Luki Bancher ("En classe with me") : "Mon souci premier ? Rester lisible et compréhensible."

7 novembre 2013 0 commentaire
  • Nouveau venu dans la BD, Luki Bancher vient de tout juste de publier son premier album.

En classe with me n’est ni un simple recueil d’anecdotes personnelles, ni une compilation de gags plus ou moins téléphonés. Ce jeune professeur d’anglais a suffisamment accumulé de matière pour construire une chronique particulière de la vie au collège. Son album retrace son quotidien dans un établissement de l’ouest de la France, avec malice et une bonne part de vérité.

Passion, désillusion, colère et humour traversent cette chronique douce-amère dans laquelle beaucoup n’auront pas de peine à se reconnaître. Venu à Saint-Malo présenter son premier album publié aux éditions Proust, il jette un regard lucide sur son medium préféré.

Pouvez-vous nous dire comment tout cela a commencé ?

Je crois que je suis né avec un crayon à la main, ça s’est fait naturellement au fil des influences familiales et des rencontres. Comme tout bon « petit Gaulois », j’ai appris à lire dans Astérix, Tintin ou les Schtroumpfs...

J’ai toujours dessiné, y compris dans les marges de mes cahiers, à la fac aussi. Nommé comme prof, j’ai continué à dessiner. Petit à petit, j’ai essayé comme beaucoup de contacter des éditeurs, comme scénariste, car c’est un domaine qui m’attire également. Je me verrais bien scénariser dans un format franco-belge plus classique. J’ai même déjà dans mes tiroirs une aventure de Spirou ! (rires).

Angevin j’ai eu aussi l’occasion de fréquenter des collègues en atelier et de rencontrer quelques pointures qu’il s’agisse de Davodeau, Supiot, Tehem ou Pesch et d’autres. Les auteurs se connaissent, c’est plutôt « bon enfant » et chacun suit son chemin.

Fin 2009 j’ai créé un blog qui racontait une semaine de cours d’anglais, du lundi matin au vendredi soir ! J’y ai gagné en assurance, d’autant que j’ai pu accrocher un lectorat assez fidèle. J’ai très vite compté jusqu’à 7 à 8000 connexions, ce qui à l’époque n’était pas mal pour un blog aussi jeune. À partir de cette expérience, j‘ai envoyé divers dossiers et c’est Proust qui m’a signé !

Luki Bancher ("En classe with me") : "Mon souci premier ? Rester lisible et compréhensible."

La conception de votre album est singulière : on y trouve aussi bien des strips, des planches, que des fausses pub …

C’est vrai j’ai intégré divers clins d’oeil, pubs et dessins à part... mais ce genre de choses n’est pas inédit en BD. Mon but n’était pas de faire un « Les prof 2 », non plus ! J’essaie de mettre dans mon travail un peu de sincérité et de… euh, subtilité !(rires)

Vos influences ?

Comme je l’ai dit, elles viennent surtout les classiques franco-belges, mais ma vraie gifle graphique ce fut certainement les Simpsons. J’avais dix ans quand ils ont déboulé sur les écrans français et ce fut une vraie découverte, à l’époque. D’une manière générale, je crois avoir été également influencé par les grands de la BD d’humour américaine comme Watterson, ou avec les Peanuts, Calvin et Hobbes et même Mafalda de Quino. Pour faire bref, graphiquement je me situerais un peu dans une synthèse entre Les Simpson et la tradition classique franco-belge.

À ce sujet, je reviendrai sur Peyo pour le travail duquel j’ai un petit faible. J’admire la fluidité de sa narration et la clarté de son encrage ; ce sont, de mon point de vue, des éléments indispensables à la bonne compréhension du récit. En tant que prof, je suis aussi dans cette optique : faire comprendre un message. Mon souci premier, ça reste d’être lisible et compréhensible. Tout ça est finalement assez pédagogique. Une narration fluide c’est la garantie d’une BD réussie, pour autant qu’on ait quelque chose d’intéressant à dire. Pour moi, Peyo c’est un peu la quintessence de la clarté narrative.

Publier en étant prof c’est aussi s’exposer, non ? Comment vivez-vous cette dualité prof-auteur ?

C’est une question qui revient souvent. Mon but c’est d’abord de raconter mon quotidien de manière humoristique et tous mes personnages sont inventés. Cela ne m’intéressait pas de caricaturer mes collègues ou les élèves, ce n’était ni mon envie, ni mon propos !
Dans la « vraie vie », avec mes élèves, je sépare bien les rôles. Dans mon établissement, je suis d’abord et uniquement leur prof d’anglais ; bien entendu, si j’en croise un en dédicace, je peux changer de casquette. À partir du moment où les choses sont claires pour tout le monde, ce n’est pas un problème. Après tout, le phénomène n’est pas si inédit.

© Illustrations Luki Bancher, Emmanuel Proust 2013

On compte pas mal d’enseignants dans le monde de la BD…

C’est vrai, de toute façon le métier d’enseignant est un métier de créatif. D’une manière générale ce sont des gens qui ont des choses à raconter. Il faut une dose de créativité pour enseigner, on est déjà à moitié acteur, toujours un peu en représentation. Malgré tout, je ne voulais pas tomber dans la caricature ou le cliché, ou que mon personnage principal devienne une espèce de clone. Le héros, ce n’est pas moi, même s’il me ressemble par certains aspects !

Utilisez-vous la BD en classe ?

La place de la BD dans l’enseignement est quasi inexistante même si aujourd’hui, elle n’a plus cette image dégradante ou débilitante. Les gens sont plutôt bienveillants quand on dit que l’on fait de la BD. On en retient souvent la façon décomplexée d’aborder certains sujets. Pour ma part, je n’utilise pas souvent la BD en classe mais plutôt le dessin.
À mon avis, une petite formation de dessinateur aiderait les profs en général. C’est quand même un moyen génial pour débloquer certaines situations.

Un peu comme l’humour, qui reste pour moi un excellent vecteur pour raconter… Ce qui ne m’empêche pas de toucher à d’autres styles. J’ai par exemple travaillé sur l’adaptation d’une pièce de Shakespeare en BD. Histoire de sortir un peu du registre comique !

Quelle impression de se retrouver au cœur d’un festival comme auteur ?

Cela fait dix ans que je suis prof et j’ai encore beaucoup de plaisir à enseigner ; je ne suis donc pas dans la configuration de ne faire que la BD. Je sais bien que peu d’auteurs en vivent. Actuellement, dans ce métier, on a l’impression d’une grande morosité. J’ai la chance d’avoir une activité pour pouvoir vivre et créer ! J’aimerais bien aller vers le scénario, me centrer sur le découpage, travailler la narration. Ça me parait plus facile à concilier avec le reste, la vie de famille...

Le dernier album que vous avez apprécié…

Le dernier de David Ratte, Mamada chez Paquet m’a bien plu. Au fil des pages, j’ai été plusieurs fois surpris et ça, c’est drôlement agréable. Il y a chez lui une subtilité qui me plaît beaucoup. Ce type d’humour me parle bien.

Propos recueillis par Patrice Gentilhomme

(par Patrice Gentilhomme)

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