Les coloristes de bande dessinée créent leur association

22 juillet 2009 23 commentaires
  • Souvent mal considérés, les coloristes sont en quelque sorte les parents pauvres de la création de bande dessinée. Ils ont décidé de se mobiliser et fondent une association pour faire valoir leurs droits et leurs préoccupations. Dans la droite ligne du mouvement de défense des auteurs qui s’est amorcé en 2000.

Face aux enjeux nouveaux du numérique, de la surproduction et aux autres spécificités découlant de la gestion de leurs droits (droits audiovisuels, droits étrangers, etc.), les auteurs de bandes dessinées se sont mobilisés pour défendre leur travail, voire leur patrimoine. En 2000, une Association des auteurs de bande dessinée (AdaBD) était née à Angoulême. Elle visait la recherche et le partage d’informations entre auteurs francophones de bande dessinée.

Quelques années plus tard, en 2007, le Syndicat National des Auteurs et des Compositeurs (SNAC) officialisait la présence en son sein d’un « Groupement des Auteurs de Bande Dessinée », plus communément appelé le « Syndicat BD ». Ses missions allaient bien au-delà de celles de l’AdaBD, jusqu’à servir de conciliateur en cas de litige entre ses auteurs adhérents et les éditeurs. Pour des raisons de discrétion, le Syndicat communique rarement sur les dossiers traités.

Or, voici que depuis février 2009, les coloristes ont également créé une association afin de créer une dynamique permettant la reconnaissance artistique de leur travail, ainsi que la création d’un réel statut professionnel.

Car si plusieurs acteurs travaillent sur la réalisation artistique d’une bande dessinée : le scénariste qui invente l’histoire, le dessinateur qui l’illustre, le coloriste parachève le plus souvent cette création par son travail.

Un manque de reconnaissance

Ces différentes pratiques peuvent être réalisées par la même personne. Mais souvent, sous la pression de la production, le dessinateur et/ou le scénariste ne souhaite pas se charger des couleurs, il fait alors appel à un professionnel. Or, le coloriste qui arrive en bout de course du processus créatif est encore souvent considéré comme « une petite main », un exécuteur assujettis aux ordres du dessinateur et de l’éditeur. Alors que l’on sait que certains coloristes apportent parfois à la narration une esthétique et un charme supplémentaire décisif.

Les coloristes souffrent surtout d’un manque de reconnaissance des éditeurs qui préfèrent ignorer leurs revendications. Quelques-uns d’entre eux, néanmoins, créditent aujourd’hui les coloristes sur les couvertures des albums. Mais ils ne sont qu’une minorité. La plupart des coloristes touchent une somme forfaitaire à la page pour la réalisation des couleurs de l’album. Si l’album devient un best seller, cela ne leur rapporte pas un euro de plus. Rare sont ceux qui, comme Christian Lerolle qui touche un droit d’auteur sur la vente des albums (de l’ordre de 0,5 à 1,5% du prix public hors taxes), touchent un droit proportionnel sur leurs réalisations.

En septembre 2005, ce coloriste expliquait à notre collaborateur Laurent Boileau : « Ce qui me dérange, c’est le fait que les contrats parlent de "rétrocession". Pour que j’aie 1%, scénariste et dessinateur acceptent de me céder chacun 0,5% de leurs droits d’auteurs. Ce qui place le coloriste dans une position de "mendicité". Ce n’est ni agréable, ni valorisant, ni épanouissant. ».

L’Association des Coloristes de BD (AdcBD) souhaite changer les choses. Dans un communiqué, elle dresse ses principaux objectifs. Le premier d’entre eux est de « Penser et expliquer ce qui fait la spécificité du métier. [Cela] nous permettra de démontrer, autant que faire se peut, l’apport du coloriste dans l’élaboration de l’œuvre. La collaboration entre dessinateur et scénariste [doit] se faire sans qu’aucun soupçon de subordination ne soit présent. Alors que, trop souvent encore, la collaboration d’un coloriste et d’un auteur s’envisage comme une collaboration ‘forcée’ où le coloriste serait la petite main de ‘l’auteur de l’œuvre’. »

L’AdcBD se demande pourquoi le coloriste n’est-il pas considéré comme « co-auteur » de l’œuvre ou simplement « l’auteur de ses couleurs ». Reconnaissant que les esprits s’enflamment lorsqu’on aborde ce sujet, l’AdcBD veut, dans un premier temps, porter ses efforts sur une revendication de la généralisation du droit d’auteur en tant que concepteur des couleurs.

L’Association des Coloristes de BD a mis en place un forum pour ses adhérents. Ceux-ci pourront y discuter des problématiques liées à leur métier, que cela soit au niveau artistique, éditorial ou même fiscal.

Cette association saura-t-elle instituer un dialogue entre les éditeurs et les auteurs et se faire respecter ? En ces temps difficiles où les éditeurs rognent sur leurs marges bénéficiaires pour conserver leurs parts de marché, ce n’est pas évident. Par ailleurs, les auteurs sont-ils disposés à diminuer leurs rentrées financières, pour en rétrocéder une partie au coloriste ? Le problème est complexe.

(par Nicolas Anspach)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lien vers le forum de l’AdcBD

Le bureau de cette association est composé de Delphine Rieu (présidente), Isabelle Merlet (trésorière) et enfin Angélique Césano (secrétaire)

 
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23 Messages :
  • Les coloristes de bande dessinée créent leur association
    22 juillet 2009 09:44, par Sébastien

    Je savais que les coloristes n’étaient que rarement reconnus en BD, mais je pensais quand même qu’on leur accordait un peu plus de considérations dans le milieu. C’est choquant d’apprendre que pour obtenir des droits d’auteurs sur un livre, ce sont en fait les dessinateurs et scénaristes qui doivent donner aux coloristes une partie de leurs propres droits d’auteurs !! Quand il y a trois auteurs sur un livre, le coloriste étant un auteur à part entière selon moi, il est normal que les trois auteurs soit à égalité dans le mode de rétribution. Qu’il y ait des différences dans le montant de la rétribution, suivant l’implication et le durée de travail sur l’oeuvre, c’est une chose qui peut se comprendre, mais que l’un des auteurs doive faire figure de mandiant, comme il est dit dans l’article, pour toucher sa part, c’est scandaleux. Je pense qu’encore une fois, le problème vient majoritairement des éditeurs, qui ne pensent qu’à s’en mettre plein les poches sur le dos des auteurs. Méfiez-vous messieurs, le jours arrive où on pourra peut-être se passer de vous...

    Bravo pour la création de cette association, j’espère qu’elle saura faire bouger positivement les choses.

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    • Répondu par Moynot le 22 juillet 2009 à  11:54 :

      Évitons de faire trop de raccourcis abusifs sur ce sujet complexe. L’un des aspect qui fait la spécificité du travail du coloriste est qu’il est possible, dans certains cas, qu’une édition, type poche ou intégrale, se fasse en noir et blanc (avec l’accord des auteurs). Il est donc indispensable que le ou la coloriste ait un contrat séparé. Que sa rémunération ne soit pas liée à celle de l’auteur des textes et/ou des dessins. Les choses en seraient clarifiées, et cela bénéficierait à tous, auteurs et coloristes.

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      • Répondu par loic le 22 juillet 2009 à  13:10 :

        Je suis parfaitement d’accord avec toi, Emmanuel.

        Je pense que le coloriste doit bénéficier d’un contrat indépendant du contrat du scénaristes et du dessinateur. (C’est d’ailleurs généralement le cas.)

        En qualité de scénariste, je n’attends pas qu’il participe à l’écriture de l’histoire. Si c’était le cas, il n’aurait pas uniquement le statut de coloriste mais également celui de co-scénariste et il n’y aura pas de problème sur sa reconnaissance et sur sa place sur le contrat initial.

        Par son travail, le coloriste participe à la fluidité et à la clarté de la lecture. C’est parfois une personne qui recolle les morceaux... il faut bien le reconnaître.

        Je suis heureux de voir que les coloristes se mobilisent pour faire valoir un véritable statut.

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  • Brillant explication de la situation mais... je suis surpris de lire la fin de votre article.

    vous écrivez : "Par ailleurs, les auteurs sont-ils disposés à diminuer leurs rentrées financières, pour en rétrocéder une partie au coloriste ?"

    la question ne serait elle pas plus juste comme ça
    " Les éditeurs sont-ils disposés à diminuer leurs rentrées financières, pour en rétrocéder une partie au coloriste ?"

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    • Répondu le 24 juillet 2009 à  10:04 :

      Si l’on augmente les tarifs des auteurs ou coloristes, il faudra augmenter aussi le prix des albums. Et attention à la concurrence notamment des mangas. Pas si simple tout ça...

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  • Les coloristes de bande dessinée créent leur association
    22 juillet 2009 11:46, par Jean-Luc Cornette

    Hou la la ! On tombe déjà dans l’excès et la caricature ! Arrêtons tout de suite ce discours manichéen et revendicateur. Jusqu’à présent, on entendait souvent dire que tous les éditeurs étaient des crapules milliardaires qui faisaient leur beurre sur le dos des pauvres scénaristes et dessinateurs. Maintenant, on va entendre que les pauvres coloristes sont maintenus en esclavage par ces salauds de dessinateurs et scénaristes. Et après, on en trouvera bien pour nous faire remarquer que les coloristes exploitent les vendeurs d’ordinateurs et de pinceaux. C’est un peu simpliste, non ? Il y a tellement de cas de figure. Si l’on part du principe que le coloriste est co-auteur, il est normal que les autres co-auteurs diminuent leur part de droits à son profit, comme ils le font sur les à-valoir (prix de la planche payé lors de la création de la BD). Sur la vente d’un album, il y a plus ou moins 10 % du prix qui deviennent des droits d’auteurs et qui sont rétrocédés aux dits auteurs. Si l’auteur est seul, il aura tout. S’ils sont deux, trois, ou dix, ils se partageront cela en deux, trois ou dix. C’est mathématique. Il faut tout de même savoir que sur un album standard (46 pages couleurs), les droits d’auteurs servent d’abord (bien souvent) à rembourser les à-valoir perçus. Et c’est seulement après que les auteurs toucheront des droits supplémentaires. Il faut donc déjà vendre plus de quinze ou vingt mille exemplaires avant d’espérer percevoir quelques droits. Un coloriste crédité comme auteur risque bien souvent, comme le scénariste et le dessinateur, de ne jamais voir venir cet argent supplémentaire, vu les ventes actuelles des albums. Je ne dis pas que c’est une raison pour ne pas donner une part au coloriste.
    J’en reviens donc au statut d’auteur. Le coloriste est-il un auteur ? Là aussi, ça se discute. Dans beaucoup de cas, certainement. Dans d’autres, non. Un coloriste qui s’investit dès le départ (c’est-à-dire qui accepte de travailler gratuitement sur la création d’un projet, et qui vivra, avec le scénariste et le dessinateur, le parcours du combattant qu’est de proposer ce projet en faisant la tournée des éditeurs, parfois durant plusieurs mois) et qui apporte une touche artistique singulière en grande complémentarité avec le dessin et le texte, est très certainement un auteur. Celui qui arrive lorsque le projet est signé et qui ne « remplit » les formes qu’avec des couleurs très neutres (il existe encore des studios qui font encore de la couleur au kilomètre) ne doit sans doute pas être considéré comme auteur. Voyons au cinéma. Les personnes qui s’occupent des décors et des lumières des films de Tim Burton, sont-ils des auteurs ? Ceux qui se sont occupés des décors et des lumières du Gendarme de Saint-Tropez, le sont-il aussi ? Ils font pourtant le même métier, et l’on peut en discuter. Il faut savoir que le coloriste co-auteur a, en tant que co-auteur, autant le droit moral que le scénariste et le dessinateur de vie ou de mort sur la série (acceptation ou non de ventes des droits pour des objets dérivés, des rééditions, des adaptations,…) Choses qui peuvent faire peur au scénariste et au dessinateur qui, parfois, ont déjà des difficultés à s’accorder entre eux à propos de ce genre de décisions. Il va de soi que chacun lutte pour sa chapelle et qu’il est bien les coloristes se réunissent. Déjà, pour mieux expliquer ce qu’est leur travail et mieux le défendre. Quand je lis une réaction très manichéenne, résultant d’un manque de connaissance à propos de ce métier mystérieux, comme celle-ci dessus, je pense que cette association doit agir !
    Bon boulot et bonne chance.
    (Et excusez-moi d’avoir toujours écrit « il » alors que, dans la majorité des cas, c’est « elle ».)

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  • Nous ne sommes pas des auteurs !
    22 juillet 2009 13:59, par Kamil P

    J’interviens en qualité de coloriste, de photograveur, maquettiste et typographe.
    J’ai à mon actif 70 albums de BD environ et plus de 500 participations à des magazines (Picsous, Le journal de Mickey, Charlie Hebdo...). A l’exception de Milan/13 Etrange et "Charlie Hebdo/éditions rotatives", tous les éditeurs ont été (dans la mesure de leurs moyens) très correctes.
    Pour moi le minimum consiste à nous créditer et honorer dans les délais les notes d’honoraire.
    Nous ne sommes pas des auteurs, parfois il est vrai nous sommes directement impliqués au processus de création, mais cela reste rare dans l’ensemble. Restons modeste, tout de même.
    Les véritables nègres de la BD sont les photograveurs : 6.00 la page chez "Milan/13 Etrange" et pas une ligne de crédit.
    Le problème, c’est la vulgarisation de nos professions et le "jmenfoutissme" de certains éditeurs par rapport à l’exigence de qualité qui dévalorisent nos interventions.
    La dernière version du "déclic" en est l’illustration la plus criante.

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    • Répondu par Sergio Salma le 23 juillet 2009 à  17:23 :

      Le débat est intéressant parce qu’il met en avant un aspect très étrange du phénomène de reconnaissance. La naissance de cette association est certainement une avancée ; il y a sans doute des barèmes, des aspects pratiques autant techniques qu’administratifs à définir ou à compléter. Mais il me semble que le point de départ et l’impression que cela donne sont un brin équivoques. Mauvaise communication sans doute.

      S’agit-il d’une volonté de ne plus se voir déconsidéré ? Ou bien les coloristes dans leur ensemble voudraient en quelque sorte gravir un échelon et devenir co-auteurs ?
      Il y a sans doute aussi un aspect simplement financier qu’il ne faut pas négliger.

      Les deux questions valent la peine qu’on s’y attarde.
      Pour répondre à la première, il s’agit là d’une petite paranoïa qui n’a lieu d’être que dans une infime minorité. Déconsidéré par qui ? L’éditeur ?! Le lecteur ?! Tout le monde reconnaît aux coloristes une importance primordiale, indispensable. La moyenne générale a singulièrement augmenté ces dernières années et les coloristes mêmes débutants sont aujourd’hui capables de petites merveilles ( même parfois trop jolies voire décoratives). On ne compte pas les couvertures d’albums où ceux-ci sont donc crédités. Où la couleur accroche l’oeil. Mais il y a glissement du débat. La couleur a beau être parfois un élément commercial non négligeable, ça ne fait pas pour autant et automatiquement devenir co-auteur.

      Il faudrait nuancer concernant ce crédit . Le co-auteur est censé participer intimement à l’élaboration. Sans lui, la bande dessinée ne voudrait pas dire la même chose ; le trio scénariste-dessinateur-coloriste est indissociable. je pense à des séries comme Monster allergy où la couleur et le dessin semblent sortir de la même patte( ça l’est peut-être d’ailleurs). Là, le coloriste est d’évidence co-auteur. Il est présent au moment où le dessin est en train de naître .

      Pour que le statut change de nature, il faudrait aussi que le ou la coloriste à ce moment intervienne également dans les réflexions autour de la série ; amener des idées, suggérer des atmosphères, imprimer leur marque avant même d’intervenir techniquement. Ils viendraient prendre part à la gestation , la construction du projet . Pourquoi pas même être à l’initiation de ce projet...Pendant des mois ,ils parleront du scénario, du dessin, de la recherche des persos ; il s’agirait là d’un véritable investissement (car c’en est un) . Ces essais ne sont absolument pas rétribués jusqu’à la signature du contrat. Ils ont des semaines ou des mois pour enrichir l’univers avant de se mettre à colorier, participer à la documentation, réfléchir aux orientations de l’histoire... c’est ça être auteur.

      Répondre à la deuxième question , c’est forcément revenir à la première et là, je dirais pour corroborer les propos de Jean-Luc Cornette( scénariste, dessinateur et même coloriste un temps) qu’il ne faut pas tout mélanger. Car sans sacraliser aucune fonction ni profession, il faudrait revenir à la base : que veulent dire les termes "auteur" ou "co-auteur" ?

      Un auteur invente univers, personnages, intrigues. Etre co-auteurs amène les 2 ou 3 (voire plus) personnes à se partager les rôles. On peut penser à des écritures et dessins à 4 mains ( le couple Dupuy et Berbérian ou Loisel & Tripp) mais aussi simplement au tandem classique à la Charlier-Giraud. Faudrait-il inventer un statut intermédiaire pour les scénaristes qui dessinent leurs scénarios très précisément ? Ceux-ci doivent-ils toucher plus de droits d’auteur( et d’avances sur droits) puisqu’ils participent au dessin lui-même ? Et le décoriste ?

      Sans faire trop de rapprochements qui n’ont pas beaucoup de sens, dans le générique d’un film apparaissent les noms de 200 personnes ; sont-ils pour autant considérés comme co-auteurs ? Pourtant le directeur de la photo et le musicien( sans parler des comédiens) ne sont-ils pas des éléments monstrueusement essentiels ? Voire plus importants que le metteur en scène qui vient parfois , en mercenaire, régler tout cela en chef d’orchestre sans avoir initié le film et qui pourtant en sera le seul réalisateur, le seul auteur avec le scénariste . Si ce scénario est tiré d’un livre, il y a là aussi répartition des recettes. Mais très souvent scénario ou adaptation donnent lieu à un forfait et une non-participation aux bénéfices.

      Crumb en train d’adapter en bande dessinée la Génèse ne va pas partager beaucoup ses revenus, pourtant...

      Je trouve cette demande de changement de statut un peu déplacée dans une majorité de cas. En revanche je reconsidérerais volontiers la part de rémunérations. Un ou une coloriste pourrait à mon avis voir sa rétribution augmenter ; son prix de page veux-je dire. A négocier évidemment au cas par cas.
      Cette revendication tombe relativement mal puisque la plupart des auteurs voient leur prix de planches plonger. On va sans doute vers un règlement par forfait pour une grande proportion de livres. On ne peut décemment pas parler de prix de planche ou de page quand on veut livrer un récit qui en compte 250. A ajuster selon les cas.

      Je ré-insiste sur la multitude de cas de figures possibles. Le tandem Tome& Janry et leur coloriste attitré Stuf ont dû être dans les premiers à se conformer à cette vision des choses. Sans (je crois) que le nom de Stuf n’apparaisse en couverture. Il touche un pourcentage qui, vu les ventes du petit Spirou , constitue une belle somme.

      Yslaire et ses collaborateurs apportent un autre éclairage encore puisqu’on ne sait plus très bien où commencent les couleurs et où finit le dessin.
      Même dans cette combinaison très particulière, je reste persuadé que c’est Yslaire le maître d’œuvre et c’est donc lui l’unique auteur de Sambre . Je ne sais pas s’ils ont trouvé d’autres accords , tout est possible évidemment.

      Très souvent, même si la couleur est un plus évident , elle ne fait pas partie intégrante de la création elle-même. Elle est une finition , une mise en évidence, un soulignement ; même si le ton général est très personnel, identifiable, reconnaissable. La nuance est infime mais c’est pourtant dans le vocabulaire que se joue cette répartition .

      Ou bien alors, il faut établir une nouvelle définition au mot" auteur".

      Je voudrais terminer mon exposé (comme d’hab beaucoup trop long) en tempérant ma position quant aux coloristes qui vont peut-être penser que je les méprise. Au contraire, je voudrais prendre leur défense dans ce qui constitue à mon sens une injustice financière dont ils sont je crois les principales victimes. Sans accabler les éditeurs qui auraient pu reconsidérer certaines rétributions.
      Il faut pour exposer ma thèse, revenir quelques années en arrière. Il y a 10 ou 15 ans , les dessinateurs apportaient leurs planches et recevaient après une semaine ou deux, des bleus de coloriage. Qui passaient chez le coloriste. Celui-ci ( parfois le dessinateur lui-même) rendait le bleu colorié à l’éditeur qui faisait suivre toute la procédure. Flashage, photogravure jusqu’à l’impression. Après la fabrication de ces bleus, suivait donc le traitement lourd et compliqué ( ah ! les fameux films décalés de 1 mm !...) qui rendaient les auteurs verts de rage.

      Aujourd’hui, malgré la très très grande simplification de la procédure, le coloriste s’occupant parfois du scan ( qui est le pendant du gros travail laborieux du temps jadis) il fournit en 2 clics à l’éditeur un e-mail -fichier qui peut servir directement à imprimer. Malgré cette hyper-simplification, les auteurs et les coloristes ne sont pas plus payés qu’avant. L’éditeur a donc vu grâce aux avancées technologques, le temps de fabrication et le nombre des intervenants diminuer .

      Comme si faire de la bande dessinée aujourd’hui était devenu un sacrifice.
      Les temps ont changé, c’est sûr ; Il y la vidéo et internet mais bon. Personne n’a jamais relevé le hiatus et le show must go on.

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      • Répondu par Alex le 25 juillet 2009 à  02:50 :

        Très souvent, même si la couleur est un plus évident , elle ne fait pas partie intégrante de la création elle-même. Elle est une finition , une mise en évidence, un soulignement ; même si le ton général est très personnel, identifiable, reconnaissable. La nuance est infime mais c’est pourtant dans le vocabulaire que se joue cette répartition .

        J’apprécie toujours vos interventions Mr Salma. Quelqu’en soit leur longueur. On y décèle la preuve d’une réelle réflexion sur "le tas" du mêtier.

        Mais là -sur ce sujet-vous prenez des raccourcis auxquels je m’oppose catégoriquement. Vous n’êtes pas seul toutefois à tenir ce discours : j’ai assisté à un débat des membres de l’Association qui revendiquaient le même point de vue que le vôtre.

        Sauf votre respect, cela me semble d’une absurdité sans nom (?)
        Ce fait de sectionner la création en morceaux : d’abord un scénario, puis l’illustration de celui-ci et finalement la mise-en-couleurs.

        Dans une situation idéale de créativité le dessin -en tout premier lieu en bd- supporte et transforme la forme indéfinie du scénario qui autrement n’aurait aucune valeur ni romanesque, littéraire- au même titre que le croquis ou que le mélange de couleurs pour obtenir le ton du costume d’un personnage.

        Mais ce dessin, la manière même de raconter une histoire peut être transformée radicalement par le choix de la palette chromatique. Je veux dire par là que la couleur ne mène pas non seulement à une appréhension différente du récit mais peut radicalement en déterminer ces choix graphiques et dramatiques.

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        • Répondu le 25 juillet 2009 à  09:18 :

          La couleur n’est pas indispensable à une bande dessinée comme le sont le scénario et le dessin...

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        • Répondu par Sergio Salma le 25 juillet 2009 à  12:22 :

          Je ne peux vous opposer que mon humble expérience. En collaborant avec différentes personnes , on se rend compte qu’en réalité il y a presque une définition ,une redéfinition des rôles pour chaque cas de figure.
          Tout tient dans ces deux mots, droit et auteur. Car le débat est parti de la volonté de partager certains "bénéfices".
          Je vous redis l’importance capitale de la fonction de coloriste. Elle peut magnifier, rendre plus fort , souligner l’ambition du travail, donner une personnalité définitive...mais tout cela est fait APRES le travail de création proprement dit.

          Cher Alex, vous détachez des bouts de phrases et vous voulez à tout prix me faire réduire le rôle des coloristes alors que je ne veux que définir ce rôle.

          Bien sûr que le scénario n’est rien sans l’apport du dessinateur et vice-versa ; on touche là aux fondamentaux car la notion de droit d’auteur ne se réfère pas seulement à l’aspect technique des choses. C’est l’aspect moral qui est en jeu. C’est ce qui est le plus difficile à exprimer. Pour preuve l’ayant droit d’un écrivain qui touchera des droits 100 ans après sa mort.

          Les coloristes peuvent s’immiscer de différentes manières dans le travail. Procédons par ordre. Restons-en au duo auteur complet + coloriste.
          La bande dessinée naît , soit dans une fulgurance soit sur plusieurs années ,dans la tête du scénariste-dessinateur. Il accumule les détails, commence à structurer, définit le format, invente l’univers , l’enrichit pour enfin esquisser les visuels, travailler les idées de récit, établir des personnages etc...science-fiction, fantasy, strip, humour, sagas, tout part souvent d’ une superposition ou juxtaposition d’envies. Tous les auteurs ont 30 projets dans leurs tiroirs dont les 3/4 ne verront pas le jour mais qui macèrent, qui marinent délicieusement.
          La création se passe là , dans cette chimie. On vagabonde, on laisse reposer parfois 10 ans, on vaque tandis que l’univers se met en place. On a parfois besoin d’une impulsion extérieure. Parfois une opportunité éditoriale, parfois une expérience de vie, parfois une lecture, pour provoquer l’étincelle qui fera surgir les pages .

          Si l’auteur n’est que scénariste, il va se mettre en quête après cette première gestation de la personne qui va être le passeur. Celui qui va visualiser et restituer (à sa manière) les idées abstraites et souvent confuses du "géniteur". Le dessinateur( ou dessinatrice pardon d’avance) va s’emparer de ces idées floues, ces pistes, ces sensations, ces germes pour finaliser une première étape. Il y aura des discussions, peu ou beaucoup , pour définir visuellement tel ou tel élément.
          En allant chez un auteur ( Rosinski) on saura plus ou moins à quoi s’attendre ; en allant chez un autre ( Jannin) on obtiendra forcément un univers absolument différent. L’auteur initial va redéfinir à ce moment ses envies de départ. Si tel graphisme entre dans la danse , on imprimera un ton autre, les futures histoires se jouent là dans ce changement de direction, cette orientation. L’auteur va sans doute dévier, recadrer selon les capacités et les faiblesses du collaborateur.

          L’explication n’est pas futile car c’est là que se définit réellement le partage. C’est là que l’interconnexion se joue pour aboutir . Un personnage vient des limbes de la réflexion et devient un objet visible et reconnaissable : De Mesmaeker, un schtroumpf, Lefranc, Silence, Charlie Brown, l’Epervier...

          Un auteur complet = une seule vision pour donner cette chair.
          2 auteurs, scénariste et dessinateur = deux visions qui doivent s’accorder pour cette même chair. Personnages, décors, véhicules, ambiances et surtout tournure des événements. Que va-t-on en faire de ce mix ? Comment va-t-on gérer l’entreprise ?

          J’en arrive au point essentiel de ma réflexion ; cet élément que vous remettez en cause, Alex. Il se fait que le scénario n’est pas lisible ( sauf cas rare) dans ce qu’il a à exprimer. Le dessinateur va donc s’occuper de la partie visible de la création. ; le travail est en soi terminé car le récit est LISIBLE. La création est terminée.

          Viendra alors le soulignement (dans la plupart des cas) de ce travail .La touche finale.
          La lecture en sera souvent facilitée, la couleur (pas toujours, faites l’expérience) sera narrative. Elle aidera l’oeil à passer d’une image à l’autre ; elle va définir la "couleur " du récit etc...La culture manga a d’ailleurs sérieusement redéfini l’approche selon laquelle le noir&blanc ne se vend pas et que les enfants ne tolèrent que les pages en couleurs.

          Les coloriste vont "servir" au mieux ce récit, ces gags, ce thriller mais ils sont extérieurs à cette matière. Ils se superposent comme un film plastique.

          Il y a bien sûr d’innombrables cas de figure ; je répète bien que je n’écris pas tout ça avec une volonté d’exclusion mais d’avoir collaboré avec différentes personnes me fait prendre conscience de ce délicat et subtil partage.

          On peut aussi conclure en disant que les auteurs ont toute la liberté d’accorder une part de ce statut ; car cette démarche conduit aussi à l’obtention de droits d’auteur( c’est un même vocable curieusement) et par amitié ou confraternité, on peut décider que la personne a droit à une part des revenus.

          Quant à l’indication d’un des intervenants sur la part que l’éditeur devrait concéder , elle est un peu bizarre. Quand un dessinateur fait ses couleurs lui-même, il ne touche pas plus. Il y a un aspect injuste et arbitraire , c’est vrai.

          Au moment où le média subit une mutation irréversible et donc pour beaucoup une précarisation , certains voudraient consolider leurs statuts. Il me semble que la bataille sera dure puisque la fragilité va au contraire se généraliser. Il faut trouver des solutions autres que ce simple partage .

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      • Répondu par Gill le 25 juillet 2009 à  13:43 :

        Dans un système concurrentiel, ce qui importe avant tout, c’est le fait que l’intervenant soit unique ou rare, et donc indispensable.

        Une BD populaire est rare. Un auteur populaire est rare. Un bon projet de BD est rare. Un bon auteur, de qualité, rapide, efficace et reconnu est rare. Une BD qui atteint tout son public potientiel est rare.

        Dans ce système, donc, plus les volontaires sont nombreux, moins ils sont considérés. Surtout lorsqu’ils sont interchangeables.

        Un scénariste apportant un synopsis qui intéresse un éditeur est rare (et même unique si l’on considère ce projet particulier). Le dessinateur pourrait être considéré comme interchangeable si l’ensemble scénariste-dessinateur-projet n’était pas considéré par les éditeurs (et par bon nombre de couples d’auteurs complices) comme un tout indissoluble. Enfin, un dessinateur ayant une forte notoriété peut aussi être considéré comme indispensable (tout comme des acteurs-stars sont indispensables à certains films). Idem s’il est à l’origine du projet.

        Dans ces conditions, les coloristes sont assez facilement interchangeables. Les seuls indispensables sont ceux rattachés à un dessinateur pour un projet donné (imposé à l’éditeur par le dessinateur) ou ceux qui ont la confiance d’un éditeur. Ils sont donc systématiquement tributaires de quelqu’un et n’apportent pas par eux-mêmes une rareté incontournable.

        Sans compter que depuis l’avénement de la couleur informatique (et donc des autodidactes) et du nombre de plus en plus élevé de jeunes ayant suivi des études artistiques ou multimédia, la profession est devenue plus qu’encombrée ! Nombreux sont ceux qui peuvent prétendre colorer une BD... à commencer par les conjoints des auteurs ou par les scénaristes eux-mêmes (le petit revenu supplémentaire ne sort pas du groupe de base, comme ça) ! Ce qui tendrait à prouver que pratiquement n’importe qui peut faire les couleurs...

        L’esprit de justice qui voudrait que seule la qualité du travail détermine la rémunération ne tient donc pas. Et ce même si, du point de vue du lecteur, la couleur a une importance considérable.

        Ce qui n’empêche pas d’assainir les relations entre éditeurs et coloristes par des conventions collectives ! Il est bien trop facile de mettre en concurrence un professionnel qui a besoin de régularité pour vivre et un amateur doué qui a une profession par ailleurs...

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    • Répondu par Frédéric Mangé le 24 juillet 2009 à  10:22 :

      Cher Kamil P,

      Ou plutôt cher Pierre-Yves − tu permettras que je t’appelle Pierre-Yves, comme ça pour une fois tu seras crédité − je crois que tu te trompes de débat.

      Loin de moi l’envie de défendre les éditions Milan étant donné les circonstances qui m’ont poussé à en partir, mais je ne vois pas en quoi tu aurais pu revendiquer le moindre statut d’auteur, et donc le moindre crédit, pour le travail de photogravure qui t’a été confié pour les ouvrages réalisés à l’époque. Les photograveurs, imprimeurs, relieurs, façonniers, tout comme les maquettistes, coursiers, standardistes, et… éditeurs (dans l’acceptation anglo-saxonne du terme) sont des intervenants dans la chaîne de production du livre ; ils ne sont pas partie prenante dans le processus de création de l’œuvre et ne peuvent donc logiquement pas prétendre au statut (et crédit) « d’auteur » ; quand bien même ton ego dût-il en souffrir.

      Par ailleurs, que je sache, aucune maison d’édition ne mentionne tous ces intervenants (ce qui n’est pas le cas de la presse dont les habitudes et obligations sont différentes).

      Le cas des coloristes est bien plus compliqué et bien plus ambigüe. Mais Jean-Luc Cornette et Emmanuel Moynot ont déjà parfaitement évoqué l’essentiel et je ne pourrais qu’abonder dans leur sens.

      Frédéric Mangé

      (éditeur pour les éditions Glénat et fondateur du label Treize Étrange)

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  • J’aimerais bien l’avis d’un vieux routier de la couleur : vittorio Léonardo ! c’est un des premier coloriste qui a été reconnu pour son travail !

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  • Qu’un syndicat voit le jour, c’est une bonne chose.
    Cependant, le statut "d’auteur" pour les coloristes me semble à prendre avec des pincettes.
    On ne peut pas donner le statut d’auteur pour certains albums, où, le travail consiste à remplir des cases en aplats où dégradés photoshop.
    Un album se façonne en amont avec le scénariste et le dessinateur.
    Souvent, les délais étant réduits, l’éditeur propose (où bien les auteurs proposent...) un coloriste, une fois que le projet est lancé...
    Et puis la qualité du travail en fonction d’un style particulier, peut-être aussi à prendre en compte.
    Le coloriste des blondes et le coloriste de SkyDoll, c’est pas vraiment comparable.
    Parfois la couleur est indissociable d’un dessin et des fois non.

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    • Répondu le 23 juillet 2009 à  00:17 :

      Les critères de qualité de travail ne doivent en aucun cas rentrer en compte dans le cadre d’ une mise au point d’ un statut qui s’ appliquerait à tous.
      On pourrait aussi dire que le travail graphique sur les "Les blondes" et sur "Skydoll" ce n’ est pas la même chose non plus, et pourtant juridiquement les auteurs respectifs ont le même statut.
      Cet argument ne me semble pas recevable.

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  • Pourquoi pas des droits d’auteur pour les traducteurs, pour les maquettistes, etc ?...

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    • Répondu par association des coloristes de BD le 23 juillet 2009 à  17:14 :

      Attention, c’est une association qui a été créée, et non un syndicat !
      L’association est là pour valoriser la profession de coloriste, et s’entraider sur des problèmes spécifiques liés aux relations avec les institutions (car s’il est difficile d’entrer dans les cases quand on est auteur, imaginez quand on ne l’est pas !), au poste de travail (ordinateurs, logiciels, etc…)

      Une table ronde a été organisée le 19 fevrier 2009, avec 3 coloristes (qui ont monté l’asso par la suite), et des représentants des : SNAC, ADAGP (directrice juridique), Maison des Auteurs (le juriste qui a initié la réunion), et ADABD.
      Vous trouverez le compte rendu de cette réunion, ici, en 4 parties :
      http://coloristebd.forumactif.com/table-ronde-autour-du-mytier-de-coloriste-f18/

      Voici, en vrac, des réponses qui ont été apportées à certaines questions :

      Au théâtre, les décorateurs et les costumiers ont des droits d’auteur. Ces droits ne s’appliquent pas sur le texte, mais sur les représentations, les photos, etc.
      Il est tout à fait envisageable de faire la même chose pour la couleur de BD.
      Les droits d’auteurs des coloristes ne s’appliqueraient pas sur le texte, ou les publications en N et B, mais seulement sur les publications couleurs.

      Une BD couleur est faite, et pensée, pour être publiée en couleur. Tant que la mise en couleur n’a pas été faite, l’œuvre n’est pas achevée. Les BD N et B ont du lavis, de la trame, ou des noirs pour renforcer le dessin. Donc, on peut dire que le coloriste participe pleinement à l’œuvre, ce que ne fait pas un maquettiste (qui n’intervient pas dans le contenu de l’œuvre). Pour ce qui est du traducteur, celui-ci touche des droits d’auteurs, dits de traduction, dans les autres types d’ouvrages, et il n’en toucherait pas en BD ?

      Dans 95% des cas, le scénariste commence l’œuvre seul, ensuite viennent se greffer le dessinateur puis le coloriste. Le dessinateur n’est donc pas davantage "au commencement" de l’œuvre que le coloriste, cependant il n’en est pas moins auteur.

      Au cinéma, les créateurs sont généralement 5 à se partager "le gâteau" des droits d’auteurs, et l’auteur de la musique du film en fait partie. Un coloriste participe tout autant à l’ambiance d’une BD qu’un musicien à l’ambiance d’un film.

      Pour plus d’informations, nous vous renvoyons au compte-rendu de cette réunion du 19 février.
      Et nous encourageons les coloristes qui le souhaitent à nous rejoindre. L’inscription est gratuite.

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      • Répondu par tana le 23 juillet 2009 à  20:55 :

        je trouve tous ces avis très intéressants, et ça me fait plaisir que des jeunes coloristes expérimentés "mettent le feu" !
        Il est juste de se faire remarquer.

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      • Répondu par Math le 24 juillet 2009 à  08:51 :

        Dire que dans 95% des cas le scénariste démarre seul le projet est un peu exagéré... En général le duo scénariste/dessinateur se forme très tôt et les auteurs décident de travailler ensemble sur un projet.
        Je ne pense pas qu’on puisse placer l’intervention du coloriste au même niveau que celle du dessinateur sur ce point-là. D’autant que la création de l’univers, des personnages et des décors est généralement faite sans l’intervention du coloriste (c’est souvent le dessinateur qui se charge de mettre ces éléments en couleurs lors de la génèse du projet).
        Le coloriste n’intervient généralement qu’après la signature du projet avec un éditeur et souvent sous la "direction" du dessinateur.
        Pour moi le coloriste n’intervient donc pas dans la création du projet mais dans sa réalisation. Là est toute la nuance.
        A ce titre il me semble justifié qu’il reçoive des droits d’auteurs à prendre sur la part de l’éditeur. Par contre il doit avoir un contrat séparé des auteurs à l’origine du projet (et c’est d’ailleurs souvent le cas), n’ouvrant pas aux mêmes droits concernant les adaptations, traductions et produits dérivés. A l’exception des cas, rares selon mon expérience, où le coloriste intervient dès la génèse du projet. Par exemple Canepa dans Skydoll.
        Ceci dit, les contrats à droits fixes étant de plus en plus rares, ces droits d’auteurs serviraient à rembourser les avances sur droits... du coup, seul les coloristes des "grosses séries" qui dépassent le seuil fatidique des avances remboursées ne profiteraient de ce changement de conditions...

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  • La plupart du temps le coloriste n’est qu’un exécutant qui se conforme aux indications du dessinateur. Parfois (souvent ?) d’ailleurs celui-ci donne la touche finale aux couleurs, sur les bleus (d’antan, en aquarellant subtilement les aplats de gouache) ou sur l’ordi (en bidouillant les contrastes et luminosités via de savantes courbes). Du coup le créateur/auteur des couleurs est dans ces cas, le dessinateur, lecoloriste n’étant qu’exécutant.

    Quelqu’un en appelait à Vittorio Leonardo. Sur les pages de Gaston, il n’avait aucune créativité, il devait se conformer aux indications très précises aux crayons de couleurs de Franquin. Aujourd’hui Franquin pourrait faire directement ses couleurs à l’ordi, il n’y passerait pas plus de temps qu’avec ses crayons de couleurs.

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    • Répondu par Jaffré le 27 juillet 2009 à  09:46 :

      Cela arrive bien sur.
      D’un autre coté, parfois le dessinateur n’est aussi qu’un exectutant qui dessine sans passion des scénarios commerciaux. Il faudrait eviter de simplifier ce metier, il n’y a pas qu’une seule categorie de coloriste comme il n’y a pas qu’une seule sorte de dessinateur.

      Je considère mon travail en tant que coloriste comme équivalent, toute proportion gardée, à celui d’un directeur photo au cinéma. Je lis le scenario en amont, je reflechi sur la totalité de l’album dés la phase du story board pour definir des ambiances et des progressions de couleurs sur la durée de l’histoire, et j’ai une totale liberté sur la totalité des couleurs de l’album. Celles ci sont discutées entre moi, le dessinateur et le scenariste, exactement comme je peux discuter certain aspects du scenario ou critiquer certains dessins. Nous travaillons en equipe, et chacun fait confiance à l’autre.
      Ensuite, les couleurs ne sont pas toujours un simple applat, mais peuvent être une veritable mise en lumiere, utilisant le clair-obscur et les teintes pour souligner des éléments narratifs.
      Et oui, en tant que coloriste je suis la personne de l’equipe la plus à même de "bidouiller" les couleurs en utilisant de "savantes courbes", parceque justement, c’est mon metier.
      Et c’est aussi mon métier de faire de "savantes" conversion en CMJN, de savoir utiliser les profils, de savoir gerer les pourcentages de noir dans les couches et de comprendre toute la chaine graphique de pre-press.

      Ensuite, que cette experience soit payée, pour peu que l’on passe un peu de temps sur une planche, moins que le SMIC est un autre problême.
      J.

      Voir en ligne : http://www.poka-studio.com

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  • ouverture du forum public
    22 janvier 2010 12:14, par L’association des coloristes de BD

    Pour ceux qui souhaitaient s’exprimer sur notre forum sans être adhérent de l’asso (donc coloriste), c’est maintenant possible ici dans "Forum public" ou dans "Forum privé coloristes et autres professionnels de la bande dessinée" :
    http://coloristebd.forumactif.com/forum.htm

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