Les destins animés de Morris, Franquin et Peyo

8 décembre 2005 0 commentaire
  • Grâce à un travail d'enquête exceptionnel, deux chercheurs retracent le parcours audiovisuel des talents les plus marquants du Journal de Spirou : Morris, Franquin, Peyo et Eddy Paape, et démontrent comment leur goût commun pour le dessin animé, un art dont ils avaient l'un et l'autre tenté d'en faire un métier, porte sur les fonds baptismaux le style caractéristique de l'Ecole belge de bande dessinée.
Les destins animés de Morris, Franquin et Peyo
Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé
Editions de l’An 2

La bande dessinée belge a eu, après la seconde guerre mondiale, un moment de grâce qui lui a permis de révolutionner ce genre en Europe et de jouer jeu égal avec les plus grands courants mondiaux de cet art nouveau. Créé en 1946, le journal de Tintin unissait, autour d’Hergé, des talents novateurs à la veine réaliste et documentaire : Edgar P. Jacobs, Jacques Martin, Paul Cuvelier... Le journal de Spirou, quant à lui, autour de Joseph Gillain dit Jijé, innovait dans le domaine humoristique. Cette dernière caractéristique n’est pas le fait du hasard. À l’intérieur de ce dernier groupe, quelques individualités partageaient une passion commune qui a marqué le style de l’école de Marcinelle : le dessin animé.

Un chat animé par Franquin
Dans le DVD qui accompagne l’ouvrage, les auteurs nous permettent de découvrir des films animés par Franquin, Morris, Peyo et Eddy Paape dans les années quarante. (Capture d’écran - Copyright : L’An 2)

Rencontre dans un studio de dessins animés.

Dans un ouvrage capital, Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé (Editions de l’An 2), Philippe Capart et Erwin Dejasse mènent une enquête passionnante. Ils sont partis à la recherche des fondateurs d’une industrie du dessin animé belge qui a fait long feu mais qui a porté, pendant plusieurs décennies, les espoirs d’auteurs et d’industriels dont la notoriété s’est surtout exprimée dans la bande dessinée. L’une des révélations de ce livre est de montrer que les piliers du journal de Spirou qu’étaient André Franquin, Morris, Peyo et Eddy Paape se sont tous rencontrés dans un studio de dessins animés belge créé par un certain Paul Nagant, CBA, à Liège puis à Bruxelles.

Le logo de la CBA
le studio où Franquin, Paape, Morris et Peyo se sont rencontrés. (Capture d’écran : Copyright : L’An 2)

Ces débuts ont été le ciment de leur compagnonnage dont la cohérence commune est certainement l’élément caractéristique de l’Ecole dite, de Marcinelle : Leur sens du mouvement-clé propre aux intervallistes, leur habileté au pinceau acquis dans le traçage des cellos d’animation, leur souci de lisibilité et de clarté qui leur fait rechercher le trait essentiel, leur sens enfin de la dynamique du discours visuel viennent directement de ces premières années d’apprentissage.

Des documents exceptionnels

Mieux : Capart et Dejasse ont retrouvé les premiers films animés par Franquin, Morris et Peyo, des incunables datant des années quarante qui sont mis à la disposition du lecteur sur le DVD qui accompagne le livre. On peut voir ainsi le résultat des travaux de ces génies en herbe. Outre une mise en page réalisée avec soin sous l’œil d’expert de l’éditeur de l’ouvrage, Thierry Groensteen, éditeur de l’An 2, l’iconographie est également d’une richesse inhabituelle qui offre des éclairages inédits sur une industrie qui s’est construite en parallèle de l’œuvre des bâtisseurs de l’Ecole belge. Des photos inédites et des témoignages collectés auprès d’anciens compagnons de ces grands auteurs, disciples sans grade oubliés par l’histoire [1], mis en perspective de l’œuvre dessinée et animée [2] jettent un jour nouveau sur une bande dessinée que l’on croyait pourtant connaître.

Un livre magnifiquement illustré
Dans cette page, une séquence de Lucky Luke est comparée avec des dessins faits par Morris pour le cours par correspondance de Jean Image. (C) L’An 2.

Un maillon essentiel

Le parcours se termine par les concrétisations audiovisuelles qui ont suivi ces premiers balbutiements bien des années plus tard et dans lesquelles, cette fois, des entrepreneurs comme Charles Dupuis, dirigeant des éditions du même nom et Raymond Leblanc, le patron des éditions du lombard, jouent un rôle éminent : les studios TVA chez Dupuis, les studios Belvision chez Lombard [3] dans les années cinquante et soixante puis, avec l’arrivée de Goscinny, scénariste de Morris comme de Franquin, la création des studios Idéfix, en association avec Uderzo et Dargaud, dans les années 70. Une activité parallèle à l’aventure éditoriale qui a constitué, il ne faut pas l’oublier, une véritable pépinière de talents qui ont irrigué indirectement toute l’industrie de la BD franco-belge, comme celle du cinéma d’animation jusqu’à aujourd’hui. [4] On peut ajouter que grâce à la diffusion de ces films qui ont remporté pour la plupart un notable succès, elle a permis de renforcer et même d’étendre la notoriété de ces séries et de ces personnages qui font tous, aujourd’hui partie de notre Panthéon personnel.

Thiery Groensteen, animateur des éditions de L’An 2, entre ses deux auteurs
Erwin Dejasse et Philippe Capart. Photo : D. Pasamonik.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Découvrez la librairie de BD numérique ActuaBD avec Sequencity

« Morris, Franquin, Peyo et le dessin animé » par Philippe Capart et Erwin Dejasse - Editions de l’An 2, vendu avec un DVD offert. 32€.

Commander sur
Amazon

[1comme Jacques Eggermont ou André Salmon, par exemple.

[2Ainsi, Poussy, le chat de Peyo ou encore Les Schtroumpfs se retrouvent, soit intégralement, soit sous une forme embryonnaire dans ces premiers travaux.

[3Belvision mettra en chantier des films de Tintin, d’Astérix et des Schtroumpfs, rien de moins !

[4Ainsi, Pascal Morelli, le réalisateur de Corto Maltese a-t-il fait ses débuts dans les studios Idéfix.

  Un commentaire ?