Les Médicis, de la boue au marbre

15 avril 2017 1 commentaire
  • Nouvelle série de Soleil dédiée à la Renaissance italienne, et en particulier à la famille de Médicis qui marqua Florence de son sceau. Machiavélique à souhait !

Cette nouvelle série prévue en cinq tomes n’est bien entendu pas la première incursion de la bande dessinée au sujet de Médicis et à Florence ! On pense assez logiquement à La Toile et la Dague (Dargaud) en 1986 dessiné par Edouard Aidans et scénarisé par Jean Dufaux (déjà !), mais également à Lorenzaccio (12bis), dessiné par Régis Penet en 2011. Sans oublier Le Prince, l’adaptation en manga du célèbre essai de Machiavel édité également par Soleil en 2012.

Faut-il y voir l’origine de cette nouvelle série ? C’est en tout cas l’éditeur Jean-Luc Istin qui souffla cette idée à l’oreille de l’un de ses plus talentueux scénaristes, Olivier Peru, à qui il doit entre autres Mjöllnir, Zombies, Nosferatu et qui participe également aux séries concepts Elfes, Androïdes, Maîtres Inquisiteurs, Oracle, etc.

Les Médicis, de la boue au marbre

Pourquoi s’intéresser aux Médicis et leur consacrer une série à part entière ? L’éditeur y répond sans ambages : « Banquiers, tyrans, humanistes, conspirateurs, visionnaires, artistes, guerriers, assassins, […] de génération en génération, [les Médicis] ont façonné la Renaissance, influencé le destin de l’Italie comme de l’Europe, sont devenus l’une des familles les plus riches du monde, ont côtoyé de grands rois, des artistes tels que Michel-Ange et Vinci, ont donné deux reines à la France et trois papes à la chrétienté… Leur maison a marqué l’Histoire, pourtant, les premiers Médicis n’étaient que de petits usuriers ! »

Cette série débute effectivement avec Cosme l’Ancien (1389-1464), considéré comme le fondateur de la dynastie des Médicis. Le jeune Cosme porte un nom de famille encore inconnu. D’origine roturière, fils d’un banquier de Florence, il ne voit dans l’argent qu’un moyen de s’élever au-dessus des nobles, de sortir sa cité et le reste du monde du Moyen-Age. Il nourrit les ambitions d’un roi. Mais en un temps où les grands de Florence, le Pape et les seigneurs d’Italie s’affrontent au moindre prétexte, lui qui n’a jamais brandi d’épée va devoir livrer des batailles nouvelles... Celles qui se gagnent par la patience et l’esprit.

Nous vous avons déjà partagé avec vous le talent de scénariste d’Olivier Peru : prolixe tout en rendant ses personnages attachants, offrant une mise en page comme seul certains dessinateurs savent l’exprimer. Cette nouvelle série ne fait pas exception à la règle, que du contraire ! Respectant la chronologie, Peru présente d’emblée la famille des Médicis, l’étonnant personnage que fut Cosme l’Ancien, et la ville de Florence qui s’apprête à vivre le Quatrocentto. Le décor est planté.

La première astuce du scénariste est de donner d’ailleurs la parole à la ville de Florence. Elle exprime elle-même ce qu’elle ressent : la tension provoquée par cet affrontement entre les Médicis et les Albizzi. Ces récitatifs subjectifs permettent de mieux comprendre l’implacable guerre secrète que se livrèrent les deux familles pendant des dizaines d’années.

La seconde réussite du scénariste est de transcender les écrits historiques pour romancer la vie des Médicis. Entrevue secrète que l’Histoire n’a pas rapportée, assassinat resté comme une mort naturelle, détail d’une vengeance qui aurait mal tourné : Olivier Peru fait feu de tout bois, tout en indiquant à son lecteur que ces faits ne sont pas nécessairement authentiques, mais plausibles. Bien que romanesque, le récit n’en devient que plus passionnant, Peru soulignant à maintes reprises l’humanité de ses personnages principaux, avec leurs défauts et leurs qualités respectives !

Enfin, comme l’explique le scénariste lui-même, son interprétation met surtout en avant le tournant historique que représente la Renaissance, et comment Cosme l’Ancien a intégré cette vision d’avenir dans ses projets politiques :

« Ce qui m’a fasciné chez les Médicis, [C’est] cette capacité de tirer leur époque vers l’avant !, explique Olivier Peru. À travers toutes les études lues, j’ai eu l’intime conviction que les Médicis avaient contribué à sortir l’Europe du Moyen-Âge. Cette aptitude qu’ils avaient à penser l’avenir d’une façon différente est fascinante. Le contexte d’une Italie divisée le leur permettait, mais penser que l’on pouvait rayonner et gouverner par l’art, l’argent, l’esprit, l’influence populaire, religieuse ou politique était […] très moderne à une époque où toutes les nations ne juraient la toute puissance de leurs rois, leurs empereurs ou leurs sultans.  »

Le deuxième tome sort déjà ce 19 avril

Si la longue expérience graphique d’Olivier Peru se fait sentir dans la mise en images de ce premier album, notamment lorsque l’ombre de Cosme Médicis s’étend sur toute une planche, il faut louer le travail du dessinateur Giovanni Lorusso, qui parvient à concilier à merveille le scénario dense et précis de ce premier tome et les détails nécessaires pour crédibiliser cette évocation historique. Avec huit cases en moyenne et une quinzaine de dialogues par planche, son trait évoque avec sûreté les émotions vécues par les protagonistes, comme les gracieux détails architecturaux et artistiques de Florence.

Cette passionnante série ne pouvait donc pas mieux débuter, avec ce personnage captivant qu’est le presque discret, mais néanmoins dangereux Cosme l’Ancien. Les amateurs de complots et de tensions historiques ne devront pas réfléchir à deux fois avant d’essayer ce premier tome, surtout que le second est annoncé dans les prochains jours !

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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A l’exception de la couverture du T2, tous les visuels sont © Éditions Soleil, 2017 – Peru, Lorusso, Jacquemoire

 
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1 Message :
  • Les Médicis, de la boue au marbre
    16 avril 18:39, par Sergio Salma

    Famille et thème passionnants. Mais " Cosme le fondateur ne veut que sortir du Moyen Age"...me semble être une formule maladroite . Ce découpage abstrait , qui ne met pas tout le monde d’accord quant aux faits et dates , ne viendra que bien plus tard. La Renaissance est bien plus obscure sur certains points que le Moyen Age qualifié à tort de période "pauvre".

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