1937 à 1939, Casteman et Moulinsart proposent de se focaliser sur la période courant de 1940 à 1943, à savoir sous l’occupation allemande. Cette période sombre, au cours de laquelle Hergé a continué de publier les aventures de Tintin dans Le Soir volé, sous séquestre de l’occupant, imprime une atmosphère particulière à ce recueil.

17 octobre 1940, cette illustration dans le premier Supplément jeunesse du Soir volé annonce les nouvelles aventures de Tintin, qui n’aura d’ailleurs pas d’autre titre avant sa commercialisation en album.
Comme des dizaines de milliers d’autres jeunes Belges, Tintin semble heureux de rentrer au pays en dépit du trou dans sa chaussure. On remarque la borne kilométrique indiquant "Toulouse"...

Mais la particularité n’est pas que là : elle est liée au format des planches elles-mêmes, et aux modifications que la restriction de papier avait imposées à Hergé, comme nous l’avions expliqué en détail dans notre précédent article La véritable histoire de "Tintin et le Crabe aux pinces d’or", ainsi qu’à propos de l’ouvrage Tous les secrets de la Licorne. Ce recueil permet de bien comprendre cette évolution, partant des grandes pages du Crabe aux pinces d’or, dont la taille des publications se réduit comme peau de chagrin à partir de L’Étoile mystérieuse et pour le diptyque de la Licorne.

La publication de visuels des journaux de l’époque restitue adroitement ces aléas. On retrouve ainsi trois gags de Quick et Flupke qui évoquent le couvre-feu qui s’étend sur Bruxelles et les restrictions alimentaires imposées à la population. En plus de quelques illustrations et couvertures tirées de l’éphémère Soir Jeunesse, le lecteur appréciera la lecture du feuilleton des Dupont et Dupond détectives, un récit qui vient se placer dans la foulée du Trésor de Rackham le Rouge.

Les passionnés savoureront le plaisir de retrouver les trois postfaces d’érudits présentes dans ce volume, soit une centaine de pages de photographies, d’analyses et d’explications complémentaires. En effet, Jean-Marie Ebs, Philippe Mellot et Benoît Peeters permettent une nouvelle fois de contextualiser Hergé dans son époque, grâce à de superbes documents de première main : sources, repentirs, courriers professionnels, documentation, modifications sont autant de découvertes que de pistes de réflexion. Avec un intérêt particulier pour le dossier Hergé au jour le jour, qui détaille cette difficile période de l’occupation : passionnant !

Ce neuvième tome réunit des moments capitaux pour Tintin et Hergé : la fin des aventures exotiques du reporter à la houppe et le début des récits plus mystérieux et "campagnards", l’arrivée du Capitaine Haddock, la fin du Petit Vingtième, la création d’une grammaire graphique qui permet de conserver une lisibilité en dépit de la réduction de la place allouée dans le journal, la complexification des intrigues, l’occupation allemande, etc. Certainement l’un des plus intéressants volumes depuis le lancement de cette collection !

(par Charles-Louis Detournay)

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