Louis La Lune - Alban Guillemois - Albin Michel

25 janvier 2006 0 commentaire
  • Louis n'est pas n'importe qui: descendant de Jules Verne, il va devoir s'opposer à un maléfique sélénite jadis combattu par son ancêtre, allié à Gustave Eiffel. Car Verne n'écrivait pas de fiction... il a donc bien été sur la lune!

Voilà un postulat (l’écrivain qui a vraiment vécu ses romans) qui n’est pas sans rappeler l’étonnant film C’était Demain (1979), dans lequel H. G. Wells combattait Jack l’Éventreur, qui lui avait volé sa machine à remonter le temps. Mais Louis La Lune n’est pas dans la même veine : il s’agit plus d’une aventure pour grands enfants, un conte de « romance scientifique », qui prend place dans une atmosphère à la fois rétro-futuriste et gothico-burtonienne, si l’on ose le néologisme.

Le graphisme d’Alban Guillemois semble en effet devoir autant à l’imagination de Verne qu’à celle de Tim Burton. Guillemois vient de l’animation, et son site propose un bon nombre d’images tirées de ses réalisations (courts-métrages, pubs, etc.) : la filiation avec Burton et tous ceux qui travaillent dans l’animation avec ces styles noirs et mignons à la fois (car là, nulle trace du morbide à la Burton) paraît évidente. En BD, cela donne des planches remplies à ras bord de détails ; des couleurs dans les gris rehaussées de pointes de jaunes, bleus, etc., rappelant de vieilles photos colorisées à la main ; et des personnages très typés aux visages campés en quelques traits, finalement moins importants, nous semble-t-il, que les décors et machines fantastiques inventées pour l’occasion ou inspirées de Verne. Car l’auteur prend le temps (ou plutôt la place) de présenter ses canons, télescopes merveilleux et robots géants sur de pleines pages au joli délire pseudo-scientifique : faire appel à John Von Neumann comme ancêtre d’une invention ou nommer un cratère lunaire Poincaré devrait bien amuser les lecteurs à la culture scientifique un peu développée.

Revenons tout de même aux personnages et à l’intrigue : en 1900, Verne emprisonne dans une étrange sphère de cristal un Sélénite qu’il avait rencontré lors de son voyage sur notre satellite. Les mauvaises intentions de cet être n’avaient d’égal que ses ambitions de conquête. Paris, 2164. La ville semble être bâtie sur les rêves technologiques de Verne, et la libération imprévisible du petit monstre va faire se rencontrer Louis, un écolier féru de science, et les descendants d’autres Sélénites, ceux-ci pacifiques, ramenés de la Lune par Verne. C’est le début d’une aventure dont dépendra le sort des Sélénites installés en plein Paris, et peut-être aussi celui de leurs cousins humains...

Tout cela est entraînant, original et rafraîchissant. Si le scénario concocté par Alban Guillemois est divertissant, c’est bien son dessin qui emporte la mise. La qualité d’impression de l’album est d’ailleurs elle aussi au rendez-vous, et contribue à faire de ce Louis La Lune un bel album que l’on prendra grand plaisir à feuilleter encore et encore.

(par François Peneaud)

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