Répondu par Didier Pasamonik le 23 janvier 2005 à 23:01 :
Cher Gilles,
D’abord, ton rapport n’est pas un bilan. C’est un décompte. Il constitue un travail considérable et utile, fait avec minutie et sérieux, là n’est pas la question. En revanche, il est dérangeant que la plupart des médias spécialisés en BD le relayent sans aucun esprit critique, considérant que les chiffres produits reflètent le « marché de la BD ». Loin de vouloir dénigrer ton travail, nous considérons que ce n’est pas le cas. Il restitue seulement le nombre des albums produits par catégorie et par éditeur. C’est déjà beaucoup. Mais ce n’est pas fiable si on veut une vision objective du marché.
GFK est une société d’étude de marché. Son enquête est payée tout au long de l’année par les professionnels du secteur qu’ils soient éditeurs, professionnels de la librairie ou institutionnels comme par exemple le Syndicat Nationale de l’Edition. En outre, Ce groupe, largement reconnu, se classe au 5ème rang mondial et au 4ème rang européen des instituts d’études marketing. Il a réalisé un chiffre d’affaires total de 595 millions d’euros en 2003. Il compte plus de 120 filiales et sociétés associées réparties sur plus de 50 pays. Son effectif total est de 5 200 employés, Alors oui, excuse-nous, nous les considérons comme fiables.
Ta réaction nous inquiète parce qu’elle signifie que, désormais, il n’est plus possible d’exercer AUCUNE critique sur ton travail. Il a en pourtant bien besoin, parfois, si l’on veut qu’il aboutisse à nous donner à tous une vision objective du métier. Notre critique ne tient pas à dénigrer qui que ce soit, et nos lecteurs ont pu apprécier par ailleurs que nous étions capables de monter au créneau pour te défendre quand tu étais injustement attaqué.
C’est comme cette lettre d’Henri Fillipini à BoDoï qui ne t’a pas fait plaisir. Je me suis donné la peine d’aller la lire. Henri n’est pas déplaisant à ton encontre. Il critique seulement le bulletin de victoire que constitue ton rapport, cette idée que la BD va bien, de mieux en mieux, pour signaler –et c’est son point de vue- que l’arbre du succès cache la forêt des auteurs qui ont du mal à nouer les deux bouts alors que les éditeurs s’empressent de publier des BD étrangères à moindre coût, par facilité et par attrait du profit. Moi, cette remarque, elle m’interpelle, elle me donne à réfléchir.
Le problème de ton attitude de refus de toute critique, Gilles, c’est que ce sujet sensible venant de la part d’un historien de la BD et un éditeur qui a joué un rôle important dans l’édition de la BD dans ce pays, ce thème qui devrait pourtant susciter un débat, soit considéré comme de la basse politique.
Nous lisons sur les forums : « ActuaBD fait de la polémique » parce que l’on relaye les réactions d’Etienne Robial (une déclaration à l’Agence France Presse, pourtant) à propos de Futuropolis. Ainsi donc, relayer l’information, émettre son opinion, défendre un point de vue critique, ne pas prendre pour argent comptant ce qu’on nous offre, c’est de la polémique ? Je t’en conjure, Gilles, ne te rabaisse pas au niveau de ces forums. Tu vaux mieux que cela.
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Répondu par Laurent Turpin le 24 janvier 2005 à 11:17 :
Cher Didier,
Je ne suis pas sur que les chiffres d’une officine "marketing", dont on ne connait pas le client concernant l’étude que tu cites (cela peut être un paramètre non négligeable)et qui travaillle sans doute par échantillonnage, puissent être considérés comme plus fiables que le travail d’une personne, reconnue comme experte dans le métier, qui, pour constituer son rapport, interroge l’ensemble des acteurs du secteurs et notamments les éditeurs, un par un !
D’ailleurs, parlons fiabilité, puisque tu reproches aux médias de ne pas effectuer un travail critique à l’égard du travail de Gilles Ratier (je crois surtout que tu leur reproches de ne pas abonder dans ton sens !) : comment expliquer (et personne ne l’a relevé, toi y compris) que cette étude GfK avance le nombre de 43.3 millions d’albums vendus en France en 2004 là où le Groupe BD du Syndicat National de l’Edition n’en annonce "que" 31.8 millions dans sa lettre annuelle. Le même groupe BD du SNE avance un taux de croissance de 6.7% pour le marché de la BD, à comparer aux plus de 13% de cette fameuse étude dont tout le monde parle mais que visiblement personne n’a lu ! Qui a raison ? Travaille-t-on sur des chiffres faux depuis des années ? L’étude GFK intègre-elle les retours ? Si non, celle ci nous donne un indicateur très intéressant. Si oui, comment expliquer une différence aussi importante ? Trop d’interrogations en suspens qui méritent d’être levées avant de pouvoir tirer, je pense, les leçons de la situation.
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Répondu par Didier Pasamonik le 26 janvier 2005 à 08:03 :
Cher Laurent,
Quittons un moment ce ton polémique pour aller à l’essentiel.
Je ne critique pas le travail de Gilles. Je le recadre. Il fait un état de la production, ce qui est des indicateurs du marché. On ne saurait en tirer une analyse tendancielle fiable. Je suis un peu gêné par une communication globale sur « le marché de la BD » basée sur ces seuls chiffres relayée par l’ACBD. C’est pourquoi, dans L’ANNEE DE LA BD (qui vient de sortir en kiosque, messieurs-dames), où Gilles Ratier s’exprime de façon mesurée, il était utile de contrebalancer son point de vue avec celui de Fabrice Piault, journaliste à Livres Hebdo qui a une bonne vision de la place de la BD dans le secteur du livre sur une période de plusieurs années.
Ancien éditeur, j’ai souvent été amené à manier les outils de marketing. Aussi, suis-je choqué quand tu parle d’ « officine » pour GFK. Les deux questions suivantes montrent que ton analyse n’est pas allé très loin.
D’abord parce que ce ne sont pas les chiffres du SNE que tu cites. Comment cela pourrait-il être vu que les éditeurs français viennent de recevoir seulement maintenant (dans une lettre datée du 14 janvier) le formulaire à remplir pour l’enquête sur le chiffre d’affaires de 2005.
Ces chiffres sont en fait communiqués par la cellule BD du SNE et sont le résultat d’une enquête… Ipsos, tiens une autre « officine ». Là aussi, on communique sans donner la source. Quant à l’étude GFK, elle n’est pas parvenue jusqu’à toi peut-être mais en ce qui me concerne, je l’ai obtenue directement de cet organisme.
Quand on connaît le fonctionnement de ces "officines" on sait qu’elles opèrent sur les ventes réelles, à la sortie des caisses. Ce sont donc bien des ventes nettes. Les retours n’entrent donc pas en ligne de compte. Mauvaise pioche, donc.
Alors cette question que tu me poses (pourquoi ne te l’es-tu pas posée plus tôt, en publiant l’article de Ratier sur BDZoom ?), mon article a donc du bon) : comment expliquer la différence entre les chiffres Ipsos et les chiffres GFK, deux sociétés qui font pourtant le même métier ? Bonne question. Actua BD y répondra d’ici quelques jours, car nous avons mené notre petite enquête…
Bien à toi,
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