Marie-Antoinette, nouvelle princesse du manga

31 octobre 2016 3 commentaires
  • C'est un des événements manga de cette fin d'année: la publication de ce Marie-Antoinette, fruit d'une collaboration éditoriale inédite entre Glénat, Kodansha et le Chateau de Versailles. Un volume unique, centré sur l'arrivée de la future Reine en France, et s'attachant surtout aux détails d'un quotidien de la Cour que la princesse découvre avec étonnement.
Marie-Antoinette, nouvelle princesse du manga
La jeune Maria-Antonia
© Fuyumi Soryo / Kodansha Ltd

La figure de Marie-Antoinette passionne depuis longtemps l’imaginaire japonais, comme put en témoigner l’immense succès manga que fut dans les années 1970-80 La Rose de Versailles, de Riyoko Ikeda, mieux connu dans nos contrées sous le titre de Lady Oscar. Quelques décennies plus tard, c’est une autre mangaka qui se charge de donner vie, à nouveau, à ce personnage de Marie-Antoinette : Fuyumi Soryo, auteure de Cesare, remarquée et remarquable par l’élégance de son trait et son souci de l’Histoire.

Mais cette fois, on est loin de la longue chronique romanesque enflammée. Fuyumi Soryo s’attache à peindre les premières difficultés éprouvées par la toute jeune princesse autrichienne promise au Dauphin de France : adieux à sa famille et à son pays, premiers contacts malheureux avec son époux, marqués par une incompréhension mutuelle, et surtout mœurs absurdes de la Cour de France commandées à la fois par l’absolutisme du pouvoir royal et par une étiquette rigide et aberrante.

On pourrait, si l’on voulait tisser des liens entre ce récit du passé et notre histoire présente, y voir le portrait d’une jeunesse corsetée dans des codes usés dont le sens lui échappe, éprise de liberté, et voulant échapper à des convenances dont elle n’a que faire. On pourrait aussi voir, dans Marie-Antonia, une figure de l’étrangère dont on ne veut pas "chez nous" et que l’on caricature de manière honteuse. Mais ce serait certainement forcer la lecture de l’ouvrage, muet sur tout ce qui relève de la dimension sociale.

L’entrée en France, et une première cérémonie sous de sombres auspices. Un souci du détail historique chez la mangaka
Marie-Antoinette, la jeunesse d’une reine, Fuyumi Soryo
MARIE-ANTOINETTE © Fuyumi Soryo / Kodansha Ltd

Car ce qui nous est dépeint dans ce volume unique s’avère au final assez frustrant. Si l’ensemble apparaît minutieux et intéressant par ce souci des détails historiques et réalistes, mignon et prenant par la peinture de son personnage principal, le tout s’arrête presque trop rapidement, laissant un goût d’inachevé. Comme s’il s’agissait de faire événement, pour le principe, mais sans chercher à développer le propos, ou se risquer dans des zones ou situations plus périlleuses.

En effet, ce portrait assez touchant de Marie-Antoinette relève presque de l’hagiographie et d’une forme d’apologie d’une Monarchie somme toute idéalisée par le biais de cette figure de la Reine. Le but avoué étant de nous la rendre sympathique tout en demeurant le plus léger possible, sans trop s’engager sur le terrain glissant du politique. Et après tout pourquoi pas : le moment de lecture demeure plaisant, et ce projet accompagne directement la grande exposition consacrée à la Reine qui vient de débuter, en cette fin octobre, à Tokyo au Japon. Un joli coup, donc, à tous les sens du terme.

Le seul ancrage politique : le récit enchassé, avant la révolution. Avec une Marie-Antoinette en proie aux médisances du peuple...
Marie-Antoinette, la jeunesse d’une reine, Fuyumi Soryo
MARIE-ANTOINETTE © Fuyumi Soryo / Kodansha Ltd
Documents
Un graphisme soigné Le départ d'Autriche

(par Aurélien Pigeat)

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Marie-Antoinette - La Jeunesse d’une Reine. Par Fuyumi Soryo. Glénat. Sortie le 21 septembre 2016. 180 pages. 9,15 euros.

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3 Messages :
  • Marie-Antoinette, nouvelle princesse du manga
    31 octobre 2016 17:45, par Frédéric HOJLO

    Pour les passionnés de la dessinatrice japonaise Fuyumi Soryo, un entretien approfondi est à lire dans la revue KaBoom n° 16.

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  • Pourquoi faut-il que tous les personnages de manga aient toujours la même tête ? C’est comme si toute la bd franco-belge était dessinée par Jean Graton, ou Delitte.

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    • Répondu par Aurélien Pigeat le 1er novembre 2016 à  13:30 :

      Pourquoi faut-il que tous les commentaires sur le manga aient la même tête ? C’est comme si tous les commentateurs étaient Superdupont ou le Beauf de Cabu.

      (bon, en fait, je viens de voir différents messages du même commentateur, et il y a surtout une puissance de troll qui assure l’identité et la cohérence du locuteur)

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