Les Fils d’Octobre - de Nikolaï Maslov - Denoël Graphic

7 décembre 2005 0 commentaire
  • Avec Maslov, la BD a son Soljenitsyne. Il nous a fallu toute la ténacité du grand écrivain russe pour accéder à la réalité du Goulag. Il nous faut toute la volonté et, quelque part, la candeur de Nikolaï Maslov pour appréhender la réalité de la Russie post-soviétique d'aujourd'hui.

Avec Une Jeunesse soviétique, nous découvrions ce Russe bizarre qui, à l’aide d’un média qui n’existe pour ainsi dire pas dans son pays (la bande dessinée), a pu exprimer la grisaille et la pesanteur étouffante d’un régime accablant un jeune homme qui n’avait pas vocation à devenir un révolutionnaire, ni même un opposant. Dans Bandes Dessinées Magazine, il déclarait : « La situation de la Russie actuelle, je peux la décrire par quelques vers du poète Essénine [1] : ’Cela ne fait rien, nous avons butté contre une pierre, mais demain les plaies vont se cicatriser’. En regard de l’éternité, 70 ans de vie soviétique est un bref instant. Ėvidemment, si on la mesure à la brièveté d’une vie humaine, c’est une éternité. Comme disait un célèbre publiciste du 19ème siècle, « le lot de la Russie est d’attendre et d’espérer  ».

Nikolaï Maslov a entrepris de raconter cette époque qu’il a vécue avec le poids de l’Histoire sur les épaules. Citant Tchékov (« Quand un homme a mal, il crée et il pleure. C’est ça, la vie. »), Dostoïevski ou Bounine sans que jamais on ait l’impression que ce soit pédant, Maslov vous plante ses yeux dans le regard quand il vous parle. Il est capable, quand il ne vous comprend pas, de vous imposer un silence, long comme un jour sans pain, avant de reprendre la conversation sur un ton indifférent quand il a acquis la certitude que vous ne vous moquiez pas de lui.

Ce deuxième volume paraît alors qu’ Une Jeunesse soviétique est devenu un étonnant succès de librairie qui a connu quatre réimpressions. Maslov sort de sa veine autobiographique pour entrer dans de courts moments de la vie de ses contemporains. Dans ces huit nouvelles, le dessin en noir, gris et blanc est austère, mais d’une incroyable probité. Ses personnages sont des brutes au cœur tendre, pleins d’ambition mais sans espoir. Ils sont broyés par une machine inhumaine, mais toujours, ils font face avec dignité. Ils sont les maillons (in)signifiants d’une histoire en marche.

Les Fils d'Octobre - de Nikolaï Maslov - Denoël Graphic

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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[1NDLR : Sergueï Essénine, poète russe né en 1895, suicidé en 1925, surnommé le « poète-paysan ».

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