Marc Lizano, une double actualité sous le signe de l’enfance

22 février 2017 0 commentaire
  • À l’occasion du Festival international de la bande dessinée 2017 à Angoulême, nous avons rencontré Marc Lizano en prévision de sa double actualité aux éditions de la Gouttière : "La Pension Moreau" et "Père et Fils". Rencontre avec un auteur aux multiples qualités.

Associé à Benoit Bayard, Marc Lizano s’occupe de la partie graphique de La Pension Moreau où on suit Émile, jeune enfant abandonné dans une école austère remplie de professeurs… animaux.

Marc : En jeunesse, il y a une grande variété de thèmes avec des sujets très variés, beaucoup plus que dans la bande dessinée plus « classique ». Benoit Brayard a déjà travaillé sur des sujets très compliqués comme la folie ou la violence. La Pension Moreau est un récit dur, âpre où les gamins sont confiés, si ce n’est abandonnés, dans une pension gardée par des animaux.

Le personnage principal est un garçon probablement placé là car son père n’a pas eu l’enfant qu’il voulait. C’est un enfant très renfermé, timide, dans son monde : bref, lunaire. Le but de la pension est de les remettre dans le droit chemin de ce qu’on attend de lui, pas forcément de ce qu’il est. On n’y laisse pas s’épanouir ces enfants, on les dresse.

Quelles ont été les influences du récit ?

Marc : En ce qui concerne l’atmosphère de la pension, beaucoup de gens me parlent d’Harry Potter mais l’ambiance de La Pension Moreau est beaucoup plus dure : on est dans une prison. Personnellement, je pense à des pensionnats catholiques en Irlande.

Marc Lizano, une double actualité sous le signe de l'enfance
Dessin de Lizano. © Les éditions de la Gouttière

Au niveau du château, on pense forcément à Poudlard, car il y a de grandes tentures, des armoires. Certainement car Poudlard a pris beaucoup de place dans l’imaginaire collectif mais de façon générale, ce sont des lieux qu’on retrouve fréquemment, notamment dans la tradition anglaise. Les enfants sont placés dans un monde où ils sont à la fois autonomes mais aussi un monde très dur où des communautés et liens se tissent.

La source principale de Benoit Bayard est un texte de Jacques Prévert  : la Chasse à l’enfant qui est une chanson écrite à la suite d’une révolte dans les bagnes des années 1930.

Photo : Ed. La Gouttière

Comment travaillez-vous votre dessin ?

Marc : Je travaille de manière traditionnelle. Je fais mes planches au crayon et à la table lumineuse. J’encre à la plume, des vieilles plumes à écrire des années 1950, un peu comme celles que pourraient utiliser les enfants dans le récit.
J’utilise aussi de l’encre de chine, je scanne ma page en noir et blanc puis j’exécute la couleur à l’ordinateur. On rajoute ensuite des filtres pour l’ambiance que l’on souhaite. J’ai été aidé par Mathilda, qui est coloriste et qui m’a fait tout le travail de préparation des couleurs.

Votre deuxième actualité est marquée par les nouvelles aventures de Père et Fils, la suite des aventures créées par Erich Ohser dit E.O.Plauen que vous scénarisez. Comment as-tu été amené à travailler sur ce monument de la bande dessinée allemande ?

Marc : L’Enfant cachée avait été traduit en Allemagne chez Panini. Le livre a eu un très bel accueil et l’éditeur m’a demandé si j’avais des projets sur lesquels travailler en direct avec lui et non par le truchement de la traduction. Ma première idée était de travailler sur une biographie d’Erich Ohser.

Les aventures de Vater und Sohn sont particulières : pas de maman, pas de dialogue. Des voyages, de la bêtise et énormément de fessées ! Souvent, le père endosse le rôle de père mais n’est pas dupe. Quand il s’agit de faire des bêtises, il suit son fils et parfois il l’entraîne.

Dessin de Ulf K. © Les éditions de la Gouttière

Il y a des renversements vraiment intéressants pour les enfants. Ils prennent conscience que les parents ont été des enfants : on peut faire des bêtises à tout âge, il y a vraiment une relation entre le fils et le père.

Comment se passe ton travail de scénariste sur Père et Fils ?

Marc : Quand on fait du gag ou des récits muets, ils doivent être écrits en dessin. C’est pensé en dessin. J’ai les idées en faisant les dessins, comme une pelote de laine dont on tire les fils. On peut ensuite la transformer. C’est quelque chose qui se fait sur le moment, l’idée n’est pas forcément suffisante. Comme dans le sport, tu peux penser à un geste technique mais ça n’a pas de sens tant que tu ne le fais pas.

Souvent, je fais des petits croquis, je ne dessine pas trop, et Ulf K. rebondit sur mes idées. Comme un jeu de ping pong, il propose ses idées. Sur les 70 premiers sketchs, il y en a peut-être une dizaine qu’il a faits tout seul.

Photo : Ed. La Gouttière

Les aventures des années 1930 sont en noir et blanc. De votre côté, vous avez fait le choix de la couleur.

Marc : Assez étonnamment, les couleurs sont basées sur des techniques anciennes. Ulf K. fait beaucoup de sérigraphie : on fait un trait en noir et on rajoute juste une teinte, ce qui donne un peu de volume par exemple. Le premier tome est orange, le deuxième (déjà sorti en Allemagne en novembre) est bleu, principalement pour les différencier.

On avait pensé à l’idée de travailler en noir et blanc mais c’était trop typé « indé » alors que Vater und Sohn est une série très grand public.

On essaie de moderniser le travail d’Erich Ohser, sachant que je le trouve déjà très moderne pour les années 1930. Cette modernité se ressent aussi au niveau des sketchs. On parle de jeux vidéo, de télévision,... mais on n’insiste pas là-dessus.

On ne veut pas se couper des enfants d’aujourd’hui mais on veut montrer qu’il y a des choses qui restent exactement les mêmes. On adore lire des histoires, se faire des films dans la tête, jouer avec des jouets très simples. C’est cela Père et fils.

Propos recueillis par Clément Duval

(par Clément DUVAL)

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