Le grand retour de Catherine Meurisse

12 octobre 2016 0 commentaire
  • Distillées chaque semaine dans Charlie Hebdo, les « Scènes de la vie hormonale » de Catherine Meurisse viennent de paraître en volume chez Dargaud. 2016 consacre le grand retour de Catherine Meurisse, la parution de « La Légèreté » (Ed. Dargaud) constituant sans aucun doute l’un des livres les plus importants de 2016.
Le grand retour de Catherine Meurisse

Soyez toujours en retard ! Si Catherine Meurisse n’avait pas un peu perdu de temps un certain 7 janvier et était arrivée à l’heure le jour fatal où l’équipe de Charlie Hebdo a été massacrée, elle ne serait plus là pour nous faire sourire et réfléchir. Le traumatisme a été énorme. «  Je n’arrivais plus à dessiner, cela a duré des mois... » nous racontait-elle. Cela a donné La Légèreté, un album de mémoire et de résilience qui s’ouvre sur une citation de Nietzsche : « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité ».

L’album s’ouvrait sur une scène de la vie hormonale, déjà : on voyait l’auteure seule dans son lit, dépitée par ses échecs amoureux successifs, déprimée, constatant en voyant filer le bus 69 (ce qui la met en retard, donc) : « année pas érotique ».

Puis elle croise Luz en arrivant. Il est en retard lui aussi, une galette des rois dans la main. Elle apprend le massacre en cours. Le blast. Le lendemain, traumatisée, elle décrète : « J’arrête le dessin. » Cela mettra de longs mois, sur les traces des chefs-d’œuvre admirés par Stendhal en Italie, pour qu’elle puisse revenir à la création. Stendhal, ce chantre de la vérité littéraire, justement. Et la vérité est qu’il n’y a que l’art, comme le stipule Nietzsche, qui puisse efficacement s’opposer à la barbarie, l’art qui puisse réparer une mémoire endolorie. La légèreté contre la gravité, cette gravité qui nous colle au sol ici-bas, loin des pensées élevées. La légèreté contre le chagrin.

La Légèreté par Catherine Meurisse
© Dargaud

«  La Légèreté  » n’est pas seulement l’un des livres les plus importants de 2016, candidat évident aux Prix d’Angoulême, c’est surtout un livre pour nous consoler dans ce monde imbécile, meurtrier, barbare. Dans Thomas l’imposteur, Cocteau avait la même attitude face aux boucheries du front de l’Yser, Dada opposait à l’absurde de la guerre, un rire plus absurde encore. La légèreté, pourtant parfois considérée comme un défaut, permet d’affronter la morbidité… le cœur léger.

Le dessin de Catherine a cette qualité : il est souple, virevoltant, enjoué, jamais agressif. C’est une caricature empathique mais avec une justesse dans l’expression et une spontanéité qui ne se retrouvent guère que chez Claire Bretécher ou chez René Pétillon. Il y a pire comme références…

À ça…

L’autre grand livre de Catherine de cet année est le recueil des Scènes de la vie hormonale qu’elle dessine chaque semaine pour Charlie Hebdo. Même si elle adhérait normalement aux idées de l’équipe de sales gosses de Charlie, elle n’a jamais été dans le « coup de poing » que pouvaient décocher avec punch Wolinski, Charb, Coco ou Riss. Sa BD reprend justement ce constat fait depuis longtemps par Wolinski : elles ne pensent qu’à ça.

À ça ? Ben oui, au sexe, quoi. Avec des hauts et des bas, certes. Des déceptions et des chagrins d’amour car les hommes sont souvent cons, certes. Mais jamais avec aigreur, toujours avec humour. Car l’amour, comme le reste, doit s’envisager avec légèreté.

Scènes de la vie hormonale par Catherine Meurisse
© Dargaud

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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