Lolita HR T1 et T2 - Par Rieu et Rodriguez - Eidola Editions

10 septembre 2011 6 commentaires
  • Dans un monde totalitaire en proie à un virus dégénératif, un idéaliste s'éprend d'une chanteuse rock à succès. Quand la musique n'adoucit pas les mœurs, le futur s'écrit en très noir.

En l’an 15 de l’ère du dirigeant Néponine, un virus touche tous types de populations, les malades se changent en êtres hybrides et sont parqués dans des sanatoriums pour y finir leurs jours entre mutants. Ils vivent en ghetto, prenant des substances les aidant à supporter leur condition. Mehdi est un adolescent plein de vie, mais contaminé lui aussi, il tente de joindre les deux bouts en travaillant dans un bar.

La scène musicale est truffée de robots chanteurs formatés, véhiculant les messages du dirigeant et endormant le peuple. Mais une chanteuse provocatrice se place en rupture de la masse : son nom est Lolita, elle est parvenue à toucher le cœur des gens grâce à son album "HR", pour "Human Resistance".

Mehdi est amoureux de Lolita. Deux êtres ne pourraient être aussi éloignés, mais chacun aspire à changer de vie. Pour le meilleur ? Pas sûr...

Cette série prévue en quatre tomes (deux tomes sont parus pour l’instant) est empreinte de l’énergie et du romantisme désespéré de la jeunesse, où l’idéalisme laisse la place aux désillusions les plus brutales au fur et à mesure de la confrontation à un monde s’écrivant dans le noir le plus mat et le plus absolu.

Les personnages, souvent des laissés pour compte, des oubliés ou des mal compris de la société, sont certains porteurs d’une maladie qui les ronge, mais surtout d’une rage parfois auto-destructrice.

Lolita HR T1 et T2 - Par Rieu et Rodriguez - Eidola Editions
Extrait de "Lolita HR T1 : Rock Star"
©Rodriguez/Eidola Editions
Couverture de "Lolita HR T1"
©Rodriguez/Eidola Editions

L’univers glacé, froid et déshumanisé des gens de pouvoir contraste avec les bas-fonds des ghettos où vivent les malades. Ce n’est pas anodin si la maladie (appelée le marabout, en raison de son caractère contagieux) transforme les gens en bêtes, les yeux se métamorphosant en billes noires, et la peau se couvrant de poils : parqués comme du bétail, les rebuts de la société sont arrachés à leur famille, coupés du "vrai" monde.

Même si le graphisme de Javier Rodriguez n’évite pas certaines maladresses, des cadrages parfois ordinaires et des effets dégradés manquant de consistance, cela est tempéré par un découpage redoutable et une énergie certaine, comme si chaque planche nous criait dessus.

Le scénario de Delphine Rieu se révèle vraiment saisissant, nous assénant quelques bonnes claques via quelques retournements mettant en lumière la personnalité complexe de certains personnages qui manifestent le visage caché. Qui est vraiment Lolita ? Que cherche-t-elle, parviendra-t-elle à garder son intégrité malgré l’influence d’un entourage plus que trouble ? Difficile d’en parler plus sans spoiler.

Extrait de "Lolita HR T2 : Resistance"
©Rodriguez/Eidola Editions

Agrémentée de nombreux hommages et clins d’oeil, la série Lolita HR se révèle surprenante et suffisamment singulière pour mériter un détour plein de fureur désabusée et constituant en quelque sorte un penchant plus sérieux et animal à l’autre série d’anticipation musicale, Debaser de Raf.

Le clip de la chanson de Lolita, composée par Billy the Kill, Mat Gaz et Rachtaïa, enregistrée en 2009 à la nef à Angoulême :

(par Thomas Berthelon)

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A savoir : cette série est une réédition des albums parus en 2007 chez les Humanoïdes Associés, qu’ils ont aussi publiés en 2008 sous le titre "a.doll.a"

 
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6 Messages :
  • Surtout connu pour ses talents de coloriste, Delphine Rieu est également une très bonne scénariste.

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  • "difficile d’en parler plus sans spoiler"...
    arf, arf, dommage de pas s’poiler, poilons-nous un peu !
    Plus sérieusement, pourquoi cet emploi grotesque d’anglicismes ?

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    • Répondu le 10 septembre 2011 à  09:26 :

      Il n’y a pas d’équivalent en français aussi court et efficace.

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      • Répondu le 10 septembre 2011 à  12:25 :

        difficile d’en parler plus sans ...gâcher le suspense... vendre la mèche... par exemple.

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        • Répondu par Titi-la-science le 28 septembre 2012 à  15:22 :

          Je comprends tout à fait à la réticence devant le mot "spoiler". Néanmoins il est amusant de voir que le mot "suspense" apparaît dans la reformulation. "Suspense", c’est l’exemple type d’un anglicisme qui a trouvé sa légitimé.

          "spoil" vient du vieux français "espoillier" et est donc parent à notre "spolier" actuel. "Spoiler", c’est bel et bien dénuder l’intrigue, lui voler son intérêt.
          Le "spoil" est un "déshabillage d’intrigue".

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      • Répondu par jacques le 11 septembre 2011 à  10:26 :

        "bande -annonce" me semble tout à fait approprié mais peut-etre trop "long" ?!!

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